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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200904

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200904

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, puis des pièces et un mémoire complémentaires enregistrés les 4 juillet, 4 novembre et 29 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Seube, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle, puis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme A soutient que :

- le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire et la décision accordant un délai de départ volontaire sont insuffisamment motivés ;

- le refus de séjour est pris en méconnaissance des dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire sont pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la mesure d'éloignement est fondée sur un refus de séjour illégal, prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et fondée sur une appréciation manifestement erronée de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire enregistrés les 24 août 2022 et 9 mai 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Le 18 septembre 2023, Mme A a présenté, des pièces complémentaires, qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau et les observations de Mme A ont été entendus au cours de l'audience publique, le préfet de la Guyane n'étant pas représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante haïtienne, conteste l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour en qualité de parent d'un enfant malade et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. Pour refuser d'admettre Mme A au séjour, le préfet a reproduit les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est référé à l'avis émis le 1er septembre 2021 par le collège de médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), puis a mentionné la possibilité pour sa fille de voyager sans risques vers son pays d'origine. Saisi d'une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, il n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments de la situation familiale de Mme A et a suffisamment motivé sa décision au regard des prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. Le préfet s'est référé aux dispositions du 3° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant que l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Dans un tel cas, en vertu de l'article de l'article L.613-1 du même code, la motivation en fait de cette mesure se confond avec celle du refus de séjour dont elle découle nécessairement. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la mesure d'éloignement ne peut qu'être écarté. Enfin, l'autorité administrative n'est pas tenue de motiver sa décision d'accorder le délai de départ volontaire de trente jours prévu par le premier alinéa de l'article L. 612-1 dudit code, dès lors que, comme en l'espèce, l'étranger n'a pas sollicité la prolongation de ce délai et qu'il ne fait état d'aucune circonstance particulière qui justifierait cette prolongation.

4. En vertu des dispositions combinées des articles L.425-9 et L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les parents étrangers de l'enfant mineur nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié se voient délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois, renouvelable pendant la durée de la prise en charge médicale. Il est constant que la fille aînée de Mme A présente épisodiquement des gonflements et des rougeurs au genou gauche, associés à une importante boiterie, à des douleurs aigües et à un état fiévreux, nécessitant la prise d'antalgiques et des séances de kinésithérapie. Toutefois, le certificat médical du 6 janvier 2022, certes postérieur à l'arrêté contesté, infirme le diagnostic de drépanocytose. Ni les résultats de l'examen du 12 octobre 2021 mentionnant une rupture complexe et étendue du ménisque latéral et de multiples plages d'hypersignal T2 Fat Sat de la région épiphyso-métaphysaire fémorale et tibiale pouvant évoquer des foyers d'œdème ou d'infarctus osseux, ni ceux de l'examen du 17 janvier 2022, au demeurant postérieur à l'arrêté contesté, faisant état de la disparition de ces plages d'hypersignal T2 Fat Sat, ni le compte-rendu de l'hospitalisation de l'enfant en août 2022, ni le certificat du 27 septembre suivant, également postérieurs à l'arrêté en cause, ni les considérations générales de l'Organisation Mondiale de la Santé sur la situation sanitaire en Haïti ne permettent de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII, relevant notamment que le défaut de prise en charge médicale de l'enfant ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la possibilité pour l'enfant de bénéficier d'une prise en charge appropriée en Haïti, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". Née le 28 mars 1984, Mme A est entrée irrégulièrement en France en novembre 2019 à l'âge de trente-cinq ans. Si elle invoque à l'audience la présence de ses quatre enfants de nationalité haïtienne, elle ne conteste pas sérieusement les mentions de l'arrêté en cause, qui fait état de la présence en France de deux enfants et en tout état de cause, elle peut poursuivre sa vie familiale hors de France, notamment dans son pays d'origine, où réside à tout le moins son époux. Dans les circonstances de l'affaire, le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire ne portent pas une atteinte excessive à son droit à la vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées.

6. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 2, 4 et 5, l'exception d'illégalité du refus de séjour invoquée à l'encontre de la mesure d'éloignement doit être écartée.

7. Dans les circonstances exposées au point 5, d'une part, la mesure d'éloignement, qui n'implique aucune séparation entre les enfants de Mme A et l'un de leurs parents, ne porte aucune atteinte à l'intérêt supérieur de ces enfants, garanti par les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, d'autre part, compte tenu en outre de la possibilité pour sa fille aînée de poursuivre sa scolarité en Haïti, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de cette mesure sur la situation personnelle de l'intéressée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2021. Sa requête ne peut, dès lors, qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

R. DELMESTRE GALPE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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