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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200818

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200818

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLATOUR ANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 juin 2022 et le 1er août 2023,

Mme D B, représentée par Me Latour, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 par lequel le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion et le ministre des solidarités et de la santé ont mis fin à sa formation en qualité d'inspecteur-élève de l'action sanitaire et sociale à compter du 1er avril 2022 ainsi que la décision du 20 juin 2022 par laquelle la ministre des solidarités et de la santé a rejeté son recours gracieux contre l'arrêté du 24 mars 2022 ;

2°) d'enjoindre aux ministères sociaux, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, de prononcer sa titularisation en tant qu'inspecteur de l'action sanitaire et sociale ou, à titre subsidiaire, de prononcer la prolongation de son stage et de la réintégrer dans la formation d'inspecteur-élève de l'action sanitaire et sociale ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 13 euros au titre des droits de plaidoirie.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 24 mars 2022 et la décision du 20 juin 2022 sont entachés d'incompétence ;

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

- elle n'a pas été invitée à présenter ses observations avant les décisions attaquées ;

- l'arrêté du 24 mars 2022 est entaché de vice de procédure d'une part car sa note d'étude de cas intégrée à visée professionnelle n'a pas été correctement portée à la connaissance du jury, en méconnaissance des principes d'égalité de traitement des élèves, d'équité et d'impartialité de la notation et d'autre part car sa note de stage d'exercice professionnel a fait l'objet d'une notation non corrélée avec son appréciation littérale et n'a pas fait l'objet d'un nouvel examen alors que l'appréciation littérale avait été revue ;

- il repose sur des faits matériellement inexacts ;

- l'arrêté du 24 mars 2022 et la décision du 20 juin 2022 sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation et disproportionnés.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2023, le ministre de la santé et de la prévention conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°2002-1569 du 24 décembre 2002 ;

- l'arrêté du 20 avril 2016 relatif à la formation initiale et à la formation d'adaptation à l'emploi des inspecteurs de l'action sanitaire et sociale et de la formation d'adaptation à l'emploi des inspecteurs principaux de l'action sanitaire et sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor,

- les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, cadre de santé paramédicale, après avoir réussi le concours d'entrée à l'école des hautes études en santé publique (EHESP), a débuté la formation d'inspecteur de l'action sanitaire et sociale en janvier 2021. Par un arrêté du 24 mars 2022, le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion et le ministre des solidarités et de la santé ont mis fin à cette formation à compter du 1er avril 2022 et ont prononcé la réintégration de Mme B dans son corps d'origine, et par une décision du 20 juin 2022, la ministre des solidarités et de la santé a rejeté le recours gracieux de Mme B contre l'arrêté du 24 mars 2022. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 1er mars 2022 publié au journal officiel du 4 mars 2022, le directeur des ressources humaines du secrétariat général des ministères chargés des affaires sociales a donné délégation de signature à

Mme F E d'une part, à l'effet de signer, au nom de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion et au nom du ministre des solidarités et de la santé, tous actes, arrêtés, décisions, conventions et marchés relevant des attributions de la direction des ressources humaines, à l'exclusion des décrets et à M. C A, chef du bureau des agents de la filière santé/social d'autre part, pour signer, tous les actes relatifs aux affaires relevant des attributions du bureau. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des auteurs des actes attaqués manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si la nomination dans un corps ou cadre d'emploi en tant que fonctionnaire stagiaire confère à son bénéficiaire le droit d'effectuer un stage dans la limite de la durée maximale prévue par les règlements qui lui sont applicables, elle ne lui confère aucun droit à être titularisé en cas d'insuffisance professionnelle. Ainsi le refus de titularisation d'un stagiaire ou la radiation d'un stagiaire en fin de stage n'entre dans aucune des catégories de mesures qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées est inopérant et ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que, Mme B ne soutient ni même n'allègue que les décisions attaquées revêtiraient le caractère d'une mesure disciplinaire. Dès lors, le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire préalable, en particulier en l'absence de possibilité pour la personne concernée de présenter des observations, est également inopérant et ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, il est constant que dans un premier temps, c'est la copie d'un autre candidat qui a été communiquée par erreur à la requérante, en ce qui concerne l'épreuve d'étude de cas intégrée à visée professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette erreur a été corrigée dans la même journée du 25 février 2022 et Mme B, si elle conteste l'appréciation de la valeur de sa copie, ne conteste pas sérieusement en revanche qu'elle a aussi obtenu la note de 12/40, soit 6/20. La circonstance qu'une autre copie, communiquée par erreur à la requérante, ait obtenu la même note, n'est pas de nature à établir que la note de la requérante n'a pas été correctement portée à la connaissance du jury ou qu'aurait été méconnus des principes d'égalité de traitement des élèves, d'équité et d'impartialité de la notation. Il en va de même du fait qu'elle n'a obtenu le détail de sa notation que par une reproduction par courriel de sorte que le moyen tiré du vice de procédure sur ce point doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 20 avril 2016 relatif à la formation initiale et à la formation d'adaptation à l'emploi des inspecteurs de l'action sanitaire et sociale : " Lorsque l'inspecteur-élève effectue son stage d'exercice professionnel, il est placé auprès d'un maître de stage membre du corps de l'inspection de l'action sanitaire et sociale ou de niveau équivalent. / Le directeur de l'Ecole des hautes études en santé publique élabore à son intention un guide du maître de stage précisant son rôle et les modalités d'évaluation et d'accompagnement de l'inspecteur-élève. / La note de stage est attribuée par le directeur de l'Ecole des hautes études en santé publique à partir des évaluations formulées par le maître de stage. La note de stage traduit l'implication de l'élève ainsi que son adaptation au milieu professionnel et aux missions des inspecteurs de l'action sanitaire et sociale. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que l'appréciation du jury sur l'épreuve de note de stage d'exercice professionnel a été modifiée à la demande de la requérante, de sorte que la phrase " L'absence de marges de progression identifiées par Mme B. Ce point questionne et contraste avec les commentaires du maître de stage " a été supprimée de l'appréciation littérale de cette épreuve, l'administration considérant que le rapport ne contenait pas suffisamment d'éléments sur ce point. Cependant, il est constant que la notation de ce stage d'exercice professionnel est composée de trois parties, l'appréciation du maître de stage, la restitution du stagiaire et enfin son auto-analyse. Mme B a obtenu la note de 12/20 concernant l'appréciation " bon " de son maître de stage, dont le coefficient est double par rapport aux deux autres items, 10/20 pour la restitution du stagiaire et également 10/20 en ce qui concerne l'auto-analyse du candidat. Au total pour le stage d'exercice professionnel,

