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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200386

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200386

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire enregistrées les 22 mars 2022 et 11 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Balima, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2021 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler, subsidiairement de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme A soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence ; le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi sont insuffisamment motivés ;

- le refus de séjour est fondé sur des faits matériellement inexacts ; le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions des articles L.425-9, L.423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de la Guyane, à qui la requête a été communiquée le 23 mars 2022, n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante dominicaine, conteste l'arrêté du 22 décembre 2021 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la légalité externe :

2. La signataire de l'arrêté contesté, Mme E, chef du bureau de l'éloignement du contentieux, disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° R03-2021-12-06-00003 du 6 décembre 2021, régulièrement publié, d'une subdélégation de M. C, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, à l'effet de signer les décisions en matière d'éloignement et de contentieux. Il n'est pas établi que M. D n'était pas absent ou empêché et M. C disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2021-12-03-00002 du 3 décembre 2021, régulièrement publié, dont l'article 4 prévoit que les refus de séjour sont au nombre des décisions prises " en matière d'éloignement et de contentieux ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.

3. Pour refuser d'admettre Mme A au séjour, le préfet a reproduit les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis a repris les termes de l'avis émis le 27 octobre 2021 par le collège de médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), mentionnant la possibilité pour elle de voyager sans risques et de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Si la requérante conteste la validité de ce rapport, cette argumentation relative au bien-fondé du refus de séjour est sans incidence sur la régularité de cet acte, dont la motivation est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. Le préfet s'est référé aux dispositions du 3° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant que l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Dans un tel cas, en vertu de l'article de l'article L.613-1, la motivation en fait de cette mesure se confond avec celle du refus de séjour dont elle découle nécessairement. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la mesure d'éloignement ne peut qu'être écarté.

5. Enfin, en visant notamment les articles L.612-12 et L.721-3 du code, puis en mentionnant l'absence de risque de traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en République Dominicaine, le préfet a suffisamment motivé la décision fixant le pays de renvoi.

Sur la légalité interne :

6. Il ne ressort ni des mentions de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait fondé sur des faits matériellement inexacts pour refuser d'admettre Mme A au séjour.

7. L'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la délivrance d'une carte de séjour temporaire à l'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si la requérante fait état sans autres précisions de " pathologies multiples ", ni les ordonnances, comptes rendus d'analyses et certificat médicaux produits, ni aucune autre pièce du dossier ne permettent de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII, relevant la possibilité pour elle de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en refusant d'admettre Mme A au séjour, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, l'instruction du 10 novembre 2011 par laquelle le ministre chargé de la santé a émis des recommandations pour l'émission des avis médicaux concernant les étrangers malades, dépourvue de caractère réglementaire, ne peut être utilement invoquée.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En vertu de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Née le 25 décembre 1965, Mme A est entrée irrégulièrement en France en mars 2017. Si elle invoque sa vie maritale avec un Français, hébergée à Cayenne par sa fille, elle n'en justifie pas. Si elle se prévaut de la présence de son fils et sa fille en situation régulière, de ses deux petits-enfants et de quatre neveux et nièces, elle peut poursuivre sa vie familiale hors de France, notamment en République Dominicaine, où résident à tout le moins ses deux autres enfants et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de cinquante-et-un ans. Dans les circonstances de l'affaire, compte tenu, en outre, des conditions de séjour en France de Mme A, qui n'a pas déféré à une précédente obligation de quitter le territoire prononcée en 2018, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à la vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'ailleurs inopérantes à l'encontre du refus de séjour, dès lors que le préfet, qui n'y était pas tenu, ne s'est pas prononcé sur ce fondement.

9. Enfin, les dispositions de l'article L.435-1 du même code, relatives à l'admission exceptionnelle au séjour ne peuvent être utilement invoquées ni à l'encontre du refus de séjour, dès lors que le préfet, qui n'y était pas tenu, ne s'est pas prononcé sur ce fondement, ni à l'encontre de la mesure d'éloignement, dès lors que ce texte ne prévoit pas l'attribution d'un titre de séjour de plein droit.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement et la décision fixant le pays de renvoi, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2021. Sa requête ne peut, dès lors, qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

R. DELMESTRE GALPE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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