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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200351

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200351

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBALIMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2022, M. D E, représenté par

Me Balima, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2021 par lequel le préfet de la Guyane lui a refusé le séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, et de lui délivrer durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. E soutient que :

- le signataire de l'arrêté ne justifie pas de sa compétence ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé en toutes ses décisions ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'erreurs de droit au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2022.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Schor.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant haïtien, né en 1987, est entré en France, selon ses déclarations, en 2017. Il a présenté une demande d'asile le 7 novembre 2017 qui a été rejetée par la cour nationale du droit d'asile le 20 septembre 2018. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a ensuite été rejetée le 1er juillet 2019. Par un arrêté du 16 novembre 2021, le préfet de la Guyane lui a refusé le séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire de trente jours en fixant le pays de renvoi. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions :

2. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. L'arrêté contesté a été signé par Mme G, cheffe de la section des étrangers en situation irrégulière, qui disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté

n° R03-2021-09-09-00001 du 9 septembre 2021 régulièrement publié, d'une subdélégation de M. A, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B, de Mme F et de Mme C. Il n'est pas établi que ces derniers n'étaient pas absents ou empêchés tandis que M. A disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2021-09-07-00008 du

7 septembre 2021, régulièrement publié, dont l'article 4 vise notamment les mesures d'éloignement et les interdictions de retour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ; / 6° refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / (). " L'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté, qu'il vise les textes dont il fait l'application, et notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre il se fonde sur les circonstances que la demande d'asile de M. E a été définitivement rejetée par une décision de rejet de sa demande de réexamen du 2 juillet 2019 et qu'il n'établit ni avoir sollicité une admission au séjour sur un autre fondement ni avoir démontré l'existence d'éléments susceptibles de faire obstacle à son départ du territoire français. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. E, cet arrêté énonce les considérations de droit et de fait propres à sa situation personnelle sur lesquelles le préfet a entendu fonder son refus de séjour et l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français ainsi que le pays de renvoi de son éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de séjour serait insuffisamment motivé manque en fait.

5. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L.435-1 du même code, relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, ne peuvent être utilement invoquées ni à l'encontre du refus de séjour, dès lors que le préfet, qui n'y était pas tenu, ne s'est pas prononcé sur ce fondement, ni à l'encontre de la mesure d'éloignement, dès lors que ce texte ne prévoit pas l'attribution d'un titre de séjour de plein droit.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. M. E ne conteste pas ne pas avoir sollicité une admission au séjour sur un autre fondement que l'asile et s'être maintenu en France à la suite du rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du Droit d'Asile le 20 septembre 2018. Pour justifier de sa présence sur le territoire français depuis juin 2017, M. E produit notamment des factures, des documents médicaux ainsi que son dossier relatif à sa demande d'asile, un courrier de la caisse générale de sécurité sociale et une attestation de participation aux activités d'une association de mars 2021 à novembre 2021, établie postérieurement à la décision attaquée. A supposer même que ces éléments permettent de justifier la présence habituelle et continue de l'intéressé sur le territoire français depuis 2017, ils établiraient une ancienneté du séjour de quatre années à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, M. E indique être le père de deux enfants de nationalité haïtienne nées en 2018 sur le territoire français. S'il soutient vivre en concubinage avec la mère de ses enfants, qui elle aussi est ressortissante haïtienne, et produit une attestation de vie commune établie postérieurement à la décision attaquée, il ne conteste pas que cette dernière se trouve en situation irrégulière sur le territoire français. Ainsi, la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de mettre fin à l'unité de la cellule familiale composée exclusivement de ressortissants haïtiens ne justifiant pas de la régularité de leur séjour en France. En outre, M. E n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans, soit la grande majorité de sa vie, alors qu'il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'entretien avec l'officier de protection de l'office français de protection des réfugiés et apatrides qu'il est le père de deux autres enfants, nés d'une relation précédente, qui résident en Haïti avec sa sœur. Les circonstances qu'aucun membre de la fratrie du requérant ne réside sur le territoire français, tandis que ses parents sont décédés, et que l'intéressé ait été membre d'une association pendant six mois en 2021 ne permettent pas de lui conférer un droit au séjour en France. Ainsi, les pièces produites par M. E ne permettent pas d'établir l'intensité des liens personnels et familiaux qu'il entretiendrait en France. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Il s'ensuit que le préfet de la Guyane n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article

L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Guyane lui a refusé le séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () " Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "

10. En l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les dispositions applicables à la situation du requérant, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel prévoit que l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Dans un tel cas, en vertu de l'article de l'article L.613-1, la motivation en fait de cette mesure se confond avec celle du refus de séjour dont elle découle nécessairement. Pour les motifs exposés au point 4, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la mesure d'éloignement ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, M. E, qui ne démontre ni même n'allègue pouvoir prétendre à l'octroi d'un titre de séjour de plein droit, ne peut utilement soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français au motif qu'il remplirait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. La décision attaquée vise notamment les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont le préfet a fait application et fait état de la nationalité haïtienne du requérant, permettant ainsi d'identifier Haïti comme pays d'origine et, partant, pays de renvoi. En outre, l'arrêté précise que M. E ne démontre aucune forme d'exposition à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine et ne bénéficie pas des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui assurant une protection contre toute mesure d'éloignement et qu'en conséquence, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, cette décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision fixant le pays de renvoi doit donc être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 16 novembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le conseil de M. E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

Le président,

Signé

O. GUISERIXLe greffier,

Signé

J. LEBOURG

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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