Mme B a donc obtenu la note de 44/80 soit 11/20. Aucun texte ni aucun principe ne fait obligation à l'administration de réexaminer la note attribuée au candidat en cas de modification de l'appréciation littérale, d'autant que la modification était en l'espèce mineure. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. En sixième lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 5 à 7, aucun vice de procédure n'est établi dans la gestion du dossier et des notes de Mme B, de sorte qu'elle n'est pas fondée à soutenir que le jury s'est prononcé sur la base de faits matériellement erronés et le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.

9. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour procéder à l'évaluation du stage d'exercice professionnel, le jury a notamment relevé que " Des axes d'amélioration demeurent sur les aspects techniques notamment financiers. La montée en compétence sur l'allocation de ressources budgétaires constituera un axe de travail pour la suite de la formation ". Le jury a également relevé que " L'élève a fait face à des problèmes de positionnement et de relations professionnelles durant son stage ; la gestion des émotions face à des situations défavorables constitue un axe d'amélioration. () Un autre axe d'amélioration relevé par le maître de stage est la " rédaction de livrable en se mettant à la place du commanditaire " ". Enfin, le jury notait qu'il n'avait pas compris le document censé être une analyse réflexive du stage mais correspondant, selon lui, à " une liste d'affirmations de compétences acquises mais sans démonstration probante ni analyse sur le pilotage des politiques publiques. ". Le jury concluait : " Au final, la note est notamment minorée du fait de l'absence d'auto-analyse et de prise de recul sur sa pratique et d'éléments sur le pilotage des politiques publiques. L'auto-évaluation du stagiaire répond en partie seulement à la commande. ".

10. Pour soutenir que cette appréciation est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, Mme B observe qu'elle a été classée 11ème au concours d'entrée à l'EHESP. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'elle a obtenu des évaluations professionnelles favorables dans des fonctions antérieures autres, notamment en tant que cadre de santé. Par ailleurs elle soutient sans être contestée que ses compétences professionnelles ont été appréciées lors de son stage à l'Agence Régionale de Santé de la Guyane, où elle allait avoir un poste en tant qu'adjointe au délégué territorial de l'ouest guyanais. Ces circonstances ne sont toutefois pas de nature à établir que les décisions attaquées, prises dans un autre cadre et par une autre autorité, sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation. Enfin, le nombre de journées télé-travaillées durant le stage est sans incidence sur l'appréciation qui a ensuite été faite par le jury sur ce stage professionnel, appréciation qui ne repose pas sur ce décompte de jours, et le moyen doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 12 du décret du 24 décembre 2002 portant statut particulier du corps de l'inspection, dans sa version en vigueur aux dates des décisions attaquées : " A l'issue de la formation initiale, au vu de l'avis émis par le jury dans les conditions fixées à l'arrêté relatif à la formation initiale prévu à l'article 11 du présent décret, les inspecteurs-élèves sont titularisés par arrêté des ministres chargés de la santé, de la cohésion sociale et de la protection sociale. / Les inspecteurs-élèves peuvent, à titre exceptionnel, sur proposition du directeur de l'Ecole des hautes études en santé publique, être autorisés à bénéficier d'une prolongation de formation dont la durée ne peut excéder six mois et dont les modalités sont fixées par l'arrêté conjoint prévu à l'article 11. / Ceux qui n'ont pas été reconnus aptes à être titularisés ou qui n'ont pas été autorisés à bénéficier d'une prolongation de formation sont soit licenciés, s'ils n'avaient pas préalablement la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leurs corps ou cadre d'emplois d'origine selon les dispositions qui leur sont applicables. () ".

12. Il ne ressort ni de ces dispositions ni d'aucun autre principe ou texte que l'administration aurait eu l'obligation de proposer à Mme B une prolongation de sa formation, quelles qu'aient été ses qualités professionnelles observées. Mme B, qui a été classée 43ème /43 de sa promotion avec une note de 103,41/240 allègue mais n'établit pas que la décision de ne pas proposer cette prolongation serait arbitraire. Dès lors, Mme B n'est pas non plus fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur ce point et le moyen doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Schor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

Le président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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