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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200716

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200716

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPIGNEIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2022, M. C B A, représenté par

Me Pigneira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de

trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 800 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 septembre 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Mes Tomasi et Dumoulin, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 15 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Schor.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant cubain né en 1984, est entré en France en octobre 2019. Il a d'abord déposé une demande d'asile qui a été rejetée en novembre 2019. Puis il a sollicité le

14 avril 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 avril 2022, le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. B A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, d'une part, la décision attaquée vise les dispositions de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du code des relations entre le public et l'administration et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde. D'autre part, elle se fonde expressément sur l'avis de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (Office Français de l'Immigration et de l'Intégration) du 7 mars 2022 et indique que " le collège de médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration a estimé, dans son avis en date du 7 mars 2022, que l'état de santé de l'intéressé lui permettait de se rendre sans risque vers son pays d'origine ". La circonstance que cette décision apprécie différemment du requérant l'accessibilité des soins nécessaires à son état de santé dans son pays d'origine et sa situation personnelle, familiale et financière n'est pas de nature à entacher la décision attaquée d'insuffisance de motivation, laquelle est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis du collège de médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration du 7 mars 2022, que l'état de santé de

M. B A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, l'intéressé peut bénéficier du traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine et peut aussi voyager sans risque vers ce pays. Il ressort des pièces du dossier que M. B A est atteint de drépanocytose. Cependant, il n'apporte aucun élément de nature à contredire l'avis de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration en ce qui concerne notamment l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé de Cuba. En se bornant à affirmer, sans apporter aucun élément au soutien de son affirmation, qu'il lui est impossible d'accéder dans son pays d'origine aux soins que requiert son état de santé, il n'établit pas que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()".

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats de scolarité, des relevés de note ainsi que des deux actes de naissance produits pour ses enfants, que M. B A est le père de trois enfants scolarisés en Guyane en CE1, CE2 et CMI à la date de la décision attaquée. Toutefois, M. B A n'apporte aucun élément concernant la situation administrative de la mère de ses enfants, qui est une compatriote et ne conteste pas qu'il a conservé des attaches familiales dans son pays d'origine. Eu égard à la faible ancienneté et aux conditions de son séjour en France, il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet de la Guyane a porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si M. B A soutient qu'un retour à Cuba l'exposerait à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en raison de ses problèmes de santé, il n'établit pas la réalité des risques actuels et personnels qui pèseraient sur lui en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, il est constant que sa demande d'asile a été rejetée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Guyane a méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en désignant le pays dont il a la nationalité pour destination de la mesure d'éloignement. Ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2022. Sa requête ne peut, dès lors, qu'être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 30 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHORLe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. NICANOR

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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