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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200594

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200594

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mai 2022, M. E F, représenté par Me Marciguey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2021 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, durant cet examen et jusqu'à la prise d'une nouvelle décision, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de faire procéder à la suppression de son signalement au système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Marciguey, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence .

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît le principe des droits de la défense et le droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'erreur de fait, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen personnalisé ;

- elle est entachée d'erreur de fait et de défaut de base légale car les ressortissants colombiens sont exemptés de l'obligation de détenir un visa pour entrer en France ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant .

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant .

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 III alinéa 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Schor.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant colombien né en 1990 est, selon ses déclarations, entré en France en 2019. A la suite d'un contrôle pour vérification de son droit au séjour le 21 avril 2021, le préfet de la Guyane a pris le même jour un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdisant à M. F de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, l'arrêté contesté a été signé par M. A D, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, qui disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté du 28 février 2021 régulièrement publié, d'une subdélégation de M. B C, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci. Il n'est pas établi que ce dernier n'était pas absent ou empêché et M. C disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté du 19 février 2021, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

4. Le droit d'être entendu relève des droits de la défense figurant au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne et consacrés par la Charte des droits fondamentaux. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. M. F soutient qu'il n'a pas pu produire ni les documents permettant d'établir la date exacte et la régularité de sa présence sur le territoire français et sa situation familiale, ni les éléments relatifs à sa demande d'asile. Toutefois, il ne fait état d'aucun élément précis qui aurait pu influer sur le sens de la décision prise à la suite de son interpellation par les services de police. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision d'éloignement aurait été prise en méconnaissance du principe général de préservation des droits de la défense, tel qu'il est énoncé par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée se fonde sur les circonstances que

M. F serait entré en France en 2019 mais est dépourvu de titre de séjour, vit en concubinage avec une ressortissante étrangère dont il n'établit pas la régularité du séjour, ainsi qu'avec ses enfants pouvant l'accompagner dans son pays d'origine, En outre, la motivation d'une décision ne doit pas être exhaustive. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée, en droit comme en fait.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. F est entré en France en octobre 2019 régulièrement. La décision attaquée, qui indique que

M. F est entré irrégulièrement en France, est donc entachée d'une erreur de fait. Cependant, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet n'aurait pas pris la même décision sans cette erreur, qui n'est donc pas de nature à entraîner l'annulation de la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'office, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la cour statuent. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. F a déposé une demande d'asile en France le 15 octobre 2019. Par une ordonnance n°19056247 du 20 décembre 2019, la Cour Nationale du Droit d'Asile (CNDA) a rejeté le recours exercé par M. F contre la décision de l'Office Français pour la Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA) du 25 octobre 2019, au motif que cette décision de l'OFPRA avait été reçu par le requérant le

4 novembre 2019 et que son recours devant la CNDA était tardif. Par suite, M. F, qui a exercé un recours contre la décision de l'OFPRA et qui se borne à soutenir qu'il n'avait connaissance ni d'une décision de l'OFPRA ni de la CNDA mais n'a eu aucun renouvellement de récépissé de demande d'asile depuis le 14 décembre 2019, date d'expiration de son récépissé initial de demande d'asile, n'établit pas qu'il avait, à la date de la décision attaquée, la qualité de demandeur d'asile. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen doit être écarté.

10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. F est entré en France en octobre 2019, soit depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée. Compte tenu de la faible ancienneté et des conditions de son séjour en France à la date de la décision attaquée, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les motifs qui viennent d'être exposés, la décision attaquée n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

12. En deuxième lieu, d'une part, la décision attaquée vise notamment les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'autre part elle se fonde notamment sur la circonstance que M. F, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, a déclaré vouloir s'opposer à sa reconduite vers son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision portant refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en fait et en droit. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " () Toutefois, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français : () h) Si l'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. ".

14. En se bornant à affirmer qu'il n'est pas établi qu'il aurait manifesté son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, M. F ne conteste pas sérieusement les indications de la décision attaquée. En outre, la circonstance que les déplacements internationaux étaient rendus difficiles en raison de la pandémie de Covid-19 en 2021 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet de la Guyane, dont il ne ressort pas de la lecture de l'arrêté litigieux qu'il se serait cru en situation de compétence liée, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'octroyer au requérant un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. F ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " [] Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. En l'espèce, M. F se borne à soutenir qu'il craint pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine, sans établir qu'il y serait personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et alors que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA. Dans ces conditions, la décision litigieuse n'a méconnu ni ces stipulations, ni les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

19. M. F est le père d'une enfant née en 2017 en Colombie de son union avec une compatriote. Pour autant, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. F de sa fille et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Colombie, pays dont le requérant, la mère de son enfant, et son enfant ont la nationalité. En outre, eu égard à la faible durée de la scolarité de cette enfant en France, la décision attaquée ne porterait pas atteinte à son intérêt supérieur. Dans ces conditions, le préfet de la Guyane n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, aux termes de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour./ ()/ La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.".

21. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elle énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

22. La décision attaquée vise notamment les dispositions de l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que l'intéressé déclare être entrée sur le territoire en 2019. Elle ajoute que M. F n'établit pas la consistance de ses liens avec la France, dès lors que l'ensemble de sa famille en France a vocation à repartir avec lui dans leur pays d'origine. Une telle motivation satisfait aux exigences propres au prononcé d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

23. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ne sont pas illégales. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

24. En troisième lieu, M. F indique qu'il craint pour sa sécurité en cas de retour en Colombie, alors que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA. Il ajoute qu'il n'est établi ni qu'il existe une précédente mesure d'éloignement à son encontre ni que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Ce faisant, il ne fait état d'aucunes circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à faire obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire soit prononcée. Dans ces conditions, le préfet de la Guyane pouvait légalement, même en l'absence de menace à l'ordre public, lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, le préfet de la Guyane n'a pas méconnu les dispositions de l'article L.511-1 III précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

25 Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 avril 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

Le président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

S. PROSPER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

M-Y METELLUS

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