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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200556

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200556

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPEPIN JULIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2022, M. A D, représenté par Me Pépin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. D soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'erreur de fait car M. D est en train de déposer une demande d'admission au séjour ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît le droit d'être entendu

- elle est entachée de défaut de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la décision attaquée a été abrogé par une nouvelle mesure d'éloignement du 23 juin 2023.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

30 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Schor.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant haïtien né en 1991, est entré en France en 2017. Il a formulé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 28 janvier 2019 de la Cour nationale du Droit d'Asile (CNDA). En parallèle, il a pris un premier rendez-vous en préfecture de Guyane pour déposer une demande de titre de séjour. Le premier rendez-vous a été fixé au 14 janvier 2021. Un deuxième rendez-vous de pré-examen de sa demande a été fixé au 25 février 2022 et a alors été fixé un rendez-vous le 5 juillet 2022 pour le dépôt d'une demande d'admission au séjour à titre exceptionnel. Cependant, par un arrêté du 28 mars 2022, le préfet de la Guyane a rejeté la demande de M. D d'admission au séjour au titre de l'asile et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le non-lieu à statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu d'une décision du 30 mai 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à

M. D le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. La signataire de l'arrêté contesté, Mme E, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté

n° R03-2022-02-07-00007 du 7 février 2022, régulièrement publié le même jour, d'une subdélégation de M. B, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, à l'effet de signer les décisions en matière de " refus de séjour, d'éloignement et de contentieux ", en cas d'absence ou d'empêchement de M. C. Il n'est pas établi que ce dernier n'était pas absent ou empêché et M. B disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2022-01-19-00011 du 19 janvier 2022, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, si le préfet de la Guyane a mentionné de manière inexacte que

M. D n'avait pas sollicité son admission au séjour sur un autre fondement que celui concomitant à sa demande d'asile, une telle circonstance n'a toutefois aucune incidence sur la légalité de la seule décision portant refus de titre de séjour " au titre de l'asile ", prise sur le fondement du rejet de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il n'est pas contesté que M. D est entré en France en 2017, soit cinq ans avant la décision attaquée. Il n'est pas non plus contesté que M. D a suivi depuis 2018 un cursus universitaire en France en mathématiques. Cette seule circonstance ne suffit cependant pas à établir l'intensité de sa vie privée et familiale en France, alors que M. D n'établit pas ne pas avoir conservé des attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans selon ses déclarations. Il en résulte, eu égard aux conditions de son séjour en France, que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en décidant de prendre à son encontre la décision contestée, le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. La décision attaquée se fonde sur le fait que M. D n'établit pas avoir sollicité son admission au séjour sur un autre fondement que l'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. D a obtenu un premier rendez-vous le 14 janvier 2021 puis un deuxième le 14 février 2022 pour le pré-examen d'une demande d'admission au séjour à titre exceptionnel. Il avait ensuite rendez-vous le 5 juillet 2022 pour déposer sa demande. Il établit donc avoir entrepris des démarches pour solliciter son admission au séjour sur un autre fondement que l'asile et établit que son dossier avait dépassé le stade du pré-examen prévu par la préfecture de la Guyane. Par suite, M. D est fondé à soutenir que la décision du 28 mars 2022 portant obligation de quitter le territoire français repose sur des faits matériellement inexacts.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, que l'arrêté du 28 mars 2022 doit être annulé en tant seulement qu'il prononce à l'encontre de M. D une obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard à la nature des décisions annulées, le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. D un titre de séjour ou qu'il lui soit enjoint de réexaminer sa situation. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, l'Etat n'étant pas, pour l'essentiel, partie perdante, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge le versement d'une somme au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 mars 2022 du préfet de la Guyane est annulé en tant seulement qu'il prononce à l'encontre de M. D une obligation de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine dans un délai de trente jours.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

Le président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

S. PROSPER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

M-Y METELLUS

N°2200556

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