vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2201016 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | PAGE JULIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 juillet 2022 et le 29 mai 2024,
M. A B, représenté par Me Page, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 du recteur de l'académie de la Guyane portant affectation au lycée Melkior Garré de Cayenne, en tant qu'il refuse de lui octroyer l'indemnité de frais de changement de résidence ;
2°) d'enjoindre au rectorat de l'académie de la Guyane de lui verser la somme de 10 948,76 euros au titre de l'indemnité de frais de changement de résidence qui lui est due ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit car ce n'était pas le décret du
28 mai 1990 qui lui était applicable mais celui du 12 avril 1989 ;
- il remplit les conditions requises par le décret du 12 avril 1989, notamment son article 19.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2024, le recteur de l'académie de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n°79-88 du 25 janvier 1979 ;
- le décret n°85-986 du 16 septembre 1985 ;
- le décret n°89-271 du 12 avril 1989 ;
- le décret n°90-347 du 28 mai 1990 ;
- le décret du 8 février 2019 relatif aux instituts régionaux d'administration ;
- l'arrêté du 12 avril 1989 fixant les taux des indemnités forfaitaires de changement de résidence prévues aux articles 26 et 27 du décret n° 89-271 du 12 avril 1989 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais de déplacement des personnels civils à l'intérieur des départements d'outre-mer, entre la métropole et ces départements, et pour se rendre d'un département d'outre-mer à un autre ;
- l'arrêté du 26 novembre 2001 modifiant l'arrêté du 12 avril 1989 modifié fixant les taux des indemnités forfaitaires de changement de résidence prévues aux articles 26 et 27 du décret
n° 89-271 du 12 avril 1989 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais de déplacement des personnels civils à l'intérieur des départements d'outre-mer, entre la métropole et ces départements, et pour se rendre d'un département d'outre-mer à un autre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Schor ;
- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;
- et les observations de Me Page, représentant M. B et de M. C, représentant le recteur de l'académie de la Guyane.
Considérant ce qui suit :
1. M. B était agent de constatation principal de deuxième classe de la Direction générale des Douanes et Droits Indirects (DGDDI). Par un arrêté du 6 avril 2022 du recteur de l'académie de la Guyane, il a été affecté à compter du 1er mai 2022 au lycée Melkior Garré de Cayenne sans prise en charge de ses frais de changement de résidence. Par la présente requête,
M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté, en tant qu'il refuse de prendre en charge de ses frais de changement de résidence.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 17 de ce décret du 12 avril 1989 : " L'agent qui change de résidence peut prétendre à la prise en charge des frais qui en résultent pour lui-même à la condition que ces frais n'aient pas été pris en charge par l'employeur de son conjoint, concubin ou partenaire d'un pacte civil de solidarité. / L'agent peut, en outre, à la même condition, prétendre à la prise en charge des frais : / 1. De son conjoint, concubin ou partenaire d'un pacte civil de solidarité, si l'une ou l'autre des deux conditions suivantes est remplie : / a) Les ressources personnelles du conjoint, du concubin ou du partenaire d'un pacte civil de solidarité sont inférieures au traitement soumis à retenues pour pension afférent à l'indice brut 340 ; / b) Le total des ressources personnelles du conjoint, du concubin ou du partenaire d'un pacte civil de solidarité et du traitement brut de l'agent n'excède pas trois fois et demie le traitement soumis à retenues pour pension afférent à l'indice brut 340. / 2. Des autres membres de sa famille visés à l'article 5 ci-dessus. Toutefois, la prise en charge de chacun de ces membres ne peut être effectuée qu'au titre de l'un ou l'autre des conjoints, concubins ou partenaires d'un pacte civil de solidarité. / En ce qui concerne les changements de résidence énumérés à l'article 19-I ci-dessous, le conjoint, le concubin ou le partenaire d'un pacte civil de solidarité et les membres de la famille n'ouvrent droit à la prise en charge que s'ils accompagnent l'agent à son poste ou s'ils l'y rejoignent dans un délai maximum de neuf mois à compter de sa date d'installation administrative. ". Aux termes de l'article 19 du même décret : " () L'agent a droit à la prise en charge de ses frais de changement de résidence dans les cas ci-après : / 1. Lorsque le changement de résidence est rendu
nécessaire : / () / e) Par une nomination dans un autre corps de même catégorie ou de catégorie supérieure au sens de l'article 29 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ou, pour les agents non titulaires, par une nomination à un emploi hiérarchiquement supérieur ; les emplois de magistrat sont assimilés à des emplois de la catégorie A ; / () / Dans les cas mentionnés au 1 ci-dessus, les indemnités prévues aux articles 26 et 27 sont majorées de 20 %. / 2. Lorsque le changement de résidence est consécutif : / a) A une mutation demandée par un agent qui a accompli au moins quatre années de services sur le territoire européen de la France ou dans le département d'outre-mer d'affectation ; pour apprécier cette durée de services, il n'y a pas lieu de tenir compte des mutations intervenues, suivant le cas, sur le territoire européen de la France ou dans le département d'outre-mer considéré ; / b) A un détachement dans un emploi conduisant à pension du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des détachements prévus à l'article 14 (10°) du décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 pour l'accomplissement d'une période de scolarité ;/ () / les agents n'ont droit à aucun remboursement ou indemnisation dans tous les autres cas, notamment dans celui de première nomination dans la fonction publique. () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code général de la fonction publique reprenant les dispositions abrogées de l'article 29 de la loi du 11 janvier 1984 : " Les corps et cadres d'emplois sont répartis en trois catégories désignées dans l'ordre hiérarchique décroissant par les lettres A, B et C. Le statut particulier de chaque corps ou cadre d'emplois fixe son classement dans l'une de ces catégories selon son niveau de recrutement. ".
