vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2200766 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BARISEEL-LECOCQ & ASSOCIES AARPI INTER BARREAUX |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 14 juin 2022, sous le numéro 2200766,
Mme C A, représentée par Me Lecocq, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 18 mai 2022 par laquelle le ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé devant la commission des recours des militaires à l'encontre de la décision du ministre des armées portant non renouvellement de son contrat d'engagement en date du 26 novembre 2021 ;
2°) d'enjoindre au ministre des armées de la réintégrer en qualité d'officier commissionné à compter du 19 juin 2022 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure et de pouvoir et constitue une sanction déguisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 4 août 2022 et le
4 janvier 2024, sous le numéro 2201097, Mme C A, représentée par
Me Maumont, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2022 par laquelle le ministre des armées, après avis de la commission des recours des militaires, a rejeté son recours formé contre la décision du
26 novembre 2021 portant non renouvellement de son contrat d'engagement ;
2°) de prononcer la jonction de la présente requête avec celles enregistrées le
14 juin 2022 sous le numéro 2200766 et le 20 février 2023 sous le numéro 2300280 ;
3°) d'enjoindre au ministre des armées de la réintégrer en qualité d'officier commissionné à compter du 19 juin 2022 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure et de pouvoir et constitue une sanction déguisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
III. Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 20 février 2023 et le
4 janvier 2024, sous le numéro 2300280, Mme C A, représentée par
Me Maumont, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre liminaire, de prononcer la jonction de la présente requête avec celles enregistrés le 14 juin 2022 sous le numéro 220766 et le 4 août 2022 sous le numéro 2201097 ;
2°) d'annuler la décision du 9 décembre 2022 par laquelle le ministre des armées, après avis de la commission des recours des militaires, a rejeté son recours formé contre la décision du 7 mars 2022 portant radiation des contrôles au terme de son contrat ;
3°) d'enjoindre au ministre des armées de la rétablir dans l'ensemble de ses droits et de ses avantages dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2008-959 du 12 septembre 2008 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Deleplancque ;
- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;
- et les observations de Mme A.
Le ministre des armées n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, psychologue, a été recrutée le 19 juin 2020 et pour une durée de
24 mois, en qualité d'officier commissionnée rattachée au corps technique administratif de l'armée de terre au grade de lieutenant, pour service au Régiment du service militaire adapté (RSMA) de Guyane. Par une décision du 21 novembre 2021, notifiée le 13 décembre 2021 à l'intéressée, le ministre des armées a décidé de ne pas procéder au renouvellement de son contrat expirant le 18 juin 2022. Par un courrier du 14 janvier 2022, réceptionné le 18 janvier 2022, Mme A a formé un recours à l'encontre de la décision du 21 novembre 2021 auprès de la commission des recours des militaires. Par une décision du 5 juillet 2022, le ministre des armées, après avis de la commission des recours des militaires, a rejeté son recours administratif préalable obligatoire. Par un arrêté du 7 mars 2022, notifié le 5 mai 2022 à l'intéressée, le commandant E a prononcé la radiation des contrôles de Mme A au terme de son contrat, à savoir à compter du 19 juin 2022. Par un courrier du 14 juin 2022, réceptionné le 17 juin suivant, l'intéressée a formé un recours à l'encontre de cet arrêté auprès de la commission des recours des militaires. Par une décision du 9 décembre 2022, le ministre des armées, après avis de la commission des recours des militaires, a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A. Par les requêtes, enregistrées sous les numéros 2200766 et 2201097, Mme A demande au tribunal d'annuler, d'une part, la décision implicite de rejet née le 18 mai 2022 du silence gardé sur son recours administratif préalable obligatoire formé le 14 janvier 2022 et, d'autre part, la décision expresse du 5 juillet 2022 portant rejet de sa demande. Par la requête enregistrée sous le numéro 2300280, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du ministre des armées du 9 décembre 2022.
2. Les requêtes n°2200766, n°2201097 et n°2300280, présentées par Mme A présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation des requêtes n°2200766 et n°2201097 :
En ce qui concerne l'objet du litige :
3. Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.
4. En l'espèce, le ministre des armées fait valoir, sans être contredit par Mme A, qu'il a expressément statué sur son recours formé le 14 janvier 2022 auprès de la commission des recours des militaires, par une décision du 5 juillet 2022, postérieure à la date d'introduction de la requête, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet de sa demande. Par suite, les conclusions de la requête n°2200766 doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du ministre des armées du 5 juillet 2022 qui s'est substituée à la décision implicite de rejet en date du 18 mai 2022.
