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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201122

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201122

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201122
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantTSHEFU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 août 2022, Mme C A, représentée par

Me Tshefu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le recteur de l'académie de la Guyane l'a suspendue de ses fonctions durant trois jours ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de la Guyane de rétablir sa rémunération, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de comptabiliser la période litigieuse de suspension dans ses droits à congés payés, son ancienneté et son droit à avancement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Tshefu, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- À la date de l'arrêté attaqué, elle ne pouvait présenter un schéma vaccinal complet, ayant contracté deux fois le virus de la COVID-19 ;

- l'obligation vaccinale à laquelle elle a été soumise viole le principe du consentement éclairé du patient posé par le premier alinéa de l'article L. 1122-1-1 du code de la santé publique ;

- l'arrêté portant suspension de fonctions viole le principe d'égalité de traitement des agents d'un même corps ;

- il constitue une sanction disciplinaire et méconnaît l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2024, le recteur de l'académie de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 30 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

15 septembre 2024.

Mme A a été invitée, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire son arrêté d'affectation à D en vue de compléter l'instruction.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor,

- les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public,

- et les observations de M. B, représentant le recteur de l'académie de la Guyane.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, professeur des écoles hors classes, a été affectée à E (D à compter du 1er septembre 2021. Par un arrêté du

9 mars 2022, le recteur de l'académie de la Guyane, estimant qu'elle ne pouvait, à cette date, justifier d'un schéma vaccinal complet a décidé de la suspendre de ses fonctions durant trois jours à compter de sa notification. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / ()/ k) Les établissements et services sociaux et médico-sociaux mentionnés aux 2°, 3°, 5°, 6°, 7°, 9° et 12° du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles() ; " et en vertu de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles, E (D entre dans la catégorie des établissements visés par le k) de l'article 12 de la loi du 5 août 2021. Il est constant que Mme A, professeur des écoles hors classe, était affectée à D à la date de l'arrêté attaqué. Aux termes de l'article 13 de la loi du

5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. () ". Aux termes de l'article 14 de cette même loi : " I. - A. - A compter du lendemain de la publication de la présente loi et jusqu'au 14 septembre 2021 inclus, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 ou le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. /()/ III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. ./ ()/ III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. () ". Enfin, aux termes de l'article 49-1 du décret du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire : " Hors les cas de contre-indication médicale à la vaccination mentionnés à l'article 2-4, les éléments mentionnés au second alinéa du II de l'article 12 de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 susvisée sont : / 1° Un justificatif du statut vaccinal délivré dans les conditions mentionnées au 2° de l'article 2-2 ; / 2° Un certificat de rétablissement délivré dans les conditions mentionnées au 3° de l'article 2-2 ; () ", et aux termes du 3° de l'article 2-2 de ce décret : " Un certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19 est délivré sur présentation d'un document mentionnant un résultat positif à un examen de dépistage RT-PCR ou à un test antigénique réalisé plus de onze jours auparavant. Sa durée de validité est fixée à quatre mois pour l'application des articles 47-1 et 49-1 et à six mois pour l'application du titre 2 bis, à compter de la date de réalisation de l'examen ou du test mentionnés à la phrase précédente. ".

3. En se bornant à produire un résultat positif de test à la Covid-19 datant du

8 février 2022 mais non pas un certificat de rétablissement suite à cette infection, Mme A n'établit pas qu'elle remplissait les conditions requises par les dispositions précitées de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire et le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 1122-1-1 du code de la santé publique : " Aucune recherche mentionnée au 1° de l'article L. 1121-1 ne peut être pratiquée sur une personne sans son consentement libre et éclairé, recueilli par écrit, après que lui a été délivrée l'information prévue à l'article L. 1122-1. (). L'arrêté attaqué n'a pas pour objet de pratiquer une recherche sur la personne de Mme A, qui ne peut donc utilement se prévaloir de ces dispositions, de sorte que le moyen tiré de leur violation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire, auteur d'une faute grave, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. () ". L'arrêté attaqué, qui n'impute aucune faute disciplinaire à Mme A mais applique une mesure de police administrative sur le fondement du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021, ne s'inscrit pas dans une procédure disciplinaire, de sorte que Mme A ne peut donc utilement se prévaloir de ces dispositions, et que le moyen tiré de leur violation ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que, dans l'un comme dans l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des différences de situation susceptibles de la justifier. S'agissant des règles régissant les fonctionnaires, le principe d'égalité n'est en principe susceptible de s'appliquer qu'entre les agents appartenant à un même corps, sauf à ce que la norme en cause ne soit, en raison de son contenu, pas limitée à un même corps ou à un même cadre d'emplois de fonctionnaires.

7. Mme A soutient que d'autres enseignants auraient été empêchés d'accéder à leur lieu de travail et auraient été convoqués à un entretien mais elle seule aurait fait l'objet d'une suspension. Toutefois, en se bornant à indiquer qu'elle seule a fait l'objet d'une suspension, sans préciser notamment si les autres agents se trouvaient dans la même situation qu'elle en ce qui concerne l'obligation vaccinale litigieuse, Mme A n'établit pas que l'arrêté attaqué, qui se borne à appliquer les dispositions précitées de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, méconnaît le principe d'égalité de traitement entre fonctionnaires et le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de

Mme A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En outre et en tout état de cause, Mme A n'est pas bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, de sorte que son conseil n'est pas fondé à se prévaloir de frais engagés dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au recteur de l'académie de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rolin, présidente,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Schor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

La présidente,

Signé

E. ROLINLa greffière,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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