vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2201298 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 septembre 2022, M. C A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2022, par lequel le préfet de la Guyane lui a refusé le séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
Il soutient que la décision attaquée méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2024, le préfet de la Guyane, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le moyen soulevé n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n°2005-1726 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Schor ;
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant haïtien, né en 1985, entré en France selon ses déclarations en 2016, a formulé une demande d'asile, qui a été définitivement rejetée. Par un arrêté du
29 août 2022, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de séjour au titre de l'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
3. Il est constant que M. A est entré en France en 2016, à l'âge de 31 ans. Il ressort des pièces du dossier qu'il ne réside pas avec la mère de leur enfant, laquelle est titulaire d'un titre de séjour pluriannuel en France en cours de validité à la date de la décision attaquée et leur enfant, leurs adresses respectives étant différentes. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait un emploi ou justifierait d'une insertion dans la société française.
4. Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. / Il a une durée de validité de dix ans. Lorsqu'il est délivré à un mineur, sa durée de validité est de cinq ans. ". S'il produit la photocopie d'un document intitulé passeport français pour son fils B, ce document n'a été délivré que pour une durée de quatre ans et non cinq, a été délivré par une autorité inconnue dénommée " Guyane " et comporte la mention " titre d'identité et de voyage/ Identity and travel document " et non " passeport/ passport " au-dessus de la photo de l'enfant. A supposer même que la nationalité française de l'enfant B soit établie, la circonstance que l'enfant, né en Haïti en 2013, soit scolarisé en France depuis 2021, c'est à dire depuis un an à la date de la décision attaquée, ne suffit pas à caractériser l'intensité de la vie privée et familiale de M. A en France, qui ne fait par ailleurs état d'aucune autre attache privée et familiale en France. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en décidant de prendre à son encontre la décision contestée, le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
E. SCHOR
Le président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
C. NICANOR
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
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