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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200911

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200911

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200911
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSEMONIN CLEO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022, le comité social et économique de l'opérateur public régional, le syndicat Centrale démocratique des travailleurs de Guyane - Confédération française démocratique du travail, le syndicat national de l'encadrement des professions de la formation, du développement et des métiers émergents et l'Union régionale des syndicats CFTC Guyane, représentés par Me Semonin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler les articles 2, 3 et 4 de la délibération du 31 mai 2022 de la collectivité territoriale de Guyane ;

2°) de mettre à la charge de la Collectivité Territoriale de Guyane, au profit de chacun des requérants, la somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les articles de la délibération litigieuse sont entachés d'illégalité du fait de la participation à leur vote de la présidente de l'OPRF, en situation de conflit d'intérêts ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article L. 4433-14 du code général des collectivités territoriales.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 15 mai 2023 et le 23 mai 2024, la collectivité territoriale de Guyane, représentée par Me Magnaval conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor ;

- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;

- et les observations de Me Stephenson, substituant Me Magnaval, représentant la collectivité territoriale de Guyane.

Considérant ce qui suit :

1. L'Opérateur Public Régional de Formation (OPRF) est un établissement public industriel et commercial créé en 2012 par la région Guyane, ayant une mission de formation dans plusieurs secteurs d'activité, proposant un accompagnement à l'emploi au travers d'un suivi personnalisé et prenant en charge la passerelle vers l'emploi. Par une délibération du 25 février 2022, la collectivité territoriale de Guyane (CTG), cette dernière étant autorité de tutelle de l'OPRF, a prononcé la dissolution de cet établissement à compter du 30 juin 2022 à minuit. Par une délibération du 31 mai 2022, la même autorité a abrogé, dans son article 1er, la délibération du 25 février 2022 et, dans ses articles 2, 3 et 4, a décidé de mettre en œuvre une nouvelle politique d'animation de la formation et de l'insertion professionnelle à travers un réseau de tiers-lieux et une nouvelle structure juridique à créer, décidé d'accompagner la restructuration de l'OPRF juridiquement et financièrement et autorisé le président à prendre tous les actes en lien avec l'opération de restructuration de l'OPRF et en particulier l'établissement d'une convention transitoire visant à accompagner la fin de certaines conventions et le basculement vers la nouvelle politique de formation et d'insertion professionnelle. Le comité social et économique de l'opérateur public régional, le syndicat Centrale démocratique des travailleurs de Guyane - Confédération française démocratique du travail, le syndicat national de l'encadrement des professions de la formation, du développement et des métiers émergents et l'Union régionale des syndicats CFTC Guyane demandent au tribunal d'annuler les articles 2, 3 et 4 de la délibération en date du 31 mai 2022.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires. () ". Aux termes de l'article 2 de la loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique : " I. - Au sens de la présente loi, constitue un conflit d'intérêts toute situation d'interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou à paraître influencer l'exercice indépendant, impartial et objectif d'une fonction. / Lorsqu'ils estiment se trouver dans une telle situation : () / 2° Sous réserve des exceptions prévues au deuxième alinéa de l'article 432-12 du code pénal, les personnes titulaires de fonctions exécutives locales sont suppléées par leur délégataire, auquel elles s'abstiennent d'adresser des instructions ; () ". Il résulte des dispositions de l'article L. 2131-11 du code général de collectivités territoriales que la participation au vote permettant l'adoption d'une délibération d'un conseiller territorial intéressé à l'affaire qui fait l'objet de cette délibération, c'est-à-dire y ayant un intérêt qui ne se confond pas avec ceux de la généralité des habitants du territoire, est de nature à en entraîner l'illégalité.

3. Cependant, il ressort des statuts de l'OPRF et notamment de leur article 3, que, sur onze membres du conseil d'administration, huit sont également membres du " conseil régional " (devenu assemblée de Guyane depuis l'entrée en vigueur de la loi du 27 juillet 2011 relative aux collectivités territoriales de Guyane et de Martinique) et le président est l'un(e) de ces onze membres. Il ressort également de ces statuts que l'OPRF a pour activité principale une offre de services spécifiques en Guyane dans le champ de l'orientation, de la formation ou de l'emploi ne trouvant pas de réponse dans le champ concurrentiel. Dans ces conditions, l'intérêt général poursuivi par cet établissement public se confond avec l'intérêt de la généralité des habitants du territoire de la Guyane. Par suite, le moyen tiré de ce que la présidente du conseil d'administration de l'OPRF était intéressée à l'affaire doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L.4433-14 du code général des collectivités territoriales : " I. Auprès de chaque région d'outre-mer, un établissement public industriel et commercial compétent en matière de formation professionnelle peut être créé. / L'établissement est créé par l'assemblée délibérante et placé sous la tutelle de la collectivité. () ".

5. Aucun des articles attaqués de la délibération du 31 mai 2022, qui ont notamment pour objet de mettre en œuvre une nouvelle politique d'animation de la formation et de l'insertion professionnelle à travers un réseau de tiers-lieux et une nouvelle structure juridique à créer, d'accompagner la restructuration de l'OPRF juridiquement et financièrement n'a pour objet ou pour effet de proscrire la création d'un établissement public industriel et commercial compétent en matière de formation professionnelle, création qui n'est au demeurant que facultative et non obligatoire. Dès lors, le moyen manque en droit et doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête du comité social et économique de l'opérateur public régional, du syndicat Centrale démocratique des travailleurs de Guyane - Confédération française démocratique du travail, du syndicat national de l'encadrement des professions de la formation, du développement et des métiers émergents et de l'Union régionale des syndicats CFTC Guyane doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CTG, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme globale de 1 200 euros au titre des frais exposés par la CTG et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du comité social et économique de l'opérateur public régional, du syndicat Centrale démocratique des travailleurs de Guyane - Confédération française démocratique du travail, du syndicat national de l'encadrement des professions de la formation, du développement et des métiers émergents et de l'Union régionale des syndicats CFTC Guyane est rejetée.

Article 2 : Le comité social et économique de l'opérateur public régional, le syndicat Centrale démocratique des travailleurs de Guyane - Confédération française démocratique du travail, le syndicat national de l'encadrement des professions de la formation, du développement et des métiers émergents et l'Union régionale des syndicats CFTC Guyane verseront à la Collectivité territoriale de Guyane une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au comité social et économique de l'opérateur public régional, le syndicat Centrale démocratique des travailleurs de Guyane - Confédération française démocratique du travail, le syndicat national de l'encadrement des professions de la formation, du développement et des métiers émergents et l'Union régionale des syndicats CFTC Guyane et à la Collectivité Territoriale de Guyane.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

Le président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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