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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200247

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200247

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200247
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMATHIEU ET ASSOCIE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021 sous le n° 2101497, Mme A C, représentée par Me Stephenson, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2020 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an, puis de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme C invoque le défaut de prise en compte de sa situation, puis la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Par courrier du 13 février 2023, en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de la tardiveté de la requête.

II. Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 18 février 2022, 2 décembre 2022 et 17 janvier 2023 sous le n° 2200247, Mme A C, représentée par Me Marciguey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que le refus de séjour est entaché d'incompétence, pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis fondé sur une appréciation manifestement erronée de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de la Guyane, représenté par Me Mathieu, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 13 septembre 2020.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B et les observations de Me Briolin, substituant Me Cano, pour le préfet de la Guyane ont été entendus au cours de l'audience publique, Mme C n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux requêtes enregistrées sous les n°s 2101407 et 2200247, qu'il y a lieu de joindre, Mme C, ressortissante haïtienne, conteste, d'une part, l'arrêté du 10 octobre 2020 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an, d'autre part, l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()".

3. Née le 8 novembre 1999, Mme C justifie, par les mentions de son carnet de vaccination, être entrée en France en mars 2014, à l'âge de quatorze ans. Scolarisée à l'automne 2014, elle a obtenu le brevet des collèges en juillet 2016, le brevet d'études professionnelles en juillet 2018, le baccalauréat professionnel en juillet 2019, puis le brevet de technicien supérieur de comptabilité et gestion en juillet 2021. Au cours de l'année universitaire 2021/2022, hébergée et prise en charge par son frère, qui bénéficie d'une carte de séjour pluriannuelle et d'un emploi de technicien en bâtiment, elle préparait une licence d'administration économique et sociale à l'université de Guyane. Elle produit une promesse d'embauche en qualité d'assistante comptable par la société Espérance Construction. Enfin, si dans ses écritures en défense, le préfet fait valoir que l'intéressée n'a pas d'enfant, il ressort des pièces du dossier qu'elle a une fille née à Kourou le 13 juillet 2016, scolarisée à Sinnamary. Toutefois, la requérante n'apporte aucune précision sur le père de cette enfant. Dans les circonstances particulières de l'affaire, compte tenu notamment du jeune âge auquel Mme C est entrée en France, alors même, d'une part, qu'elle aurait conservé des attaches en Haïti où réside son père, d'autre part, que sa mère et une partie de sa fratrie seraient en situation irrégulière en Guyane, le préfet a porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, Mme C est fondée à demander l'annulation des arrêtés pris à son encontre les 10 octobre 2020 et 14 décembre 2021.

4. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à Mme C d'un récépissé, puis d'un titre de séjour. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Guyane d'y procéder dans les délais respectifs de quinze jours et de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir ces injonctions d'une astreinte. En revanche, compte tenu du fondement de la demande de titre de séjour, ni l'article R.431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant non invoqué, établissant la liste des titres de séjour dont le récépissé autorise le titulaire à travailler, ni aucun autre texte ne font obligation au préfet d'assortir ce récépissé d'une autorisation de travail.

5. Il y a lieu, en l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à payer à Mme C au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés pris les 10 octobre 2020 et 14 décembre 2021 par le préfet de la Guyane à l'encontre de Mme C sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à Mme C un récépissé, puis un titre de séjour, dans des délais respectifs de quinze jours et de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 900 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Guyane.

Une copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

M.T. B Le président,

Signé

L. MARTINLa greffière,

Signé

M.Y. METELLUS

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

N°s 2101497, 2200247

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