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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200777

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200777

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFERNANDEZ-BEGAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire enregistrées les 16 juin et 6 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Robo-Cassilde, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de l'Ouest Guyanais Franck Joly a rejeté sa demande de placement en congé de longue maladie et l'a placée en congé de maladie ordinaire pour la période du 6 septembre 2021 au 18 mai 2022 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de la placer en congé de longue maladie pour la période du 17 novembre 2021 au 18 mai 2022, d'en tirer les conséquences financières et de reconstituer sa carrière dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 2.000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme A invoque le défaut de motivation, l'erreur de fait, la méconnaissance des dispositions des articles 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et 28 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, puis l'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2022, le centre hospitalier de l'Ouest Guyanais Franck Joly, représenté par Me Fernandez-Begault, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 3.000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacau,

- les conclusions de M. Hegesippe, rapporteur public,

- et les observations de Me Fernandez-Begault pour le centre hospitalier de l'Ouest Guyanais, Mme A n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Victime le 3 août 2021 d'une fracture du cinquième orteil droit, Mme A, sage-femme au centre hospitalier de l'Ouest Guyanais Franck Joly, a sollicité, les 17 novembre 2021 et 15 février 2022, son placement en congé de longue maladie pour la période du 17 novembre 2021 au 18 mai 2022. Elle conteste l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel le directeur des ressources humaines du centre hospitalier a rejeté cette demande et l'a placée en congé de maladie ordinaire du 6 septembre 2021 au 18 mai 2022.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté vise notamment la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, le décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires et le décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière. Il se réfère à l'expertise médicale du 4 mars 2022, dont il s'est approprié les termes et qui a été communiquée à l'intéressée, puis aux avis défavorables émis les 17 février et 1er avril 2022. Cette motivation, qui a mis à même Mme A de connaître les éléments de fait et de droit fondant la décision en cause, est conforme aux exigences des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En second lieu, en vertu de l'article 41 (3°) de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, le fonctionnaire en activité a droit : " A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. () ". Aux termes de l'article 18 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière dans sa rédaction en vigueur : " Pour l'application de l'article 41 (3°) de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, le ministre chargé de la santé établit par arrêté, après avis du conseil médical supérieur, une liste indicative de maladies qui, si elles répondent en outre aux critères définis par ces dispositions législatives, peuvent ouvrir droit à congé de longue maladie après avis du comité médical. Toutefois le bénéfice d'un congé de longue maladie demandé pour une affection qui n'est pas inscrite sur la liste prévue à l'alinéa précédent peut être accordé après l'avis du conseil médical compétent. ". Enfin, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie : " Un congé de longue maladie peut être attribué, à titre exceptionnel, pour une maladie non énumérée aux article 1er et 2 du présent arrêté (). Dans ce cas, il doit être constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée ".

4. Il est constant que les séquelles de fractures simples à l'orteil ne sont pas au nombre des affections énumérées aux articles 1er et 2 de l'arrêté du 14 mars 1986. Le 17 février 2022, le conseil médical départemental a sursis à statuer sur la demande de Mme A et sollicité une expertise. L'expert spécialisé en chirurgie orthopédique et traumatique a remis son rapport le 4 mars 2022 et le 1er avril suivant le comité médical départemental a émis un avis défavorable. L'expert a relevé " un pied souple sans signe de pseudo-arthrose " et une bonne mobilité de l'avant pied, puis a indiqué que son affection ne mettait pas l'intéressée dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, ne rendait nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présentait pas un caractère invalidant et de gravité confirmée. Si Mme A se prévaut d'un certificat établi par son médecin traitant, selon lequel son état de santé justifierait un placement en congé de longue maladie, elle s'abstient de produire ce document. En se bornant à invoquer l'impossibilité de porter des chaussures fermées et de supporter la station debout pendant plusieurs heures, elle ne conteste pas sérieusement les conclusions de l'expert. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'administration se serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou qu'elle aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986. Le moyen tiré de " l'erreur manifeste d'appréciation " ne peut, dès lors, qu'être écarté. Enfin, les dispositions de l'article 28 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, prises pour l'application des dispositions de l'article 34 (3°) de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ne peuvent être utilement invoquées.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2022. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'affaire, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le centre hospitalier de l'Ouest Guyanais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier de l'Ouest Guyanais présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de l'Ouest Guyanais Franck Joly.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAU Le président,

Signé

L. MARTINLa greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au ministre de la Santé et de la Prévention ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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