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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200226

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200226

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMATHIEU ET ASSOCIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2022, Mme E A, représentée par Me Balima, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2021 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler, subsidiairement de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme A soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ; l'obligation de quitter le territoire, le refus d'accorder un délai de départ et la décision fixant le pays de renvoi sont insuffisamment motivés ;

- la mesure d'éloignement est entachée d'erreurs de fait ; elle a été prise en méconnaissance des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L.435-1 du même code.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de la Guyane, représenté par Me Mathieu, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Le 31 mars 2023, Mme A a présenté une pièce complémentaire, qui n'a pas été communiquée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 27 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante haïtienne, conteste l'arrêté du 10 novembre 2021 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français.

Sur la légalité externe :

2. L'arrêté contesté a été signé par Mme F, chef du bureau de l'éloignement de du contentieux, qui disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° R03-2021-09-09-00001 du 9 septembre 2021, régulièrement publié, d'une subdélégation de M. C, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D. Il n'est pas établi que ce dernier n'était pas absent ou empêché et M. C disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2021-09-07-00008 du 7 septembre 2021, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.

3. En vertu des dispositions du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire lorsque celui-ci ne peut justifier y être entré régulièrement, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le préfet, qui a reproduit ces dispositions, puis a relevé l'entrée irrégulière en France de l'intéressée, dépourvue de titre de séjour, a suffisamment motivé la mesure d'éloignement au regard des prescriptions de l'article L.613-1 du même code.

4. L'article L.612-2 dudit code prévoit que l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire : " 3° S'il existe un risque que l'étranger se soustraie à cette obligation ". En vertu de l'article L.612-3, ce risque peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : " 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ". Le préfet a reproduit les dispositions de l'article L.612-2 et s'est référé sans autres précisions à l'article L.612-3. Toutefois, en mentionnant que l'intéressée s'est soustraite à l'exécution de la précédente mesure d'éloignement du 30 octobre 2017 et qu'elle s'oppose à son retour dans son pays d'origine, il l'a mise à même de connaître les éléments de droit et de fait fondant le refus de lui accorder un délai de départ volontaire.

5. Enfin, le défaut de motivation de la décision fixant le pays de renvoi ne peut être utilement invoqué à l'encontre des décisions en litige.

Sur la légalité interne :

6. En admettant même qu'en relevant que Mme A ne justifiait ni de la continuité de son séjour en France depuis le 13 août 2016, ni de l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine, le préfet se serait fondé sur des faits matériellement inexacts, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision compte tenu notamment de la situation familiale de l'intéressée.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En vertu de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Née le 28 mars 1990, Mme A est entrée irrégulièrement en France en août 2016 à l'âge de vingt-six ans. Célibataire, sans enfants, elle peut poursuivre sa vie familiale hors de France, notamment en Haïti où elle n'allègue pas être dépourvue de toute attache en dépit du décès de son père. Si elle invoque le suivi d'une formation par correspondance d'auxiliaire de vie s'achevant le 19 novembre 2022, ces études ne lui ouvrent par elles-mêmes aucun droit au séjour. Dans les circonstances de l'affaire, compte tenu, en outre, des conditions de séjour en France de Mme A, qui n'a pas déféré à la précédente obligation de quitter le territoire du 30 octobre 2017, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Enfin, les dispositions de l'article L.435-1 du même code, qui ne prévoient pas l'attribution d'un titre de séjour de plein droit, ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la mesure d'éloignement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2021. Sa requête ne peut, dès lors, qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023

La rapporteure,

Signé

M.T. B

Le président,

Signé

L. MARTINLe greffier,

Signé

J. LEBOURG

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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