En ce qui concerne les moyens des requêtes :
5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision du 5 juillet 2022 s'est substituée à la décision implicite de rejet en date du 18 mai 2022. Ainsi, Mme A ne peut utilement se prévaloir du défaut de motivation de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire, qui constitue un vice propre à cette décision. Un tel moyen doit donc être écarté comme inopérant.
6. En deuxième lieu, et d'une part, Mme A ne peut utilement se prévaloir de l'incompétence du signataire de la décision du 26 novembre 2021, portant non-renouvellement de son contrat d'engagement, dès lors que la décision du 5 juillet 2022, rejetant expressément le recours administratif préalable obligatoire formé à son encontre, s'est substituée à la décision initiale.
7. D'autre part, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, il ressort des termes de la décision du
5 juillet 2022 portant rejet du recours préalable obligatoire présenté par Mme A, que celle-ci a été signée par M. B D, directeur adjoint du cabinet civil et militaire, qui disposait, en vertu d'un arrêté du 21 mai 2022, régulièrement publié au journal officiel de la République française le 28 mai suivant, d'une délégation de signature du ministre des armées " à l'effet de signer, en son nom, tous actes, à l'exclusion des décrets, en ce qui concerne les affaires pour lesquelles délégation n'est pas donnée aux personnes mentionnées à l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 ". Or, il n'est ni établi ni même allégué que le ministre des armées aurait donné délégation de signature à l'un des fonctionnaires et militaires visés par ces dispositions à l'effet de signer les décisions prises sur les recours administratifs préalables obligatoires après avis de la commission des recours des militaires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée du 5 juillet 2022 manque en fait et doit être écarté.
8. En troisième lieu, à supposer même que le ministre ait mentionné à tort que " l'autorité militaire a invité le lieutenant A à présenter sa candidature en qualité de civile ", une telle invitation n'avait toutefois aucune incidence sur le choix de renouvellement du contrat d'officier commissionnée de l'intéressée. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que le ministre n'aurait pas pris la même décision s'il n'avait pas mentionné cette circonstance. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne saurait être accueilli.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 4132-10 du code de la défense : " Le militaire commissionné est admis par contrat à servir dans une armée ou une formation rattachée dans un grade d'officier ou de sous-officier en vue d'exercer des fonctions déterminées à caractère scientifique, technique ou pédagogique correspondant aux diplômes qu'il détient ou à son expérience professionnelle ". En application de l'article 1er du décret du 12 septembre 2008 relatif aux militaires commissionnés : " Les militaires commissionnés sont recrutés par contrat, en qualité d'officier, sous-officier ou officier marinier, pour satisfaire des besoins immédiats des armées ou des formations rattachées, aux fins d'occuper des emplois de spécialistes à caractère scientifique, technique ou pédagogique qui ne sont pas pourvus par les autres modes de recrutement et de formation ou qui font l'objet d'une vacance temporaire ". Aux termes de l'article 16 du même décret : " Pour les contrats d'une durée égale ou supérieure à un an, le ministre de la défense, ou le ministre de l'intérieur pour les militaires commissionnés de la gendarmerie nationale notifie par écrit son intention de renouveler ou non le contrat d'engagement d'un militaire commissionné au moins six mois avant le terme. / Le militaire commissionné à qui est proposé le renouvellement du contrat dispose d'un délai d'un mois pour faire connaître son acceptation par écrit. L'absence de réponse dans ce délai vaut renonciation. / En cas de renouvellement, le contrat prend effet le lendemain de la date d'expiration du contrat précédent. ". Enfin, aux termes de l'article 17 de ce décret : " Les contrats sont résiliés par le ministre de la défense, ou le ministre de l'intérieur pour les militaires commissionnés de la gendarmerie nationale : 1° D'office : a) En cas d'admission à l'état de militaire de carrière ; b) Dans les cas prévus à l'article L. 4139-14 du code de la défense, à l'exception du 3°, pour lequel la résiliation est prononcée par le ministre de la défense ; c) En cas de souscription d'un nouveau contrat se substituant expressément à un contrat en cours. 2° Sur demande écrite de l'intéressé, agréée par le ministre de la défense, ou le ministre de l'intérieur pour les militaires commissionnés de la gendarmerie nationale. ".
