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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200445

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200445

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 avril 2022, M. E D, représenté par

Me Sagne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2021 par lequel le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valant autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à défaut, d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail, le tout, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet de la Guyane s'est fondé sur des informations inexactes relatives à sa situation personnelle ;

- la décision rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont insuffisamment motivées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le préfet de la Guyane, représenté par Me Mathieu, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

20 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gillmann a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant guyanien né en 1996, est entré en France, selon ses déclarations, en 2014. L'intéressé a bénéficié de deux cartes de séjour temporaires portant la mention " vie privée et familiale " dont la dernière était valable jusqu'au 12 avril 2020. M. D a sollicité, le 28 novembre 2020, le renouvellement de son admission au séjour. Par un arrêté du 21 juillet 2021, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté

n° R03-2021-02-19-006 du 19 février 2021, régulièrement publié, le préfet de la Guyane a donné délégation à M. A, directeur général de la sécurité, de la réglementation et des contrôles, à l'effet de signer les décisions prévues sous la rubrique intitulée " en matière d'éloignement et de contentieux ", et notamment les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français avec délai et les refus de séjour. Par un arrêté n° R03-2021-02-28-001 du 28 février 2021, régulièrement publié, M. C, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, a reçu une subdélégation de signature de la part de M. A, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B, pour l'ensemble des décisions relevant de la rubrique précitée. Il n'est pas établi que M. B n'était pas absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Guyane se serait fondé sur des informations inexactes relatives à la situation personnelle de M. D. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision portant rejet de la demande de renouvellement de titre de séjour :

4. En premier lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du même code dans sa rédaction en vigueur avant le 1er mai 2021, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a formé une demande de titre de séjour au titre de ces dispositions et que le préfet de la Guyane n'a pas examiné d'office sa situation sur le fondement de ces dispositions. Par suite, un tel moyen doit être écarté comme inopérant.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En l'espèce, il est constant que M. D est entré en France en 2014 et qu'il a bénéficié de deux titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". L'intéressé justifie également être salarié en tant que manutentionnaire au sein de la société Amine. Toutefois, si le requérant, qui n'a pas d'enfant, se prévaut de sa relation avec une compatriote résidant en situation régulière et de son mariage en mars 2022, soit postérieurement à la décision attaquée, il n'établit pas de la stabilité ni de l'intensité de sa relation sentimentale. Par ailleurs, la circonstance que sa sœur résiderait régulièrement sur le territoire français n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour. En tout état de cause, il ne justifie pas de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec elle et sa nièce. M. D n'allègue pas non plus être dépourvu de toute attache familiale au Guyana où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Enfin, la circonstance qu'il soit un membre actif d'une association religieuse, ne suffit pas à établir d'une intégration suffisante au sein de la société française. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en décidant de prendre à son encontre la décision litigieuse, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il en va de même s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet dans son appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle de M. D.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

7. Il ressort des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'est pas stéréotypée, que celle-ci vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet fait ensuite référence à la situation personnelle de M. D, relevant que l'intéressé est célibataire, sans enfant et sans activité professionnelle déclarée. Ensuite, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que celui-ci vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 721-3 qui constitue le fondement en droit de la décision fixant le pays de destination, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, l'arrêté en litige fait état de la nationalité guyanienne du requérant, permettant ainsi d'identifier le Guyana comme pays d'origine et, partant, pays de destination. La décision précise, en outre, que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont suffisamment motivées, en droit et en fait, et le moyen tiré du défaut de motivation de ces deux décisions doit, par suite, être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 juillet 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. GILLMANN

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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