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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200524

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200524

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMARCAULT DEROUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une demande, enregistrée le 9 juin 2021, M. B C, représentée par Me Marcault Derouard, demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative :

1°) de liquider l'astreinte prononcée par le jugement du tribunal administratif de la Guyane n° 1900905 du 24 décembre 2020, pour la période comprise entre le 1er février 2021 et le 3 juin 2021 ;

2°) de condamner en conséquence le centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne au paiement de la somme de 24 600 euros ;

3°) de majorer le taux de l'astreinte à la somme de 500 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier Andrée Rosemon la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- que dès lors que le centre hospitalier n'a pas procédé à l'exécution de l'ordonnance du 8 août 2017 ordonnant la transmission de ses états récapitulatifs, en dépit de l'injonction prévue par le jugement n° 1900905 du 24 décembre 2020, il est fondé à solliciter la liquidation de l'astreinte prévue à l'article 2 du jugement n° 1900905 pour la période allant du 1er février 2021 au 3 juin 2021, soit pour 123 jours, correspondant à une somme totale de 24 600 euros ;

- la demande de majoration du taux de l'astreinte est fondée dès lors que l'administration persiste à ne pas exécuter la décision juridictionnelle.

Par ordonnance du 6 mai 2022, le président du tribunal administratif de la Guyane a ordonné l'ouverture de la procédure juridictionnelle.

La procédure a été communiquée au centre hospitalier Andrée Rosemon qui n'a pas présenté d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le jugement n° 1900905 du 24 décembre 2020 du tribunal administratif de Guyane.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public,

- et les observations de Me Marcault Derouard, représentant M. C.

Le centre hospitalier Andrée Rosemon n'étant pas représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance du 8 août 2017, le juge des référés a enjoint au centre hospitalier Andrée Rosemon de communiquer à M. C l'extrait qui le concerne des états récapitulatifs prévus à l'article 20 de l'arrêté du 30 avril 2003 pour l'année 2015, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et a mis à la charge du centre hospitalier une somme de 800 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative. Par un jugement du 8 novembre 2018, le tribunal administratif de Guyane a condamné le centre hospitalier Andrée Rosemon à verser la somme de 4 300 euros à M. C au titre de la liquidation de l'astreinte ordonnée le 8 août 2017 en cas de retard dans l'exécution de l'ordonnance, pour la période du 21 août 2017 au 3 octobre 2017 et a mis à la charge du centre hospitalier une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par un jugement du 24 décembre 2020, le tribunal administratif de Guyane a condamné le centre hospitalier Andrée Rosemon à verser à M. C la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, correspondant à la liquidation de l'astreinte pour la période globale du 21 août 2017 au 18 juin 2019, d'une part, a porté le taux de l'astreinte prononcée à l'encontre du centre hospitalier Andrée Rosemon par l'article 1er de l'ordonnance de référé du 8 août 2017 à 200 euros par jour si le centre hospitalier Andrée Rosemon ne justifiait pas avoir, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement, exécuté l'ordonnance de référé du 8 août 2017, d'autre part, mis à la charge du centre hospitalier Andrée Rosemon la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, enfin. Dans le cadre de la présente instance, et en application du jugement n° 1900905 du 24 décembre 2020, M. C demande au tribunal de condamner le centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne à lui verser, pour la période du 1er février 2021 au 3 juin 2021, la somme de 24 600 euros au titre la liquidation de l'astreinte résultant du jugement du 24 décembre 2020.

Sur les demandes d'exécution et de liquidation de l'astreinte :

2. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de l'article L. 911-7 de ce code : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. () / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ". En vertu du premier alinéa de l'article L. 911-8 du même, la juridiction a la faculté de décider, afin d'éviter un enrichissement indu, qu'une fraction de l'astreinte liquidée ne sera pas versée au requérant, le second alinéa prévoyant que cette fraction est alors affectée au budget de l'État.

3. Il résulte de ces dispositions que l'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice et, ainsi, à respecter l'autorité de la chose jugée. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive de la décision, la juridiction procède, en vertu de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, à la liquidation de l'astreinte.

