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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201165

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201165

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 24 août 2022 et le 5 juillet 2024, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 décembre 2021 par laquelle le directeur des services judiciaires a refusé sa demande de mobilisation de son compte personnel de formation pour suivre une formation à distance de préparation au concours d'entrée à l'Ecole nationale de la magistrature, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 350 euros en réparation du préjudice subi, assortie des intérêts moratoires.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- le mémoire en défense est irrecevable dès lors qu'il a été produit postérieurement à la clôture d'instruction qui n'a pas été réouverte ;

- la décision du 22 décembre 2021 a été signée par une autorité incompétente ;

- elle ne lui a pas été notifiée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été informée des procédures d'instruction des demandes de mobilisation du compte personnel de formation et qu'une information erronée lui a été transmise ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que sa demande n'a pas été examinée en priorité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a respecté la voie hiérarchique pour formuler sa demande ;

- elle méconnaît le principe d'égalité ;

- la décision du 28 juin 2022 portant rejet de son recours gracieux est entachée d'un défaut de motivation et d'un vice de procédure ;

- ses conclusions indemnitaires sont recevables ;

- en lui refusant la possibilité d'utiliser son compte personnel de formation, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité à son égard ; son préjudice s'élève à 2 350 euros correspondant au coût de la formation qu'elle a suivie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par la requérante à l'encontre des décisions contestées ne sont pas fondés ;

- les conclusions indemnitaires présentées par la requérante sont irrecevables.

Par un courrier du 9 septembre 2024, les parties ont été informées, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête de Mme A pour tardiveté dès lors que la décision explicite du 28 juin 2022 présente le caractère d'une décision confirmative de la décision implicite de rejet née le 18 avril 2022 du silence gardé par l'administration pendant deux mois sur le recours gracieux formé par la requérante contre la décision du 22 décembre 2021 et réceptionné le 17 février 2022 par l'administration.

Par un courrier du 12 septembre 2024, Mme A a présenté ses observations sur le moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 2017-928 du 6 mai 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marcisieux ;

- les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public ;

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, directrice des services judiciaires au tribunal judiciaire de Cayenne depuis le 2 janvier 2021, a sollicité le 13 septembre 2021 la mobilisation de 61 heures de son compte personnel de formation pour suivre une préparation au concours d'entrée à l'Ecole nationale de la magistrature. Par une décision du 22 décembre 2021, le directeur des services judiciaires a refusé sa demande. Mme A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision qui a été rejetée par la décision du 28 juin 2021. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de ces deux décisions ainsi que la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 2 350 euros en réparation du préjudice subi.

Sur la recevabilité du mémoire en défense :

2. Aux termes de l'article R. 613-3 du code de justice administrative : " Les mémoires produits après la clôture de l'instruction ne donnent pas lieu à communication, sauf réouverture de l'instruction. ". Aux termes de l'article R. 613-4 du même code : " Le président de la formation de jugement peut rouvrir l'instruction par une décision qui n'est pas motivée et ne peut faire l'objet d'aucun recours ".

3. Si le mémoire en défense du ministre de la justice a été enregistré le 25 juin 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction fixée au 1er février 2024 à 12h 00, l'instruction a cependant été rouverte par une ordonnance du 5 juillet 2024 et le mémoire communiqué à la requérante, qui a, par ailleurs, produit un mémoire en réplique. Le principe du contradictoire a donc été respecté. Par suite, l'exception d'irrecevabilité du mémoire en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Aux termes de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ". Enfin, l'article L. 231-4 du même code prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.

5. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A a formulé une demande tendant à la mobilisation de 61 heures de son compte personnel de formation le 13 septembre 2021 qui a été rejetée le 22 décembre 2021 par une décision du directeur des services judiciaires ne comportant pas la mention des voies et délais de recours. Mme A a formé un recours gracieux le 16 février 2022, réceptionné par l'administration le 17 février 2022. Le silence gardé par l'administration sur la demande de l'intéressée a fait naître une décision implicite de rejet le 18 avril 2022 et devenue définitive le 20 juin 2022. Si Mme A disposait d'un délai raisonnable d'un an à compter du 30 décembre 2021 pour contester la décision initiale d'un an, il résulte des dispositions précitées des articles L. 112-2, L. 112-6 et L. 231-4 du code des relations en le public et l'administration que la requérante ne disposait que d'un délai de deux mois pour contester la décision implicite de rejet de sa demande initiale née le 18 avril 2022. Ainsi, en l'absence de changement dans les circonstances de fait ou de droit, la décision du 28 juin 2022 rejetant expressément son recours gracieux du 16 février 2022 présente un caractère confirmatif de la décision implicite de rejet du 18 avril 2022 et n'a pas eu pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A sont irrecevables et doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

9. Si Mme A soutient que le recours gracieux formé le 16 février 2022 à l'encontre de la décision du 22 décembre 2021 constitue une demande indemnitaire préalable, il ressort toutefois des termes même de son recours gracieux qu'elle conteste uniquement la décision du 22 décembre 2021 et sollicite de l'administration le réexamen de sa demande de mobilisation de son compter personnel de formation. Dans ces conditions, Mme A ne justifie pas avoir présenté de demande indemnitaire préalable auprès de l'administration. Par suite, faute de liaison préalable du contentieux indemnitaire, ces conclusions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Marcisieux, conseillère,

Mme Topsi, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

M.-R. MARCISIEUX

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

S. PROSPER

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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