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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200557

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200557

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200557
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 11 mai 2022 et le 9 juin 2022, M. B Varao doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le recteur de la Guyane sur sa demande, adressée le 29 avril 2021, tendant au versement des 3ème et 4ème fractions de l'indemnité d'éloignement.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la décision en litige méconnaît les dispositions du décret n°2013-965 du 28 octobre 2013 ;

- elle est constitutive d'une rupture d'égalité dès lors que d'autres agents de l'éducation nationale ont perçu l'indemnité d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023, le recteur de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable et, subsidiairement, que le moyen soulevé par le requérant n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 13 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 50-772 du 30 juin 1950 ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le décret n° 96-1027 du 26 novembre 1996 ;

- le décret n° 96-1028 du 27 novembre 1996 ;

- le décret n° 2013-314 du 15 avril 2013 ;

- le décret n° 2013-965 du 28 octobre 2013 ;

- le décret n° 2014-729 du 27 juin 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deleplancque ;

- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;

- et les observations de M. A, représentant le recteur de la Guyane.

M. Varao n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. Varao, conseiller principal d'éducation, exerçant initialement au sein de l'académie de Guyane, a été affecté en 2013 à Mayotte pour une durée de deux ans. L'intéressé a ensuite prolongé son séjour à Mayotte et été affecté au collège de Kani-Keli à compter du 1er septembre 2015. Par un courrier, adressé le 29 avril 2021, il a demandé au recteur de la Guyane de lui verser les 3ème et 4ème fraction de l'indemnité d'éloignement. Par la présente requête, M. Varao doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le recteur de la Guyane sur sa demande.

2. Aux termes de l'article 2 de la loi du 30 juin 1950 fixant les conditions d'attribution des soldes et indemnités des fonctionnaires civils et militaires relevant du ministère de la France d'outre-mer, les conditions de recrutement, de mise en congé ou à la retraite de ces mêmes fonctionnaires : " Pour faire face aux sujétions particulières inhérentes à l'exercice de la fonction publique dans les territoires d'outre-mer, les fonctionnaires civils visés à l'article 1er recevront : () 2° Une indemnité destinée à couvrir les sujétions résultant de l'éloignement pendant le séjour et les charges afférentes au retour, accordée au personnel appelé à servir en dehors soit de la métropole, soit de son territoire, soit du pays ou territoire où il réside habituellement, qui sera déterminée pour chaque catégorie de cadres à un taux uniforme s'appliquant au traitement ()".

3. Le décret du 26 novembre 1996 relatif à la situation des fonctionnaires de l'Etat et de certains magistrats à Mayotte limitait à deux ans la durée de leur affectation à Mayotte, cette affectation ne pouvant être renouvelée qu'une seule fois à l'issue de la première affectation. Le décret du 27 novembre 1996 relatif à l'attribution de l'indemnité d'éloignement aux magistrats et aux fonctionnaires titulaires et stagiaires de l'Etat en service dans les territoires d'outre-mer et dans la collectivité territoriale de Mayotte, pris pour l'application des dispositions de la loi du 30 juin 1950, prévoyait, dans sa rédaction initiale, que l'agent recevant une affectation pour aller servir deux ans à Mayotte avait droit, à chacune des échéances prévues au 2° de l'article 2 de la loi du 30 juin 1950, à une fraction d'indemnité égale à onze mois et quinze jours de traitement indiciaire net. L'indemnité était servie une seconde fois en cas de renouvellement du séjour pour une durée de deux ans.

