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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200735

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200735

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, Mme B A demande au tribunal administratif de Guyane :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président du centre de gestion a implicitement rejeté son recours gracieux du 8 février 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2021 par lequel le président du centre de gestion de la fonction publique territoriale a décidé de prélever un trentième de sa rémunération ;

3°) de condamner le centre de gestion de la fonction publique territoriale aux entiers dépens.

Mme A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'erreurs de droit car d'une part l'administration ne peut imputer à un agent l'absence de service si elle a mis des obstacles matériels au bon accomplissement de ses fonctions ou a méconnu son obligation de placer l'agent dans une situation régulière et d'autre part les agents du centre de gestion ne sont pas membres du conseil d'administration et n'ont pas d'obligation d'assister aux séances du conseil d'administration ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation car l'administration l'a placée dans l'impossibilité d'effectuer son service habituel en décidant de délocaliser le conseil d'administration à Saint-Laurent du Maroni et en fermant l'ensemble des services à Cayenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, le centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 61-825 du 29 juillet 1961 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor,

- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, rédactrice principale de première classe, est affectée au secrétariat des instances médicales du centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Guyane (CDG) en qualité de gestionnaire des instances médicales depuis le 21 mars 2016. Par une note du 30 novembre 2021, le CDG a convoqué l'ensemble de ses agents au conseil d'administration du 2 décembre 2021, à la mairie de Saint-Laurent du Maroni, et a invité les agents qui ne s'y rendraient pas à poser un jour de congé. Mme A ne s'est pas rendu à ce conseil d'administration et n'a pas posé de jour de congé. Par un arrêté du 16 décembre 2021, le président du CDG a décidé de prélever un trentième de la rémunération de la requérante en raison de l'absence de service fait. Mme A a exercé le 8 février 2022 un recours gracieux contre cette décision et du silence gardé pendant plus de deux mois par le CDG est née le

8 avril 2022 une décision implicite de rejet de ce recours. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2021 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours contre cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 20 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire () ". Aux termes de l'article 4 de la loi n° 61-825 du 29 juillet 1961 de finances rectificative pour 1961 : " () L'absence de service fait, pendant une fraction quelconque de la journée, donne lieu à une retenue dont le montant est égal à la fraction du traitement frappée d'indivisibilité () / Il n'y a pas service fait : / 1° Lorsque l'agent s'abstient d'effectuer tout ou partie de ses heures de services ; / 2° Lorsque l'agent, bien qu'effectuant ses heures de service, n'exécute pas tout ou partie des obligations de service qui s'attachent à sa fonction telles qu'elles sont définies dans leur nature et leurs modalités par l'autorité compétente dans le cadre des lois et règlements () ".

3. Pour permettre une retenue sur la rémunération de l'agent ou son reversement, l'absence de service fait pour inexécution de tout ou partie des obligations de service doit pouvoir être matériellement constatée sans qu'il soit nécessaire de porter une appréciation sur le comportement de l'agent. Toutefois, le droit de tout agent à percevoir son traitement ne pouvant cesser que si l'absence d'accomplissement de son service résulte de son propre fait, il appartient en conséquence au juge de rechercher si l'absence de service fait par un agent ne résulte pas de la méconnaissance, par l'administration, de l'obligation qui est la sienne de placer ses agents dans une situation régulière.

4. Il ressort de la fiche de poste de Mme A que celle-ci a notamment pour missions, en qualité de gestionnaire des instances médicales, d'assurer le secrétariat du comité médical, de la commission de réforme et de la cellule maintien dans l'emploi et reclassement du centre de gestion, d'assurer la validité et l'amélioration des procédures liées au secrétariat des instances médicales et d'assurer la veille, la communication et la mise à jour internet du centre de gestion sur les thématiques liées à son domaine d'intervention. Il est constant que le CDG a affrété, à disposition de ses agents, notamment Mme A, un moyen de transport ad hoc pour que ceux-ci puissent se rendre à Saint-Laurent du Maroni et donc pour que Mme A puisse accomplir son service, sans avoir placé la requérante dans une situation irrégulière. Par suite, le CDG n'a pas mis d'obstacles matériels au bon accomplissement des fonctions de Mme A et n'a commis aucune faute qui lui serait imputable.

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 7 du règlement intérieur du CDG : " Les séances du conseil d'administration ne sont pas publiques. / Le président peut appeler devant le conseil d'administration toute personne dont l'audition est de nature à éclairer les débats. / L'agent comptable assiste aux séances du conseil d'administration. / Des agents du centre de gestion, sur demande du président, assistent aux séances. Ils assurent le secrétariat et les tâches nécessaires au bon fonctionnement du conseil d'administration, sous l'autorité du président. / Les agents restent tenus à l'obligation de réserve ".

6. Le centre de gestion fait valoir sans être contredit, que la présence de Mme A au conseil d'administration du 2 décembre 2021 était nécessaire afin qu'elle présente les dossiers dont elle a la charge aux administrateurs du centre de gestion et qu'elle apporte des réponses exhaustives à leurs questions et préoccupations. Mme A n'établit ni même n'allègue que son audition éventuelle n'était pas de nature à éclairer les débats, de sorte que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 7 du règlement intérieur du CDG. Par suite, le moyen tiré des erreurs de droit doit être écarté.

7. En second lieu, si Mme A soutient que l'administration l'a mise dans l'impossibilité matérielle de réaliser son service, en télétravail ou en visioconférence, il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante a été invitée par une note du 30 novembre 2021 à assister au conseil d'administration du centre de gestion organisé le 2 décembre 2021 à la mairie de Saint-Laurent-du-Maroni. Cette note précisait que " en raison du caractère prioritaire de l'évènement, tous les services du centre de gestion seront exceptionnellement fermés " et " les agents qui ne pourront être présents devront poser une journée de congé ". Aucune disposition n'imposait au CDG de proposer le télétravail ou la visio-conférence pour assister au conseil d'administration. De plus, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été informée, par un courrier électronique du 1er décembre 2021, de l'itinéraire précis du bus affrété par le CDG pour se rendre au conseil d'administration, comportant notamment un arrêt à Macouria, commune de la résidence personnelle de la requérante. Enfin, à supposer que Mme A entende se prévaloir de son état de santé et de restrictions empêchant un tel déplacement, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a jamais fait état de telles restrictions au CDG et qu'elle n'a pas produit de certificat médical sur ce point. Il ressort en outre du devis du 7 octobre 2021 adressé au CDG par la société STDTP/Transports Rino et fils qu'un bus d'une capacité de trente passagers a été affrété pour seulement douze personnes, de façon à permettre une distanciation physique entre les agents durant le transport. Dans ces conditions, en s'abstenant de se rendre au conseil d'administration alors que sa présence y relevait de l'exercice de ses fonctions, Mme A n'a pas accompli ses obligations de service durant la journée du 2 décembre 2021. Par suite, la requérante, qui ne justifie pas de son absence au conseil d'administration, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation et le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, ni, par voie de conséquence, de la décision rejetant le recours gracieux contre cet arrêté et que sa requête doit en conséquence être rejetée, y compris, les conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

Le président,

Signé

O. GUISERIXLe greffier,

Signé

J. LEBOURG

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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