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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200835

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200835

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200835
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantFANDO-MONTOUT SANDRINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 juin et 28 juin 2022, Mme A C, représentée par Me Fando Montout, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 18 février 2022 du directeur général de la caisse générale de la sécurité sociale de Guyane mettant à sa charge les consultations, soins et prescriptions qu'elle réalise et présentées au remboursement ;

2°) de mettre à la charge de la caisse générale de sécurité sociale de Guyane la somme de 1 500 euros à lui verse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que la décision emporte des conséquences graves et irrémédiables pour elle dès lors que la récupération financière du tiers-payant sur tous les actes établis par elle a pour effet de mettre fin à son activité financière ;

- les moyens tirés du défaut de base légale, de l'erreur de droit, de l'erreur manifeste d'appréciation et du détournement de procédure en tant que la décision constituerait une sanction disciplinaire arbitraire sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

La procédure a été communiquée à la caisse générale de sécurité sociale de la Guyane qui n'a pas présenté d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 22 juin 2022 sous le numéro 2200834 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Pauillac, greffière d'audience,

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Fando-Montout, pour Mme C, qui a repris la substance de ses conclusions écrites et a précisé, notamment, que la demande se place dans le cadre légal de la loi du 5 août 2021, que l'urgence est caractérisée compte tenu de la situation financière de Mme C et de crédits en cours, que la règle dégagée par la loi est qu'une décision d'interdiction de l'ARS précède celle prise par la CGSS relative au déconventionnement, qu'il doit être constaté l'absence de décision de l'ARS répondant aux prescriptions de la loi en ce qui concerne Mme C, que la CGSS n'a pas répondu à ses deux demandes de produire cette décision de l'ARS,

- et celles de Mme C.

La caisse générale de sécurité sociale de la Guyane n'étant pas représentée.

La clôture de l'instruction a été fixée au le 6 juillet 2022 à 15 h 33 mn, à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. Par une décision datée du 18 février 2022, le directeur général de la caisse général de la sécurité sociale de la Guyane a informé Mme C, infirmière exerçant à titre libéral, de ce qu'à l'issue d'un délai de trente jours à compter du 18 février 2022, les consultations, soins et prescriptions qu'elle réalise et qui seront présentées au remboursement donneront lieu à une récupération financière à sa charge. Mme C demande au juge des référés de suspendre l'exécution, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, de cette décision.

Sur l'urgence :

4. Mme C fait l'objet depuis la mi-mars 2022 d'une mesure mettant à sa charge les consultations, soins et prescriptions qu'elle réalise en tiers-payant et présentées au remboursement. Dans ces circonstances, la requérante verse à l'appui de sa requête des éléments qui attestent d'une situation financière dégradée. Par suite, la condition relative à l'urgence doit être regardée comme étant remplie

Sur l'existence d'un doute sérieux :

5. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : () 2° Les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique, lorsqu'ils ne relèvent pas du 1° du présent I ; () ". Aux termes de l'article 13 de la même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. () / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. / Pour les autres personnes concernées, les agences régionales de santé compétentes accèdent aux données relatives au statut vaccinal de ces mêmes personnes, avec le concours des organismes locaux d'assurance maladie. () / V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité. Les agences régionales de santé compétentes sont chargées de contrôler le respect de cette même obligation par les autres personnes concernées () ". Et aux termes de l'article 14 de cette loi : " () / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / () / IV. - Les agences régionales de santé vérifient que les personnes mentionnées aux 2° et 3° du I de l'article 12 qui ne leur ont pas adressé les documents mentionnés au I de l'article 13 ne méconnaissent pas l'interdiction d'exercer leur activité prévue au I du présent article. V. - Lorsque l'employeur ou l'agence régionale de santé constate qu'un professionnel de santé ne peut plus exercer son activité en application du présent article depuis plus de trente jours, il en informe, le cas échéant, le conseil national de l'ordre dont il relève ".

6. Il ressort des termes de la loi du 5 août 2021 que les professionnels soignants libéraux qui n'ont pas engagé un schéma vaccinal à la date du 15 septembre 2021 ne peuvent plus exercer leur activité. Le législateur a adopté cette disposition dans un objectif de santé publique, afin de protéger les patients avec lesquels ces professionnels sont en contact et qui peuvent présenter une vulnérabilité particulière au virus du covid-19 et d'éviter la propagation de ce virus par les professionnels de santé dans l'exercice de leur activité. Il s'ensuit, alors qu'aucune dérogation personnelle à l'obligation de vaccination n'est prévue en dehors des cas établis de contre-indication, que cette obligation s'impose à l'ensemble des professionnels soignants libéraux. En cas de méconnaissance de cette obligation et après avoir exercé les contrôles résultant des dispositions précitées des articles 12 à 14 de la loi du 5 août 2021, l'agence régionale de santé concernée prend une décision mettant fin à l'autorisation d'exercer l'activité libérale en cause.

7. Dans ces conditions, faute pour la CGSS, restée taisante en cours d'instance et absente à l'audience, d'avoir produit la décision de l'agence régionale de santé par laquelle cette autorité a dû, en principe, notifier à Mme C une interdiction d'exercer son activité d'infirmière libérale, préalable à la décision en cause, celle-ci doit être regardée comme dépourvue de base légale. Dès lors, le moyen soutenu de défaut de base légale de la décision litigieuse est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

8. Par suite, les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, Mme C est bien fondée à demander la suspension de l'exécution, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal, de la décision du 18 février 2022 du directeur général de la caisse générale de la sécurité sociale de Guyane mettant à sa charge les consultations, soins et prescriptions qu'elle réalise et présentées au remboursement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la caisse générale de sécurité sociale de Guyane le versement à Mme C de la somme de 1 200 euros au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 18 février 2022 du directeur général de la caisse générale de la sécurité sociale de Guyane prise à l'encontre de Mme C est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande au principal.

Article 2 : L'Etat versera à Mme C la somme de 900 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et à la caisse générale de sécurité sociale de Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le juge des référés

Signé

L. B

La République mande et ordonne au ministre de la santé en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. PAUILLAC

N°2200835

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