4. A la suite de la transformation de la collectivité de Mayotte en département, le décret du 28 octobre 2013 portant application de l'indemnité de sujétion géographique aux fonctionnaires de l'Etat titulaires et stagiaires et aux magistrats affectés à Mayotte a supprimé, pour les agents affectés à Mayotte, le bénéfice de l'indemnité d'éloignement et leur a rendu applicables les dispositions du décret du 15 avril 2013 portant création d'une indemnité de sujétion géographique, qui ne concernait jusque-là que les fonctionnaires et magistrats affectés en Guyane, à Saint-Martin, à Saint-Pierre-et-Miquelon ou à Saint-Barthélemy. Le décret du 28 octobre 2013 a toutefois prévu, par son article 8, les dispositions transitoires suivantes : " I. - Les dispositions des articles 1er à 6 sont applicables à compter du 1er janvier 2017 aux fonctionnaires titulaires et stagiaires de l'Etat et aux magistrats dont le centre des intérêts matériels et moraux ne se situe pas à Mayotte. II. - A titre transitoire et par dérogation au 3° de l'article 3 du décret du 27 novembre 1996 susvisé, les agents () affectés à Mayotte entre le 1er janvier 2014 et le 31 décembre 2016 bénéficient de quatre versements annuels au titre de l'indemnité d'éloignement pendant l'année d'installation et pour chacune des trois années suivantes calculés selon les modalités suivantes : 1° Fraction versée au titre de l'année 2014 : 8,5 mois de traitement indiciaire brut ; 2° Fraction versée au titre de l'année 2015 : 7,5 mois de traitement indiciaire brut ; 3° Fraction versée au titre de l'année 2016 : 6 mois de traitement indiciaire brut ; 4° Fraction versée au titre des années 2017, 2018 et 2019 : 5 mois de traitement indiciaire brut. III. - Les agents () affectés à Mayotte avant le 1er janvier 2014 conservent le bénéfice de l'indemnité d'éloignement dans les conditions prévues au 3° de l'article 3 du décret du 27 novembre 1996 susvisé, dans sa version applicable avant l'entrée en vigueur du présent décret, pour les fractions restant dues et non encore échues. (). ".

5. Il résulte de ces dispositions que les agents affectés à Mayotte avant le 1er janvier 2014 dans le cadre du séjour dit " réglementé " de deux ans alors prévu par le décret du 26 novembre 1996 et qui, à l'issue de ce séjour, ont été de nouveau affectés à Mayotte postérieurement à l'abrogation de ce décret, et donc sans condition de durée de séjour, entrent dans le champ des dispositions transitoires du II de l'article 8 du décret du 28 octobre 2013 et avaient ainsi droit à l'indemnité dégressive que ces dispositions prévoient, pour une durée de quatre ans à compter de leur nouvelle affectation.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. Varao a été affecté à Mayotte en 2013, pour une durée de deux ans, et que son séjour a été prolongé à compter du 1er septembre 2015. Sa nouvelle affectation étant intervenue au cours de la période comprise entre le 1er janvier 2014 et le 31 décembre 2016, l'intéressé entrait donc dans le champ d'application des dispositions transitoires du II de l'article 8 du décret du 28 octobre 2013 dérogeant aux dispositions du 3° de l'article 3 du décret du 27 novembre 1996 et pouvait prétendre au bénéfice de quatre versements annuels au titre de l'indemnité dégressive, soit 7,5 mois de traitement indiciaire brut pour l'année 2015, 6 mois pour l'année 2016, puis 5 mois pour chacune des années 2017 et 2018. En l'absence de précisions et d'éléments sur la nature et le montant des indemnités qu'il estime n'avoir pas perçues alors que le recteur de la Guyane fait valoir en défense qu'il a versé la totalité des indemnités dues au titre des années 2015 à 2018 et produit, à l'appui de ses allégations, un récapitulatif des indemnités d'éloignement effectivement versées, le requérant n'établit pas qu'en rejetant implicitement sa demande, adressée le 29 avril 2021, le recteur de la Guyane aurait méconnu les dispositions du décret du 28 octobre 2013 précitées.

7. Au surplus, et à supposer que le requérant ait entendu s'en prévaloir, il ressort des pièces du dossier que la note du 3 juillet 2018 DAFC1 n° 2018-0058 du ministre de l'éducation nationale, qui prévoyait des dérogations aux dispositions impératives du II de l'article 8 du décret du 28 octobre 2013, en mettant en œuvre l'engagement pris par le Gouvernement auprès des fonctionnaires affectés à Mayotte en 2012 et en 2013 de maintenir, pendant deux années supplémentaires le bénéfice de l'indemnité d'éloignement à taux plein dans les conditions prévues par le décret du 27 novembre 1996, a été annulée comme entachée d'incompétence par une décision n° 426956 rendue le 30 janvier 2020 par le Conseil d'Etat.

8. Enfin, la circonstance, à la supposer établie, que des fonctionnaires relevant du ministère de l'éducation nationale affectés à Mayotte dans des conditions similaires, auraient bénéficié de l'indemnité sollicitée par le requérant, ce qui entrainerait, selon lui, une rupture d'égalité entre les fonctionnaires placés dans une situation identique, est sans incidence sur la légalité de la décision contestée qui, ainsi qu'il a été dit précédemment, ne méconnaît pas les dispositions législatives et réglementaires en vigueur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le recteur de la Guyane, que la requête de M. Varao doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. Varao est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B Varao et au recteur de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. DELEPLANCQUE

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

C. NICANOR

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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