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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200309

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200309

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er mars 2022, Mme B A, représentée par Me Stephenson, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2021 par lequel le préfet de la Guyane l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire la durée de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour provisoire valant autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 120 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer de toute urgence sa situation en lui fixant un notamment un nouvel entretien en préfecture, sous astreinte de 120 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations des article 3-1 et 9-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le préfet de la Guyane, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gillmann a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante haïtienne née en 1983, déclare être entrée en France en 2016. Par un arrêté du 20 mars 2018, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français avec délai et a fixé le pays de destination. L'intéressée a fait l'objet d'une interpellation le 27 décembre 2021 dans le cadre d'un contrôle aux fins de vérification du droit de circulation ou de séjour. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Guyane l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

4. Mme A soutient qu'elle est présente en France de manière stable et continue depuis 2016 avec son fils, que ses sœurs et son frère vivent sur le territoire de manière régulière, qu'elle essaye de s'intégrer dans la société en apprenant le français et qu'elle se conforme aux principes fondamentaux reconnus par les lois de la République. Toutefois, si la requérante, célibataire, justifie être entrée en France en 2016, à l'âge de trente-trois ans, elle n'établit pas de la continuité de son séjour depuis lors. La circonstance que deux de ses sœurs, ainsi que son frère résideraient régulièrement sur le territoire français ne permet pas de lui conférer un droit au séjour. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que le fils de la requérante, né en 2006 et de nationalité haïtienne, est un footballeur talentueux, cette seule circonstance ne suffit pas à établir d'une insertion suffisante dans le tissu social français. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que Mme A suivrait un apprentissage de la langue française. Il en résulte, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France que la requérante, qui n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prise le 20 mars 2018, n'est pas fondée à soutenir qu'en décidant de prendre à son encontre la décision contestée, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. En l'espèce, l'arrêté en litige n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer Mme A de son enfant et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en Haïti, pays dont la requérante et son fils ont la nationalité. S'il ressort des pièces du dossier que le fils de Mme A a été retenu par son club pour participer à un tournoi de football en Catalogne au mois de juin 2019 et qu'il est un joueur talentueux, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il perdra des chances d'intégrer le football de haut niveau en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'intéressée n'établit pas que son enfant ne pourra pas poursuivre une scolarité normale en Haïti. Dans ces conditions, l'arrêté en litige ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de Mme A. Par suite, le préfet de la Guyane n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

7. En troisième lieu, Mme A ne saurait utilement invoquer les stipulations de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant qui sont dépourvues d'effet direct à l'égard des particuliers.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ".

9. Mme A, qui a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé de la décision en litige. Compte tenu de l'ancienneté du séjour de la requérante, qui a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 20 mars 2018 et de son absence de liens caractérisés avec la France, le préfet de la Guyane n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 en édictant une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de moduler les effets de cette mesure, notamment d'en réduire la durée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. GILLMANN

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

M-Y. METELLUS

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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