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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201707

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201707

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPEPIN JULIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 novembre 2022 et le 9 janvier 2023,

Mme D C, représentée par Me Pepin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Guyane du 12 octobre 2022 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, le temps de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué n'a pas été signé par une autorité compétente ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'Homme; elle est pour les mêmes motifs entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'Homme.

Par des mémoires en défense enregistrés le 31 octobre et le 1er novembre 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Rannou conclut au non-lieu à statuer et au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'une autorisation provisoire de séjour a été délivrée à Mme C et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Un mémoire présenté pour Mme C par Me Pepin a été enregistré le 6 novembre 2023.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'Homme,

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par un courrier du 14 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu partiel à statuer, en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Schor.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité haïtienne, née en 2002, entrée en France en 2016 selon ses déclarations, a sollicité le 11 janvier 2022 un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 octobre 2022, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de sa notification. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Le préfet de la Guyane a informé le tribunal le 6 juin 2023 qu'il avait délivré à

Mme C un récépissé de demande de titre de séjour valable du 22 décembre 2022 au 21 mars 2023. Cette décision a implicitement mais nécessairement eu pour effet d'abroger la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, l'arrêté contesté a été signé par Mme B, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, qui disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté du 20 septembre 2022 régulièrement publié le même jour, d'une subdélégation de M. A, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E, à l'effet de signer les décisions en matière de refus de séjour, d'éloignement et de contentieux. Il n'est pas établi que cette dernière n'était pas absente ou empêchée et M. A disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté du 16 septembre 2022, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte manque en fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article

L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Si Mme C soutient être entrée en France en septembre 2016. Cependant, il est constant qu'elle n'a été scolarisée en France qu'à compter de septembre 2017 et pour établir sa présence en France entre septembre 2016 et septembre 2017, elle ne produit qu'une attestation d'hébergement et un certificat de vaccination contre la fièvre jaune datant de septembre 2016. Ces pièces ne suffisent pas à établir la continuité du séjour de Mme C entre septembre 2016 et septembre 2017. Par suite, c'est la date indiquée par la décision attaquée, soit juillet 2017, qui doit être retenue comme date d'entrée en France de Mme C. La requérante est donc présente en France depuis environ cinq ans, entrée à l'âge de presque 15 ans. Par ailleurs, si elle justifie d'une scolarité assidue et de l'obtention, en juillet 2022, du diplôme du baccalauréat professionnel et allègue être inscrite à l'Université de la Guyane, elle n'établit par aucune pièce suivre des études universitaires. En tout état de cause, à supposer même établir la réalité de ces études, à la date de la décision attaquée, Mme C ne serait étudiante que depuis un mois. Enfin elle ne conteste pas avoir conservé de solides attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme C doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du

12 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire français.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 30 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHORLe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. NICANOR

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

Le greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

S. MERCIER

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