3. L'article 19 2. b) du décret du 12 avril 1989 précité concerne uniquement les changements de résidence consécutifs à un détachement pour suivre une scolarité. Par la présente requête, M. B ne sollicite pas la prise en charge de ses frais de changement de résidence pour suivre la scolarité de l'Institut Régional d'Administration (IRA) de Lille mais la prise en charge de ces frais consécutifs à son affectation en qualité de fonctionnaire stagiaire au lycée
Melkior Garré de Cayenne du 1er mai au 31 août 2022. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'attestation de la directrice de l'IRA de Lille du 3 mai 2022, que
M. B a effectué sa scolarité à l'IRA de Lille du 1er septembre 2021 au 30 avril 2022. C'est à la suite de cette scolarité que M. B a été affecté au lycée Melkior Garré de Cayenne en qualité d'attaché d'administration, c'est-à-dire fonctionnaire stagiaire de catégorie A, alors qu'il était auparavant agent de constatation des douanes, c'est-à-dire fonctionnaire de catégorie C, en vertu de l'article 1er du décret du 25 janvier 1979 fixant le statut particulier du corps des agents de constatation des douanes. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'affectation litigieuse ne correspondait pas à sa première nomination dans la fonction publique et que son changement de résidence entre la métropole et un département d'outre-mer a été rendu nécessaire par une nomination dans un corps de catégorie supérieure au sens de l'article 29 de la loi du
11 janvier 1984, de sorte qu'il avait droit à la prise en charge de ses frais de changement de résidence majorés de 20 % en application de l'article 19 du décret du 12 avril 1989 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais de changements de résidence des personnels civils à l'intérieur des départements d'outre-mer, entre la métropole et ces départements, et pour se rendre d'un département d'outre-mer à un autre. En outre, il n'est pas contesté que l'épouse et le fils du requérant l'ont rejoint en Guyane en juin 2022, soit moins de neuf mois après l'affectation du requérant et que Mme B ne percevait aucun revenu depuis au moins 2019, de sorte que, en application des dispositions précitées de l'article 17 du même décret, M. B pouvait également prétendre à la prise en charge des frais de changement de résidence de son épouse et de son fils. Il est donc fondé à soutenir que l'arrêté du 6 avril 2022 du recteur de l'académie de la Guyane, en tant qu'il refuse de lui octroyer l'indemnité de frais de changement de résidence, est entaché d'erreur de droit.
4. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 6 avril 2022 du recteur de l'académie de la Guyane doit être annulé en tant qu'il refuse d'octroyer à M. B une indemnité de frais de changement de résidence, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 12 avril 1989 fixant les taux des indemnités forfaitaires de changement de résidence prévues aux articles 26 et 27 du décret n° 89-271 du
12 avril 1989 : " Les distances orthodromiques sont fixées ainsi qu'il suit : / a) Entre Paris et les chefs-lieux des départements d'outre-mer ; / () / Guyane (Cayenne) : 7 074 km. () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 26 novembre 2001 modifiant l'arrêté du 12 avril 1989 : " Le montant de l'indemnité forfaitaire de changement de résidence prévue à l'article 27 du décret du 12 avril 1989 susvisé est déterminé à l'aide des formules suivantes : / ()/ I = 953,57 + (0,28 x DP) si le produit DP est supérieur à 4 000 et inférieur ou égal à 60 000 ; / ()/ dans lesquelles : / I est le montant de l'indemnité forfaitaire exprimé en euros ; / D est la distance orthodromique, exprimée en kilomètres, entre l'ancienne et la nouvelle résidence ; P est le poids de mobilier à transporter fixé forfaitairement ainsi qu'il suit, en tonnes :, pour l'agent, 1,6, pour le conjoint, 2, par enfant 0,4 ".
6. Il résulte des dispositions précitées de l'arrêté du 12 avril 1989 que la distance orthodromique entre Paris et Cayenne est de 7 074 km. La précédente résidence administrative où M. B était en position de détachement était située à Lille et le requérant soutient sans être contesté que la distance entre Lille et Paris est de 221 km. La distance kilométrique du changement de résidence de M. B, de son épouse et de leur fils est donc de 7 295 km. Le produit DP est 7 295x4 soit 29 180. M. B pouvait donc prétendre à une prise en charge de ses frais de changement de résidence à hauteur de 953,57 + (0,28 x 29 180), soit 9 123,97 euros. Il avait en outre droit à ce que cette somme soit majorée de 20% en application des dispositions du point 1. de l'article 19 du décret du 12 avril 1989, et avait donc droit à une indemnité de prise en charge de frais de changement de résidence de 10 948, 76 euros.
7. Le présent jugement, qui annule l'arrêté du 6 avril 2022 en tant qu'il refuse la prise en charge des frais de changement de résidence de M. B, implique nécessairement qu'il soit enjoint au recteur de l'académie de la Guyane de verser à M. B la somme de 10 948, 76 euros au titre de l'indemnité de prise en charge de ses frais de changement de résidence dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 6 avril 2022 est annulée en tant qu'elle rejette la prise en charge des frais de changement de résidence de M. B.
Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de la Guyane de verser à M. B la somme de 10 948, 76 euros dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1.200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au recteur de l'académie de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
E. SCHOR
Le président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026