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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201371

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201371

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201371
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMASCLAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2022, M. A B D, représenté par Me Masclaux, demande au juge des référés:

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté préfectoral du 4 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B D soutient que :

- l'urgence est établie ;

- il vit en Guyane depuis quatre ans ; il réside avec sa mère qui souffre d'une pathologie lourde ; l'exécution de la décision en cause porterait une atteinte grave et manifestement illégale au droit qu'il a de mener une vie privée et familiale normale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 6 octobre 2022, le préfet conclut au rejet de la demande.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Pauillac, greffière :

- le rapport de M. Martin, juge des référés ;

- les observations de Me Masclaux pour M. B D, qui reprend la substance de ses conclusions écrites, indique que M. B D est arrivé en Guyane à l'âge de 14 ans, vit avec sa mère et a vainement essayé de régulariser sa situation ;

- et celles de M. B D, assistée par Mme C E, interprète, qui confirme avoir été scolarisé durant l'année scolaire 2019-2020 au collège Reeberg-Néron de Rémire-Montjoly

Le préfet de la Guyane n'étant pas représenté.

La clôture de l'instruction a été fixée au 7 octobre 2022 à 10 heures 15, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Compte tenu de la demande d'aide juridictionnelle produite par le requérant, il y a lieu, en l'espèce, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement celui-ci au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. M. B D, ressortissant brésilien né le 21 avril 2004, a été placé en rétention administrative le 4 octobre 2022 à la suite d'un arrêté du même jour portant obligation de quitter le territoire pris à son encontre. M. B D demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit mis fin à l'atteinte grave et manifestement illégale que la mesure d'éloignement porterait à son droit de mener une vie familiale normale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En ce qu'il a pour objet de préserver des ingérences excessives de l'autorité publique la liberté qu'à toute personne de vivre avec sa famille, le droit de mener une vie privée et familiale normale constitue une liberté fondamentale au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. La condition de gravité de l'atteinte portée à cette liberté doit être regardée comme remplie dans le cas où la mesure contestée peut faire l'objet d'une exécution d'office par l'autorité administrative, n'est pas susceptible de recours suspensif devant le juge de l'excès de pouvoir, fait directement obstacle à la poursuite de la vie en commun des membres d'une famille ou encore soumet la personne à un risque pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Tel est le cas d'une mesure d'éloignement du territoire français, susceptible d'une exécution d'office, s'opposant au retour en France de la personne qui en fait l'objet, et prononcée à l'encontre d'un ressortissant étranger qui justifie qu'il mène une vie privée et familiale en France.

5. Au soutien de son argumentation selon laquelle la mesure d'éloignement porterait une atteinte grave à sa liberté de mener une vie privée et familiale normale, le requérant déclare être arrivé sur le territoire français à l'âge de quatorze ans, accompagnant sa mère, laquelle souffre d'une pathologie lourde. Toutefois, si la mère de M. B D a disposé d'un titre de séjour " vie privée et familiale " valable jusqu'au 26 juin 2021, il ressort des pièces du dossier que le préfet a refusé à celle-ci le renouvellement de ce titre de séjour par arrêté du 6 avril 2022. Dans ces conditions, alors que le requérant, célibataire et sans enfant, qui s'exprime par le truchement d'une interprète, ne démontre pas la réalité de l'intégration dont il se prévaut, le préfet de la Guyane en prenant l'arrêté en cause, n'a pas porté au droit de M. B D de mener une vie privée et familiale normale une atteinte grave et manifestement illégale par rapport aux buts en vue desquels la mesure d'éloignement contestée a été prise.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la demande de suspension formée par M. B D en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B D est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B D est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B D et au préfet de la Guyane.

Copie, pour information, en sera adressée à la CIMADE, au président du tribunal judiciaire de Cayenne, au procureur de la République et au directeur de la police aux frontières de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le juge des référés

Signé

L. MARTIN

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. PAUILLAC

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