4. Il résulte de l'instruction que le centre hospitalier Andrée Rosemon s'est vu notifier le jugement n° 1900905 le 30 décembre 2020. Le dispositif de ce jugement prévoyait que : " Le centre hospitalier Andrée Rosemon est condamné à verser, au titre de l'article

L. 911-7 du code de justice administrative, la somme de 10 000 euros à M. C ", " le taux de l'astreinte prononcée à l'encontre du centre hospitalier Andrée Rosemon par l'article 1er de l'ordonnance de référé du 8 août 2017 est porté à 200 euros par jour si le centre hospitalier Andrée Rosemon ne justifie pas avoir, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement, exécuté l'ordonnance de référé du 8 août 2017 " et que " le centre hospitalier Andrée Rosemon versera la somme de 1 200 euros à M. C, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ". M. C soutient, sans être contredit par le centre hospitalier Andrée Rosemon, resté taisant dans la présente instance, que ce dernier n'a pas procédé à l'exécution de l'ordonnance du 8 août 2017, en dépit de l'injonction prononcée par le jugement n° 1900905 du 24 décembre 2020. Le jugement n° 1900905 du 24 décembre 2020 ayant été notifié au centre hospitalier le 30 décembre 2020, l'astreinte, portée à 200 euros par jour, a commencé à courir à compter du 31 janvier 2021.

5. L'établissement hospitalier ne faisant valoir aucune difficulté particulière d'exécution, il n'y a pas lieu de modérer ou de supprimer l'astreinte prononcée par le jugement du 24 décembre 2020. Par suite, eu égard à la persistance du centre hospitalier dans le refus d'exécuter l'ordonnance, il y a lieu de procéder à la liquidation définitive de l'astreinte pour la période courant du 1er février 2021 au 3 juin 2021, soit 122 jours, au taux de 200 euros par jour de retard, soit une somme de 24 400 euros.

6. Aux termes de l'article L. 911-8 du code de justice administrative : " La juridiction peut décider qu'une part de l'astreinte ne sera pas versée au requérant. / Cette part est affectée au budget de l'Etat. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions précitées de prévoir que 20 % de cette somme, soit 4 880 euros, seront versés à M. C et le solde, soit 80 % représentant 19 520 euros, affecté au budget de l'Etat.

Sur la majoration du taux de l'astreinte :

7. Le juge de l'exécution, lorsqu'il procède à une liquidation provisoire de l'astreinte qu'il avait prononcée, peut majorer le taux de cette astreinte, notamment en cas de mauvais vouloir persistant opposé par l'administration à l'exécution de la décision juridictionnelle.

8. Dans les circonstances de l'espèce et compte tenu notamment du mauvais vouloir persistant opposé par le centre hospitalier Andrée Rosemon à l'exécution de l'ordonnance de référé du 8 août 2017, il y a lieu de majorer le taux de l'astreinte à 250 euros par jour de retard à compter du 10 décembre 2022, à défaut pour le centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne, de justifier de l'exécution du jugement n° 1900905 du 24 décembre 2020 et de l'ordonnance n° 1700195 du 8 août 2017 dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, jusqu'à la date à laquelle les décisions précitées auront reçu exécution.

Sur les frais d'instance :

9. Il y a lieu, en l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Andrée Rosemon la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier Andrée Rosemon est condamné à payer, pour la période allant du 1er février 2021 au 3 juin 2021, la somme de 24 400 euros, qui seront alloués à M. C à hauteur de 4 880 euros et au budget de l'Etat à hauteur de 19 520 euros.

Article 2 : Le taux de l'astreinte prononcée à l'encontre du centre hospitalier Andrée Rosemon par l'article 2 du jugement n° 1900905 du 24 décembre 2020 est porté, à compter du

10 décembre 2022, à 250 euros par jour si le centre hospitalier Andrée Rosemon ne justifie pas avoir, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement, exécuté le jugement n° 1900905 du 24 décembre 2020 et l'ordonnance n° 1700195 du 8 août 2017.

Article 3 : Le centre hospitalier Andrée Rosemon versera la somme de 1 500 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au centre hospitalier Andrée Rosemon.

Copie du présent jugement sera transmise pour information au président des Chambres régionales des comptes de Guadeloupe, Guyane et Martinique.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

L. A

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

E. SCHOR La greffière,

Signé

M-Y METELLUS

La République mande et ordonne au ministre de la santé en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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