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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201699

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201699

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGAY JÉROME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2022, M. A B, représenté par

Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant le mention " étudiant " et de délivrer dans l'attente et, sans délai, un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour, l'un ou l'autre devant l'autoriser à travailler ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de délivrer dans l'attente et sans délai un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour, l'un ou l'autre devant l'autoriser à travailler ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente et sans délai un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le temps nécessaire au réexamen ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

- l'arrêté préfectoral est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il avait sollicité un titre de séjour en qualité d'étudiant et non de parent d'enfant français ;

- la décision est entachée d'erreurs de droit dès lors qu'elle méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire avec délai de départ :

- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreurs de droit dès lors qu'elle méconnaît l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Une mise en demeure de produire a été adressée le 24 septembre 2024 au préfet de la Guyane qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Rolin.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien né en 2000 et entré, d'après ses déclarations, sur le territoire français en 2015, a sollicité le 3 janvier 2022 un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 20 septembre 2022, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'a. sile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1,

L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. M. B soutient que le préfet de la Guyane a commis une erreur de fait dès lors qu'il a examiné sa situation personnelle sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors même qu'il avait sollicité un titre de séjour en qualité d'étudiant.

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment du formulaire d'admission au séjour produit par le préfet le 14 octobre 2024 que M. B n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en mentionnant simplement sa qualité d'étudiant. Or, il résulte des termes de l'arrêté du 20 septembre 2022, qui ne mentionne ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni la circonstance que l'intéressé a sollicité un titre de séjour en qualité d'étudiant alors même qu'il avait bénéficié à plusieurs reprises de récépissés de délivrance de carte de séjour en qualité d'étudiant dont un dernier valable jusqu'au 2 juin 2022 que le préfet a rejeté sa demande en statuant au regard des seules dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au droit au séjour d'un parent d'enfant français. Par suite, le préfet de la Guyane n'a pas procédé à un examen de la demande de M. B et ce dernier est fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision rejetant sa demande de titre de séjour. Par voie de conséquence, il y a lieu d'annuler les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement, sous réserve de toute modification de fait ou de droit, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet de la Guyane procède au réexamen de la situation de M. B dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il y a également lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer, sans délai, un récépissé de demande de carte de séjour. En revanche, compte tenu du fondement de la demande de titre de séjour, ni l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant non invoqué, établissant la liste des titres de séjour dont le récépissé autorise le titulaire à travailler, ni aucun autre texte ne font obligation au préfet d'assortir ce récépissé d'une autorisation de travail.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 septembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de procéder au réexamen de la demande de

M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours, un récépissé de demande de carte de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rolin, présidente,

Mme Marcisieux, conseillère,

Mme Lebel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La présidente rapporteure,

Signé

E. ROLIN

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

M-R. MARCISIEUX

La greffière,

Signé

C. NICANOR

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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