jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2201064 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GOLDWIN PARTNERS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 29 juillet 2022 et le 23 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Zahedi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2022 par laquelle le président de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée d'un an courant du 7 juillet 2022 au 6 juillet 2023 ;
2°) d'enjoindre à l'INRAP de procéder, d'une part, à sa réintégration dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, d'autre part, au paiement de ses traitements dus depuis la date de son exclusion, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'INRAP la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le délai de convocation de dix jours, prévu par le règlement intérieur de l'INRAP pour l'organisation d'un entretien préalable au déclenchement d'une procédure disciplinaire, n'a pas été respecté, que le rapport dressé pour sa convocation à un entretien disciplinaire n'était ni détaillé ni objectif et que les membres de la commission consultative partiaire n'ont pas été en mesure de se prononcer et n'ont pas été informés des suites données au dossier par le président de l'INRAP ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est intervenue en méconnaissance du principe de non-rétroactivité des actes administratifs ;
- elle est entachée d'inexactitudes matérielles sur les faits qui lui sont reprochés dès lors que ceux-ci ne sont pas établis ;
- elle est constitutive d'une sanction disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, l'INRAP, représenté par Me Delion, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 23 mai 2023, la clôture de l'instruction a été reportée au 30 mai 2023 à 12 heures 00.
Un mémoire en défense a été enregistré le 31 mai 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code du patrimoine ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le décret n° 2002-450 du 2 avril 2002 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Deleplancque ;
- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;
- les observations de Me Benhamida, substituant Me Zahedi, représentant Mme B ;
- et les observations de Me Moraga-Rojel substituant Me Delion, représentant l'INRAP.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, agent contractuel de droit public, en contrat à durée indéterminée, exerce au sein de l'INRAP la fonction d'assistante d'étude et d'opération sur la base archéologique de Cayenne depuis 2012. Par un courrier du 2 mars 2022, le président de l'INRAP lui a notifié une décision de suspension à titre conservatoire, avec prise d'effet le 7 mars 2022, en lui reprochant d'avoir initié, de son chef, l'idée d'une structure concurrente et ce faisant d'avoir porté atteinte à l'image et à la réputation de l'INRAP tout en méconnaissant, outre les exigences déontologiques, ses obligations d'intégrité, de loyauté, de neutralité, de probité et de réserve. Par courrier du 28 mars 2022, l'intéressée a été convoquée à un premier entretien du 11 avril 2022 afin d'évoquer les faits l'opposant à sa direction. Par courrier du 15 avril 2022, l'intéressée a été convoquée à un entretien disciplinaire prévu le 27 avril suivant. Par courriers des 23 mai, 7 juin et 17 juin 2022, elle a été successivement invitée à se présenter devant la commission consultative paritaire, statuant en formation disciplinaire, pour une séance se tenant en dernier lieu le 4 juillet 2022. Par une décision du 5 juillet 2022, dont la requête sollicite l'annulation, le président de l'INRAP a prononcé, à l'encontre de Mme B, la sanction d'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée d'un an courant du 7 juillet 2022 au 6 juillet 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête :
2. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article 123 du règlement intérieur de l'INRAP que " Cette demande (déclenchement d'une procédure disciplinaire) est motivée par un rapport détaillé et objectif qui établit la matérialité des faits reprochés à l'agent. Dans ce cadre sont rassemblés les preuves, témoignages ou toutes autres pièces de nature à établir la responsabilité de l'agent mis en cause () L'agent peut transmettre, après consultation de son dossier, ses éventuelles observations à la direction des ressources humaines, dans un délai de dix jours ouvrés ".
3. D'une part, Mme B soutient que l'INRAP n'a pas respecté un délai de dix jours entre la date de la convocation et celle de l'entretien afin de lui permettre de présenter des observations. Toutefois, il ne résulte pas des dispositions citées au point précédent que la consultation du dossier ainsi que les éventuelles observations à la direction des ressources humaines doivent nécessairement intervenir préalablement à l'entretien individuel et que la convocation à ce dernier doit respecter un délai de dix jours ouvrés. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 15 avril 2022, dont la date de réception n'est pas établie, l'INRAP a convoqué l'intéressée à un entretien fixé au 27 avril 2022 et l'a informée de ce qu'elle pouvait solliciter la consultation de son dossier individuel. Ledit courrier a par ailleurs été assorti d'un courriel en date du 19 avril 2022. De même, il ressort du courrier de notification de la sanction disciplinaire que la requérante a été destinataire du rapport établi à son encontre lors de l'entretien et qu'elle a présenté des observations le 29 avril 2022. Ainsi, Mme B, qui n'a été privée d'aucune garantie, n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de délai suffisant entre la convocation et l'entretien individuel.
4. D'autre part, en se bornant à soutenir que le rapport transmis à la commission de discipline manquait d'objectivité et que l'information donnée à cette dernière était insuffisante tant sur les éléments du dossier que sur les motifs ayant conduit l'autorité disciplinaire à ne pas suivre son avis, alors qu'il ressort des pièces du dossier que ledit rapport mentionne les éléments de contexte ainsi que l'ensemble des faits reprochés à l'intéressée constitutifs, selon la direction des ressources humaines, d'un manquement à la déontologie des agents et aux obligations de ces derniers, Mme B n'établit pas que la décision en litige a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté dans toutes ses branches.
5. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures qui infligent une sanction doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires prévoit que la décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. Ces dispositions imposent à l'autorité qui prononce la sanction de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent concerné, de telle sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.
6. En l'espèce, il ressort des termes de la décision en litige que celle-ci mentionne l'ensemble des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. A cet égard, elle précise la nature des faits reprochés à l'intéressée conduisant à retenir un manquement à la déontologie des agents publics et aux obligations de ces derniers. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.
7. En troisième lieu, les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir. S'agissant des décisions relatives à la carrière des fonctionnaires, l'administration ne peut, en dérogation à cette règle générale, leur conférer une portée rétroactive que dans la mesure nécessaire pour assurer la continuité de la carrière de l'agent intéressé ou procéder à la régularisation de sa situation. S'agissant, en revanche des sanctions disciplinaires, celles-ci ne peuvent prendre effet à une date antérieure à leur notification.
8. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige du 5 juillet 2022, laquelle prévoyait une prise d'effet le 7 juillet 2022, n'a été notifiée à l'intéressée que le 8 juillet 2022. Dès lors que la sanction disciplinaire a pris effet à une date antérieure à sa notification, Mme B est fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît dans la mesure d'une seule journée le principe général de non-rétroactivité des actes administratifs.
9. En dernier lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
10. En l'espèce, pour prononcer à son encontre une exclusion temporaire d'un an avec retenue de traitement, l'INRAP s'est notamment fondé sur l'initiative de Mme B de créer une structure concurrente sans autorisation, sur le démarchage auprès des collectivités territoriales sans mandat ainsi que sur les critiques formulées à l'encontre de l'institut en qualifiant ces faits de manquements à la déontologie des agents ainsi qu'aux obligations de réserve, de neutralité et de probité. Si la requérante soutient que la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie dès lors notamment que l'INRAP ne se prévaut d'aucun élément de nature à prouver qu'elle envisageait de créer une structure concurrente, il ressort toutefois des pièces du dossier que par un courrier du 1er février 2022, elle a sollicité un entretien auprès du président de la collectivité territoriale de Martinique afin de lui faire part de son projet de " service public interterritorial d'archéologie " par la création d'un " établissement public exerçant des missions techniques, scientifiques, patrimoniales, éducatives et culturelle en archéologie ". De telles missions étant comparables à celles de l'INRAP, prévues par les dispositions de l'article L. 523-1 du code du patrimoine, qui consistent notamment en la réalisation des fouilles, l'exploitation scientifique des opérations, l'enseignement, la diffusion culturelle et la valorisation de l'archéologie. Par ailleurs, il ressort du dossier de présentation que Mme B apparaît comme porteuse de ce projet tout en se prévalant de son travail, exercé depuis 20 ans à l'INRAP, et de sa volonté de mettre " ses expertises et ses compétences, acquises au sein de l'institut " au service de la création de ce nouvel établissement. En outre, le dossier mentionne à plusieurs reprises les missions de l'INRAP et fait état de certaines difficultés rencontrées par ce dernier en ce qui concerne par exemple les délais d'attente pour les diagnostics archéologiques. Ainsi, ces éléments apparaissent suffisants pour établir la matérialité des faits reprochés à la requérante. Enfin, la seule circonstance qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une sanction ne suffit pas à établir que la mesure d'exclusion temporaire de ses fonctions présente un caractère disproportionné compte-tenu de la gravité des faits qui lui sont reprochés qui révèlent un comportement incompatible avec les obligations d'un agent public et en particulier avec son devoir de loyauté et son obligation de réserve. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige repose sur des faits matériellement inexacts et que la sanction prononcée à son encontre présente un caractère disproportionné. De tels moyens doivent donc être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 5 juillet 2022 en tant qu'elle prévoit une prise d'effet antérieure d'une journée à sa notification, le 8 juillet 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction de la requête :
12. L'exécution du présent jugement, prononçant l'annulation de la décision du 5 juillet 2022 en tant qu'elle prévoit une prise d'effet antérieure d'une journée à sa notification, implique nécessairement la réintégration juridique de l'intéressée et la régularisation de sa situation en ce qui concerne la journée du 7 juillet 2022. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à l'INRAP d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'INRAP, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel, la somme demandée par Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 5 juillet 2022 du président de l'INRAP est annulée en tant qu'elle prend effet à une date antérieure au 8 juillet 2022.
Article 2 : Il est enjoint à l'INRAP de régulariser la situation de Mme B en ce qui concerne la journée du 7 juillet 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'institut national de recherches archéologiques préventives
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
La rapporteure,
C. DELEPLANCQUE Le président,
L. MARTIN La greffière,
M-Y. METELLUS
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche et à la ministre de la culture en ce qui les concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026