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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201054

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201054

vendredi 29 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201054
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantROBEIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Robeiri, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner la suspension sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative de l'exécution de l'arrêté du 27 juillet 2022 du préfet de la Guyane portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 24 heures et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de deux semaines ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'urgence est caractérisée par son placement en rétention administrative et l'imminence de l'exécution de la mesure d'éloignement ;

- le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

La requête a été communiquée au préfet de la Guyane qui n'a présenté d'observations.

Le président du tribunal a désigné Mme Chatal, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chatal, juge des référés ;

- les observations de Me Robeiri qui a rappelé le contenu de ses écritures et a indiqué que l'arrêté litigieux portait une atteinte grave et manifestement illégale au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique le 29 juillet 2022 à 10H10.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant haïtien né en 1994, a fait l'objet d'une interpellation dans le cadre d'une vérification de son droit de circulation ou de séjour et a été placé en rétention administrative par arrêté préfectoral du 27 juillet 2022. Par sa requête, M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel le préfet de la Guyane a également prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

En ce qui concerne l'urgence :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

3. Compte tenu du caractère non suspensif du recours pour excès de pouvoir contre l'obligation de quitter le territoire français prononcée en Guyane, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de cette mesure vis-à-vis de M. A, placé en centre de rétention administrative à cette fin, caractérise une situation d'urgence.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi et de l'interdiction de retour sur le territoire français :

4. L'interdiction de retour sur le territoire français prononcée par l'article 2 de l'arrêté attaqué, qui ne produit aucun effet tant que l'étranger n'a pas été éloigné, ne peut préjudicier de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation. Il en va de même de la décision fixant le pays de renvoi, qui n'a pas par elle-même pour effet de séparer M. A de ses attaches personnelles en France. La condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est donc pas remplie pour ces deux décisions. Par suite, les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de ces décisions ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale résultant de la mesure d'éloignement :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il résulte de l'instruction que M. A séjourne de façon continue sur le territoire français depuis environ six ans et dix mois à la date de l'arrêté litigieux, qu'il vit depuis son arrivée en France l'année de ses vingt-et-un ans avec sa mère de nationalité haïtienne et titulaire d'une carte de résidente, qu'il a été scolarisé en France dès son arrivée et a obtenu successivement un certificat d'aptitude professionnelle installateur sanitaire en 2017 avec une moyenne de 14,5/20, un certificat d'aptitude professionnelle peintre applicateur de revêtements en 2018 pour lequel une bourse nationale lui avait été octroyée, et un baccalauréat professionnel spécialité aménagement et finition du bâtiment, avec la mention assez-bien en 2020. Compte tenu de l'ancienneté de son séjour sur le territoire, de son âge, de ses liens familiaux et des diplômes obtenus, le requérant est bien fondé à soutenir qu'en l'obligeant le 27 juillet 2022 à quitter le territoire français sans délai, le préfet de la Guyane a porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il s'ensuit que M. A est bien fondé à demander la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français sans délai prononcée le 27 juillet 2022 par le préfet de la Guyane.

Sur les conclusions accessoires :

8. La présente ordonnance n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant au prononcé d'une mesure d'injonction.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'obligation de quitter le territoire français sans délai prononcée le 27 juillet 2022 par le préfet de la Guyane à l'encontre de M. A est suspendue.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Guyane.

Une copie de l'ordonnance sera adressée au directeur départemental de la police aux frontières de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 29 juillet 2022.

La juge des référés,

Signé

Anna Chatal

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. Metellus

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