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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200984

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200984

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200984
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantPEPIN JULIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2022, M. B A représenté par Me Pépin, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de huit jours, dans l'attente du jugement de la requête au fond ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Pépin au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la condition d'urgence est établie ;

- plusieurs moyens sont de nature à faire naître un doute sérieux :

* sur la légalité de l'ensemble de l'arrêté attaqué, à savoir l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué,

* sur la légalité du refus de séjour, à savoir l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

* sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, à savoir le défaut de base légale et la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Guyane qui n'a pas produit d'observations.

Le président du tribunal administratif de la Guyane a désigné Mme Chatal, conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2200877 tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Guyane du 6 avril 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, en présence de Mme Camara-Carmel, greffière :

- le rapport de Mme Chatal, juge des référés ;

- et les observations de Me Pépin, représentant M. A, qui a rappelé la situation du requérant et les moyens soulevés dans la requête.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été fixée au 27 juillet 2022 à 11h42 à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant haïtien né en 1998, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par sa requête, M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de la Guyane a rejeté sa demande et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine.

Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes du 1er alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

5. Il résulte de l'instruction que M. A séjourne en France de façon continue depuis le mois d'octobre 2015, soit depuis environ six ans et six mois à la date de l'arrêté litigieux, et depuis l'âge de ses dix-sept ans. Il justifie de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle en 2018 et d'un baccalauréat professionnel en 2021 dans le secteur de la vente, puis de son inscription en première année de licence AES en Guyane. S'il soutient être hébergé chez sa grand-mère, titulaire d'une carte de résidente, le lien de filiation avec cette personne n'est, en l'état de l'instruction, pas établi. Le requérant justifie par ailleurs que son père, ses deux sœurs et ses deux frères séjournent régulièrement sur le territoire européen de la France mais présente très peu d'éléments sur la nature des liens entretenus avec ces personnes. Dans ces conditions, et en dépit des efforts d'intégration dont fait preuve l'intéressé, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée portée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être regardé, en l'état de l'instruction, comme créant un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté litigieux.

6. Les autres moyens de la requête, à savoir l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué, l'erreur manifeste d'appréciation, la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le défaut de base légale de la mesure d'éloignement ne sont pas davantage de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté litigieux.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'urgence, que les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de la Guyane du 6 avril 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

8. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction et les conclusions relatives aux frais du litige doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Guyane

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 28 juillet 2022.

La juge des référés,

Signe

A. CHATAL

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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