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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200897

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200897

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juillet 2022, M. C A, représenté par

Me Pialou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer dans un délai de huit jours une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, puis, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de lui délivrer dans un délai de huit jours une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de Me Pialou, la somme de 1.500 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'erreurs de fait,

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens développés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 26 juillet 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme Schor a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guyanien né en 1987, est entré en France irrégulièrement le

1er septembre 2010. De son union avec une ressortissante française sont nés trois enfants le

12 août 2015, le 11 novembre 2017 et le 23 mai 2022. M. A a sollicité le 13 octobre 2021 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 mai 2022, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article

L. 412-1. ".

3. A la date de la décision attaquée, M. A avait deux enfants français, nés en France d'une mère française, le 12 août 2015 et le 11 novembre 2017. Pour rejeter la demande de titre de séjour du requérant, le préfet de la Guyane a considéré que M. A n'établissait pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de ces enfants. Cependant, il ressort des pièces du dossier que M. A a reconnu ces deux enfants, pour lesquels il produit des notamment des certificats de scolarité et une attestation commune de droits de la Caisse Générale de Sécurité Sociale. En outre, il résulte des documents émis par au moins deux administrations, notamment la Caisse des Allocations Familiales et le Services des Impôts des Particuliers, que les deux parents résidaient ensemble depuis 2015. M. A justifie donc résider à la même adresse que sa femme et ses enfants, à B. Dans ces conditions, il établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation des enfants dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis leurs naissances ou depuis au moins deux ans.

4. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

5. Le préfet de la Guyane fait valoir que M. A a fait l'objet de plusieurs condamnations, résultant notamment de sa consommation excessive d'alcool. Il ressort en effet du casier judiciaire du requérant que ce dernier a été condamné à quatre reprises, en 2014 à une amende de 400 euros, en janvier 2017 à 2 mois d'emprisonnement et 300 euros d'amende pour des faits de consommation alcoolique excessive et défaut d'assurance d'un véhicule terrestre à moteur, en février 2020 à 8 mois d'emprisonnement pour des faits de violence conjugale et en décembre 2020 à 500 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis. Toutefois,

M. A soutient sans être contesté qu'il a bénéficié d'un suivi qui lui a permis de mettre fin à son addiction à l'alcool. Il produit à cet effet plusieurs attestations de suivi de décembre 2017 à mai 2018, établies par l'association Centre de Soins, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie. Dans ces conditions, seules les condamnations à 8 mois d'emprisonnement, intervenue en février 2020, et celle de décembre 2020, à 500 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis, sont postérieures à ce suivi non contesté. Dans les circonstances de l'espèce, caractérisées par le succès non contesté des efforts faits par M. A pour se défaire de son addiction à l'alcool, le préfet de la Guyane n'établit pas que la présence en France du requérant constitue une menace pour l'ordre public qui ferait obstacle à la délivrance d'un titre de séjour au sens des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce dernier est donc fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du même code.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait de sa situation, la délivrance à

M. A d'une autorisation provisoire de séjour, puis d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Guyane d'y procéder dans les délais de quinze jours et de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir ces injonctions d'une astreinte. Compte tenu de la nature de la demande de titre de séjour présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et figurant au nombre de celles visées par l'article R.431-14 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorisation provisoire de séjour autorisera son titulaire à travailler.

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement, au titre des dispositions précitées, d'une somme de 900 euros à Me Pialou, qui renoncera à percevoir la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 mai 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle, puis un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans les délais respectifs de quinze jours et de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pialou une somme de 900 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Pialou renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Schor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

E. SCHORLe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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