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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200069

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200069

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2022, Mme A B, représentée par Me Pigneira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est dépourvu de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en étant entaché d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de fait sur ce point ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Rannou, conclut au non lieu à statuer sur la requête.

Il fait valoir que la situation administrative de la requérante a été régularisée.

Par un courrier du 7 avril 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'inexistence de la décision fixant le pays de renvoi attaquée.

Par un courrier du 24 avril 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi.

Par une décision du 28 décembre 2021, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor,

- et les observations de Me Briolin, représentant le préfet de la Guyane.

La requérante n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante haïtienne née en 1983, est entrée sur le territoire français en 2015 selon ses déclarations, à l'âge de 31 ans. Elle a sollicité le 30 juin 2021 le bénéfice d'un titre de séjour sur les fondements de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans indiquer d'alinéas spécifiques au sein de cet article. Par un arrêté du 9 novembre 2021, le préfet de la Guyane, estimant qu'il s'agissait d'une demande fondée sur les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rejeté la demande d'admission au séjour de la requérante et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Il ressort de la fiche de Mme B au Fichier National des Etrangers (FNE), produite par le préfet de la Guyane le 19 avril 2023, que ce dernier lui a délivré, postérieurement à la date d'introduction de la requête, un récépissé de demande de titre de séjour, valable du 30 novembre 2022 au 29 mai 2023. Il s'ensuit que le préfet a implicitement mais nécessairement abrogé l'arrêté du 9 novembre 2021 en tant qu'il oblige la requérante à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Dans ces conditions, les conclusions aux fins d'annulation de la requérante dirigées contre ces décisions sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer. En revanche, les conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour conservent leur objet, de sorte que l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de la Guyane doit être écartée.

Sur la recevabilité :

3. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle oblige Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, mais ne précise aucun pays de renvoi où la requérante devrait exécuter cette obligation. Par suite, les conclusions dirigées contre une décision de fixation du pays de renvoi sont dirigées contre une décision inexistante et sont donc irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police [] ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " I. ' L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : [] 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; [] La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III ".

5. Il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que celui-ci vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code des relations entre le public et l'administration et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. La décision portant refus de titre de séjour est donc suffisamment motivée en droit. Le préfet indique ensuite que Mme B est entrée en France en 2015, est célibataire, ne démontre pas la filiation de ses deux enfants, est sans emploi et sans revenu. En outre, le préfet indique que la requérante n'établit pas que ses parents sont décédés. Par suite, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. La décision portant obligation de quitter le territoire français, fondée sur les dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'ayant pas à faire l'objet d'une motivation distincte, il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Mme B soutient qu'elle réside en France où elle a toutes ses attaches depuis six ans à la date de la décision attaquée, qu'elle a deux enfants sur le territoire français mineurs et scolarisés, que l'état de santé de l'aîné nécessite une prise en charge dont il ne pourrait bénéficier en Haïti, qu'elle n'a plus aucune attache dans son pays d'origine et enfin que la décision attaquée est manifestement disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Cependant, pour soutenir que l'état de santé de son enfant aîné nécessite un suivi médical, elle se borne à produire un certificat peu circonstancié d'un oto-rhino-laryngologue du 12 novembre 2021, c'est-à-dire postérieur à la décision attaquée, indiquant que l'enfant doit être appareillé pour la fonction d'alerte et que ses moyens de communication doivent être améliorés. Ainsi, et alors, au surplus, que la requérante n'a pas engagé de démarches pour obtenir la régularisation de son séjour en tant que parent d'enfant malade, la requérante ne conteste pas que ni elle ni ses deux enfants mineurs ne sont dans l'impossibilité de regagner Haïti, où la requérante a passé la majeure partie de sa vie. Elle n'établit pas non plus qu'elle n'a plus d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme B n'établit pas l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, de ses conditions d'existence, de son insertion dans la société française. Par suite, elle n'est fondée à soutenir ni que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation sur ses conséquences sur sa situation personnelle ni qu'il méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les moyens doivent ainsi être écartés.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que Mme B a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur les fondements de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, que le préfet de la Guyane n'a pas entendu procéder à l'examen d'un éventuel droit au séjour au titre des dispositions des articles L. 435-1 ou L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions des articles L. 313-14 et L. 311-12 du même code. Il s'ensuit que

Mme B ne peut utilement invoquer les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions à l'encontre de la décision attaquée

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. La décision portant refus de séjour n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer Mme B de ses enfants et rien ne fait obstacle, en l'absence de toute précision l'identité et la situation administrative des pères des enfants, à ce que la cellule familiale se reconstitue en Haïti, pays dont la requérante et ses enfants ont la nationalité. Dans ces conditions, le préfet de la Guyane n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B ne peut, dès lors, qu'être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles à fin d'injonction et celles, présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

Le président,

Signé

L. MARTIN La greffière,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

S. MERCIER

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