10. Si Mme A soutient que la décision en litige ne correspond à aucun des cas de résiliation d'un contrat d'un officier commissionné prévu à l'article 17 du décret du
12 septembre 2008, il ressort toutefois des pièces du dossier que le contrat de l'intéressée prenait fin à compter du 19 juin 2022 et n'a, par conséquent, fait l'objet d'aucune résiliation. Ainsi, le ministre des armées n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit en se fondant sur les dispositions citées au point précédent correspondant à la situation dans laquelle se trouvait
Mme A, à savoir l'expiration de son contrat et son intention, ou non, de proposer le renouvellement de ce dernier au militaire commissionné. Le moyen tiré l'erreur de droit doit donc être écarté.
11. En cinquième lieu, un militaire dont le contrat à durée déterminée est arrivé à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci. L'autorité compétente peut refuser de renouveler un tel contrat pour des motifs tirés de l'intérêt du service ou en raison de ce que le comportement du militaire n'aurait pas donné entière satisfaction.
12. En l'espèce, pour refuser de procéder au renouvellement du contrat de
Mme A, le ministre des armées s'est fondé notamment sur les circonstances selon lesquelles l'intéressée a été recrutée " à titre exceptionnel, pour effectuer une mission déterminée et combler un déficit ponctuel de ressources " et que " les postes de psychologue au sein du RSMA de Guyane et de Mayotte doivent être pourvus par des agents de la fonction publique civile à l'été 2022 ". Ainsi, le non-renouvellement du contrat de l'intéressée repose sur un motif tiré de l'intérêt du service compte-tenu du choix, du commandement du service militaire adapté, de procéder à la " civilianisation " du poste.
13. Mme A soutient que le poste d'officier psychologue est indispensable au sein du RSMA et ne saurait relever d'un emploi civil. A cet égard, elle se prévaut, d'une part, d'une lettre du 4 novembre 2021 adressée au général de corps d'armée, par laquelle le général commandant le service militaire adapté, l'informe de l'échéance de plusieurs contrats de psychologues en précisant que le choix s'était porté, en 2020, sur le recrutement d'officiers commissionnés compte-tenu de l'insuffisance de psychologues cliniciens au sein de l'armée et, d'autre part, d'une note en date du 10 août 2021 alertant sur les risques inhérents à la civilianisation des postes, de manière générale, en Guyane. Toutefois, ces seuls éléments, alors que la même note du 10 août 2021 envisage de proposer le poste de Mme A à " l'effort de civilianisation supplémentaire ", ne suffisent pas à démontrer que le choix de recruter un personnel civil serait contraire à l'intérêt du service. En outre, la circonstance que ses qualités professionnelles en tant que psychologue au sein du RSMA aient été reconnues par l'ensemble de ses supérieurs hiérarchiques, comme en atteste par exemple son bulletin de notation, ne permet pas davantage d'établir que le non-renouvellement de son contrat serait préjudiciable pour le régiment. Dans ces circonstances, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de procéder au renouvellement de son contrat d'officier commissionné, arrivant à échéance le
19 juin 2022, le ministre des armées a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, un tel moyen doit être écarté.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 4123-10-2 du code de la défense, alors en vigueur : " Aucun militaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un militaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral mentionnés au premier alinéa ; 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; 3° Ou le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés () ".
15. Il appartient à un militaire qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement, notamment lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et du militaire qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
16. En l'espèce, Mme A soutient qu'elle a été victime d'agissements répétés de harcèlement moral depuis son arrivée au sein du régiment qui se sont manifestés par un manque d'intégration, un dénigrement de sa fonction, des reproches injustifiés, des propos déplacés ainsi que des perturbations au sein de son service, qui ont conduit à une altération de son état de santé dès lors qu'elle a développé un syndrome dépressif et été placée à plusieurs reprises en arrêt de travail pour " épuisement professionnel ".
17. A l'appui de ses allégations, la requérante produit de nombreux témoignages et échanges de courriels de nature à révéler l'existence d'un contexte conflictuel au sein du régiment et en particulier avec les deux chefs de corps successifs. Les attestations font notamment état de remarques inappropriées de la part des officiers supérieurs, révélant un état d'angoisse lors de convocations et une mise à l'écart de l'intéressée. Plusieurs témoignages relèvent par exemple que le chef de corps aurait énoncé, afin de dénigrer le travail de
Mme A, que " les militaires savent faire ce qu'un psy fait ".
