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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201222

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201222

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBARRIQUAULT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Guyane a été saisi par Mme A, ressortissante haïtienne, d’un recours pour excès de pouvoir contre un refus oral d’enregistrement de sa demande de titre de séjour, opposé le 3 janvier 2022 par un agent préfectoral. Le tribunal a relevé d’office l’irrecevabilité des conclusions dirigées contre ce refus, en l’absence de décision administrative faisant grief, et a constaté que le préfet n’avait pas produit de mémoire. La requête a été rejetée, le juge considérant que les conditions de l’article R. 431-2 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’étaient pas remplies pour caractériser une décision attaquable. Aucune des autres dispositions invoquées (article 8 de la CEDH, article 3-1 de la CIDE, article L. 423-23 du CESEDA) n’a été examinée au fond.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Barriquault, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 janvier 2022 par laquelle un agent de la préfecture de la Guyane a oralement refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, d'enregistrer sa demande de titre de séjour, de l'examiner et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée, en tant qu'elle constitue un refus de titre de séjour, a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Guyane qui n'a pas produit de mémoire.

Par une décision du 1er juin 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par un courrier du 22 août 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête dirigées contre le refus oral d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme A, en l'absence d'une telle décision.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lebel a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante haïtienne née le 7 juillet 1984, déclare être entrée en France en 2013. Elle soutient s'être présentée en préfecture le 3 janvier 2022 afin d'y déposer un dossier de demande d'admission au séjour et s'être vue opposer un refus oral d'enregistrement de son dossier de la part d'un agent de la préfecture. Par un courrier du 3 mai 2022, reçu par courriel le même jour, son conseil a indiqué au préfet de la Guyane que Mme A s'est présentée au rendez-vous du 3 janvier 2022 et s'est vu refuser sans motif l'enregistrement de sa demande, puis a sollicité une réponse écrite et motivée. Ce courrier est resté sans réponse. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 3 janvier 2022 refusant d'enregistrer sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. / Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. Le ministre chargé de l'immigration fixe les modalités de cet accueil et de cet accompagnement ". Aux termes de l'article R. 431-3 de ce code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Selon l'article R. 431-12 de ce code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. En outre, le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, sauf à ce que le requérant justifie du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

4. En se bornant à produire le courrier de convocation au rendez-vous du 13 décembre 2021, non assorti du tampon de la préfecture et de la preuve de l'achat du timbre fiscal, la requérante n'établit pas qu'elle se serait effectivement rendue en préfecture munie d'un dossier complet et qu'un agent aurait refusé de procéder à l'enregistrement de sa demande. Dès lors qu'un refus d'admission au séjour ne peut naître qu'à la suite de l'instruction de sa demande ou dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les conclusions de la requête de Mme A, dirigées contre une décision inexistante doivent être rejetées comme irrecevables.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Marcisieux, conseillère,

Mme Lebel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

I. LEBEL

Le président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

S. PROSPER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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