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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201656

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201656

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2022, M. A C B, représenté par Me Barriquault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2022 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention

" vie privée et familiale ", subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire est prise en méconnaissance des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire et l'interdiction de retour sont prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la même convention ;

- l'interdiction de retour est fondée sur une mesure d'éloignement illégale.

Par une pièce et un mémoire en défense enregistrés les 6 juin et 8 décembre 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacau,

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien, conteste l'arrêté du 26 mars 2022 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Gatineau, secrétaire général des services de l'Etat, qui disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2022-02-15-00009 du 15 février 2022, régulièrement publié, à l'effet de signer " tous les arrêtés, décisions en toutes matières ", en prévoyant des exceptions, qui n'incluent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait.

3. En deuxième lieu, ni l'absence de précision du numéro attribué à M. B dans l'application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France, ni les mentions de l'arrêté contesté faisant état de l'absence de justification de la continuité de son séjour en France ne révèlent que le préfet ne se serait pas livré à un examen sérieux de sa situation.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En vertu de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus.

5. Né le 20 juin 1970, entré irrégulièrement en France, M. B justifie de la continuité de son séjour à compter du mois de novembre 2016. S'il invoque la présence de sa cousine qui l'héberge à Cayenne, il peut poursuivre sa vie familiale hors de France, notamment en Haïti, où résident ses trois enfants et où il a lui-même vécu l'essentiel de sa vie jusqu'à l'âge de quarante-six ans. M. B, qui n'allègue d'ailleurs pas avoir sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade, fait, en outre, état de ses troubles oculaires nécessitant un traitement dont le défaut pourrait occasionner une cécité définitive. Il ne ressort, toutefois, d'aucune pièce du dossier qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un suivi médical approprié dans son pays d'origine. Dans les circonstances de l'affaire, la mesure d'éloignement et l'interdiction de retour n'ont pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'ailleurs inopérantes à l'encontre de l'interdiction de retour.

6. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, l'exception d'illégalité de la mesure d'éloignement invoquée à l'encontre de l'interdiction de retour doit être écartée.

7. Enfin, si M. B invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", il ne justifie pas être personnellement exposé, en cas de retour en Haïti, à des risques de traitements inhumains et dégradants au sens de ces stipulations.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2022. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles

L.761-1 du même code et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

R. DELMESTRE GALPE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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