18. Toutefois, en réponse aux différentes plaintes de l'intéressée et aux difficultés relatées par le chef de corps, le général commandant le service militaire adapté a décidé, le
3 novembre 2021, de missionner le directeur des ressources humaines afin de réaliser un " audit de la fonction " psychologue " au sein E ". Il ressort du rapport d'audit réalisé par l'officier auditeur, qui contrairement à ce que soutient la requérante a réalisé des entretiens avec des personnels ayant travaillé avec elle, qu'une situation conflictuelle est bien présente au sein du régiment mais que les torts semblent partagés de tous côtés. A ce titre, le rapport relève une faute de la part du commandement quant au manque de communication sur le choix de ne pas procéder au renouvellement de son contrat mais précise que les témoignages recueillis ne peuvent révéler l'existence d'une situation de harcèlement moral alors que ses qualités en tant que psychologue ne sont pas remises en cause et qu'elle a fait l'objet d'une bonne notation de la part de ses supérieurs.
19. Par ailleurs, si Mme A s'est plainte de comportements inadaptés de la part de certains cadres du régiment liés à des rumeurs ou propos à caractère sexuel, susceptibles de révéler une situation de harcèlement moral, il ressort toutefois des pièces du dossier que le chef de corps a saisi la référente mixité-égalité du régiment afin qu'elle lui " apporte le soutien nécessaire () mène des actions (pour) connaître la vérité afin de prendre les mesures appropriées " mais que l'intéressée a décliné son aide en précisant qu'il s'agissait de " problèmes personnels ". Ainsi, les seuls témoignages produits par la requérante n'apparaissent pas suffisamment probants pour démontrer que des propos humiliants ont été répétés à son encontre.
20. En ce qui concerne le manque d'intégration qu'elle estime avoir subi au sein du régiment, les éléments dont elle se prévaut ne suffisent pas à établir qu'elle aurait été délibérément mise à l'écart par les autres officiers du régiment.
21. De même, la mention des absences de Mme A pour arrêt de travail ou garde d'enfant au sein d'un document accessible par l'ensemble du régiment apparaît étrangère à toute considération de harcèlement dans la mesure où il concernait également d'autres cadres du régiment et qu'il n'avait pas vocation à révéler des informations personnelles. Un tel document ayant eu pour seul objectif de rendre compte de l'organisation du régiment au cours d'une période donnée.
22. En outre, en ce qui concerne son inscription à deux reprises au cahier de rapport hiérarchique, les remarques formulées par les chefs de corps en raison de son comportement militaire inadapté et de ses difficultés à s'intégrer dans le milieu militaire se bornent à lui rappeler ses obligations en tant que militaire ainsi que les difficultés de la vie au sein d'un camp isolé où vivent les familles des cadres, nécessitant par conséquent un équilibre au regard des positions de chacun. De telles remarques, relevant au demeurant le caractère satisfaisant de son travail en tant que psychologue, n'apparaissent pas excéder l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
23. Dans ces conditions, nonobstant la souffrance morale qu'a subie l'intéressée à raison des relations conflictuelles au sein du régiment, Mme A n'est pas fondée à soutenir que les agissements allégués sont constitutifs d'un harcèlement moral et que la décision de non-renouvellement de son contrat d'officier commissionné a été prise sur un fondement étranger à l'intérêt du service, dans le seul but de la sanctionner. Ainsi, les détournements de procédure et de pouvoir allégués ne sont pas établis et il n'est pas démontré que la décision en litige revêtirait le caractère d'une sanction déguisée. De tels moyens doivent dès lors être écartés.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n°2300280 :
24. Par sa décision du 9 décembre 2022, rejetant le recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de l'arrêté du 7 mars 2022 portant radiation des contrôles de
Mme A à l'expiration de son contrat, le ministre des armées s'est borné, sans porter une quelconque appréciation sur les faits de l'espèce, à tirer les conséquences de la décision de
non-renouvellement du contrat et du fait que Mme A n'avait plus la qualité de militaire à compter du 19 juin 2022. Ainsi, en tirant les conséquences de la cessation de son état militaire, le ministre des armées se trouvait en situation de compétence liée. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation dirigés contre la décision du 9 décembre 2022 doivent être écartés comme inopérants.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes n° 2200766, n° 2201097 et
n° 2300280 de Mme A doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2200766, n° 2201097 et n° 2300280 de Mme A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
C. DELEPLANCQUE
Le président,
Signé
O. GUISERIX La greffière,
Signé
C. NICANOR
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
2, 2201097, 2300280
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026