jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2200241 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | PIALOU |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 18 février 2022 sous le numéro 2200241, Mme D A B, représentée par Me Pialou, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 mai 2021 par laquelle un agent de la mairie de Cayenne a oralement refusé d'enregistrer la demande de passeport de son enfant français ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Cayenne de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 4, 5, 5-2, 6, 6-1 et 8 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2023, le maire de Cayenne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable et, subsidiairement que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 24 février 2022 sous le numéro 2200281, Mme D A B, représentée par Me Pialou, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Guyane a refusé de délivrer un passeport à son enfant français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à titre principal, de délivrer un passeport à son enfant français dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 4, 5, 5-2, 6, 6-1 et 8 du décret du 30 décembre 2005 ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable.
Par un courrier du 18 juillet 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête étaient susceptibles d'être fondées sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de leur irrecevabilité du fait de l'inexistence d'une décision implicite de rejet de la demande de passeport par le préfet de la Guyane en l'absence d'enregistrement de sa demande par la commune de Cayenne.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Deleplancque ;
- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante brésilienne, est la mère d'un garçon, Wallace, né le 29 janvier 2016 à Cayenne et reconnu le 15 février suivant par un ressortissant français, M. C. L'intéressée fait valoir qu'elle s'est rendue à l'annexe de la mairie de Cayenne à Cabassou le 17 mai 2021 afin de déposer le dossier de demande de passeport français pour son fils et qu'un agent de la mairie a refusé d'enregistrer sa demande. Par les présentes requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul et même jugement, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 17 mai 2021 par laquelle un agent de la mairie de Cayenne a refusé oralement d'enregistrer sa demande de passeport pour son fils et la décision implicite par laquelle le préfet de la Guyane a refusé de lui délivrer le passeport sollicité.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense dans l'instance n°2200241 :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". L'article R. 421-5 du même code dispose : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".
3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A B s'est vu opposer un refus oral d'enregistrement de la demande de passeport pour son fils lors de son passage à l'annexe de la mairie de Cayenne à Cabassou le 17 mai 2021 et a donc nécessairement eu connaissance de cette décision de refus à cette date. Toutefois, en l'absence de mention des voies et délais de recours, le délai de recours contentieux de deux mois ne lui était pas opposable. Ainsi, la requête de Mme B A, enregistrée le 18 février 2022, a été formée dans le délai raisonnable d'un an et n'était pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur la recevabilité des conclusions de la requête n°2200281 :
5. En l'absence d'enregistrement de la demande de passeport du fils de Mme A B, aucune décision implicite de rejet de cette demande n'a pu naître de la part du préfet, seule autorité compétente en vertu des dispositions de l'article 9 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports. Ainsi, les conclusions de la requête n°2200281, dirigées contre une décision inexistante, doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n°2200241 :
6. Le refus d'enregistrement d'une demande de passeport opposé par un agent municipal agissant en qualité d'agent de l'Etat ne peut être fondé que sur le caractère incomplet du dossier au regard des prescriptions des articles 5, 5-2, 6 et 8 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports.
7. En l'espèce, Mme A B soutient, sans être sérieusement contredite par le maire de Cayenne, qu'elle s'est rendue, avec l'enfant et le père de ce dernier, à l'annexe de la mairie à Cabassou le 17 mai 2021 et qu'un agent présent au guichet a refusé d'enregistrer la demande de passeport pour son fils en lui opposant le fait que ni la mère, ni le père ne pouvaient déposer le dossier. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande était incomplète, la requérante produisant en effet l'ensemble des pièces justificatives ainsi que le timbre fiscal en cours de validité.
8. En refusant ainsi l'enregistrement de la demande de passeport pour le fils de Mme A B en raison d'un motif qui ne se rapporte pas au caractère incomplet du dossier, la décision en litige doit s'analyser comme une décision de rejet de la demande de l'intéressée. Toutefois, et dès lors qu'il n'appartenait qu'au seul préfet de se prononcer sur la demande de passeport sollicitée par la requérante, la décision de rejet opposée oralement par un agent présent au guichet, dont l'identité n'est au demeurant pas précisée, est entachée d'incompétence.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision opposée oralement par un agent de la mairie de Cayenne le 17 mai 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction de la requête n°2200241 :
10. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au maire de Cayenne, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative de réexaminer la demande de Mme A B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Mme A B n'a pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, eu égard aux seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans l'instance n°2200241, la somme de 1 200 euros à verser à Mme A B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
12. En revanche, les conclusions de la requête n°2200281 présentées sur ce même fondement doivent être rejetées dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n°2100281 est rejetée.
Article 2 : La décision orale du 17 mai 2021 portant refus d'enregistrement de la demande de passeport de l'enfant de Mme A B est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au maire de la commune de Cayenne de procéder au réexamen de la demande de passeport de l'enfant de Mme A B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à Mme A B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête n°2200241 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A B, au maire de la commune de Cayenne et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
C. DELEPLANCQUE Le président,
Signé
O. GUISERIX Le greffier,
Signé
J. LEBOURG
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
2, 2200281
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026