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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200864

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200864

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200864
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPEPIN JULIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 28 juin 2022, 9 février 2023 et 26 septembre 2023, Mme C A, représentée par Me Pépin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Guyane sur la demande de délivrance d'un passeport au nom de son fils mineur, enregistrée le 16 août 2017 ;

3°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de délivrer ce titre, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme A soutient que le préfet a entaché sa décision d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit.

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 septembre 2022 et 21 septembre 2023, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête, en opposant sa tardiveté, l'irrecevabilité du moyen tiré du défaut de motivation, puis l'absence d'erreur de droit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration :

- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;

- le décret n° 2014-1292 du 23 octobre 2014 ;

- le décret n° 2018-1047 du 28 novembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacau,

- les conclusions de M. Hegesippe, rapporteur public,

- et les observations de Mme B pour le préfet de la Guyane, Mme A n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'article 2 du décret n° 2014-1292 du 23 octobre 2014 et de l'annexe à ce décret que le silence gardé par l'administration pendant quatre mois sur une demande de délivrance d'un passeport fait naître une décision implicite de rejet.

2. Mme A, ressortissante haïtienne, conteste la décision implicite de rejet née le 16 décembre 2017 du silence gardé par le préfet de la Guyane sur la demande, enregistrée le 16 août 2017, tendant à la délivrance d'un passeport pour son fils mineur né à Cayenne le 19 février 2017, reconnu par un Français.

3. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 31 mai 2022, ses conclusions tendant à son admission à cette aide à titre provisoire sont privées d'objet.

Sur la légalité externe :

4. En vertu de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration, les personnes ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables les concernant. Aux termes de l'article L.232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. ". Mme A, qui a présenté une nouvelle demande de passeport le 3 octobre 2019, est réputée avoir eu connaissance au plus tard à cette date du rejet implicite de sa demande enregistrée le 16 août 2017. Le délai raisonnable d'un an applicable en vertu du principe de sécurité juridique même en l'absence d'accusé de réception mentionnant les voies et délais de recours était expiré lorsqu'elle a présenté, le 17 mai 2022, sa demande de communication des motifs de la décision implicite. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité interne :

5. Mme A, qui invoque l'erreur de droit, fait valoir qu'aucun texte ne prévoit que le parent étranger soit tenu de justifier de la régularité de son séjour, puis qu'elle a produit l'ensemble des pièces requises par la circulaire interministérielle du 1er mars 2010 relative à la simplification de la procédure de délivrance et de renouvellement des cartes d'identité et des passeports, formulaire Cerfa, photographies d'identité, justificatif de domicile et acte de naissance.

6. En vertu de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ce document est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. En vertu du I de l'article 5 du même décret, en cas de première demande, le passeport est délivré sur production par le demandeur de sa carte nationale d'identité, d'un passeport valide ou périmé ou à défaut, de son extrait d'acte de naissance de moins de trois mois, comportant l'indication de sa filiation. En vertu de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. " et en vertu de l'article 29 du même code, la juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité des personnes.

7. Il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur, seul un doute suffisant à cet égard pouvant justifier le refus de délivrance de ce titre. La circonstance qu'un des parents serait un ressortissant étranger en situation irrégulière peut être prise en compte lors de l'instruction de la demande et l'acte de reconnaissance de l'enfant peut être écarté s'il est établi, par des indices sérieux et concordants, que cette reconnaissance n'aurait eu d'autre objectif que d'attribuer la nationalité française à un enfant ou de régulariser le séjour en France de l'étranger.

8. Il est constant que Mme A, qui n'a bénéficié d'un titre de séjour qu'en 2019, se trouvait en situation irrégulière à la date de la décision implicite en litige. Elle ne conteste pas que le Français qui a reconnu son fils a également reconnu en 2006, 2013 et 2015 les enfants de trois autres ressortissantes haïtiennes. A la date de la décision en cause, elle exerçait l'autorité parentale exclusive sur son fils et n'apportait aucun élément justifiant de la réalité des liens entre cet enfant et le Français qui l'a reconnu. Dans ces conditions, alors même qu'il disposait de l'ensemble des documents exigés par l'article 5 du décret du 30 décembre 2005 pour établir la nationalité française de l'enfant, le préfet de la Guyane a pu légalement solliciter, le 19 septembre 2017, des pièces complémentaires de nature à établir la participation effective du père à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, puis, en l'absence de réception de ces pièces, rejeter implicitement la demande dont il était saisi.

9. Si, par une décision du 20 janvier 2023, le juge aux affaires familiales a statué sur l'exercice commun de l'autorité parentale, fixé la résidence de l'enfant au domicile de la mère, prévu l'exercice d'un droit de visite et d'hébergement, puis prévu une pension alimentaire mensuelle de 50 euros, cette décision postérieure à la décision en litige ne peut être utilement invoquée. Il en va de même de la circulaire interministérielle n° IOCK1002582C du 1er mars 2010 relative à la simplification de la procédure de délivrance et de renouvellement des cartes d'identité et des passeports, qui n'a pas été publiée avant le 1er mai 2019 et était, dès lors, réputée abrogée en application des dispositions de l'article 7 du décret du 28 novembre 2018 relatif aux conditions de publication des instructions et circulaires.

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 9, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née le 16 décembre 2017 sur la demande de délivrance d'un passeport au nom de son fils. Sa requête ne peut, dès lors, qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gilmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

M.Y. METELLUS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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