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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201761

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201761

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201761
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMARCIGUEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2022, M. C D, représenté par Me Marciguey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2022 par lequel le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour un durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subisidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) en tout état de cause, d'enjoindre au préfet de la Guyane de faire procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et à la restitution de son passeport ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît le principe des droits de la défense et le droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de fait quant à son prénom ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale et d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Mathieu, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulévés par M. D ne sont pas fondés.

Par une décision du 10 octobre 2022, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du

16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les arrêts de la Cour de justice de l'Union européenne C-383/13 du 10 septembre 2013, C-166/13 du 5 novembre 2014 et C-249/13 du 11 décembre 2014 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lebel a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant haïtien né le 3 septembre 1993, a déclaré être entré irrégulièrement en France en 2016. Il a été interpellé aux fins de vérification du droit de circulation ou de séjour le 5 mai 2022. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. La signataire de l'arrêté contesté, Mme E, chef du bureau de l'immigration, des sécurités et des polices administratives, disposait, en vertu de l'article 6 de l'arrêté n° R03-2022-04-01-00001 du 1er avril 2022, régulièrement publié, portant délégation à M. B, sous-préfet de Saint-Laurent du Maroni, d'une délégation à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire dans le ressort exclusif de l'arrondissement. En revanche, ni cet arrêté, ni aucun autre texte n'accordent à Mme E une délégation à l'effet de signer les interdictions de retour. Il en résulte que l'interdiction de retour prononcée à l'encontre de M. D par l'article 2 de l'arrêté en litige est entachée d'incompétence.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 1° Si l'étranger ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Et aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

4. En premier lieu, l'arrêté du 5 mai 2022 du préfet de la Guyane vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, la convention internationale des droits de l'enfant, le code des relations entre le public et l'administration ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment le 1° de son article L. 611-1. En outre, alors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, la décision contestée précise les éléments déterminants qui ont conduit le préfet à prononcer une obligation de quitter le territoire français à son encontre. A cet égard, il relève, notamment, que M. D déclare être irrégulièrement entré sur le territoire français en 2016, ne pas être en possession d'un titre de séjour, qu'il n'a effectué aucune démarche auprès de la préfecture pour régulariser sa situation, qu'il se déclare célibataire et père de deux enfants qu'il a reconnus sans en apporter la preuve, qu'il déclare vivre avec la mère d'un de ses enfants, en situation irrégulière, qu'il ne justifie pas de la régularité du séjour de la mère de l'autre enfant, enfin, qu'il ne justifie d'aucune considération humanitaire ou de motif exceptionnel. Par suite, la décision attaquée comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, applicables au présent litige, sont issues de dispositions de la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité qui ont procédé à la transposition, dans l'ordre juridique interne, des objectifs de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier. Elles ne prévoient pas de droit pour un étranger à être entendu dans le cadre de la procédure de prise d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français.

6. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé, notamment par son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013 visé ci-dessus, les auteurs de la directive du 16 décembre 2008, s'ils ont encadré de manière détaillée les garanties accordées aux ressortissants des Etats tiers concernés par les décisions d'éloignement ou de rétention, n'ont pas précisé si et dans quelles conditions devait être assuré le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. Dans le cadre ainsi posé, et s'agissant plus particulièrement des décisions relatives au séjour des étrangers, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans ses arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du

11 décembre 2014 visés ci-dessus, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

8. Enfin, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt du 10 septembre 2013 cité au point 6, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

9. En l'espèce, M. D soutient qu'il n'a pu produire les documents relatifs à sa présence sur le territoire français et à la présence de membres de sa famille. Toutefois, si de tels éléments étaient susceptibles d'influer sur le contenu de la décision, l'intéressé n'établit pas en quoi il aurait été privé de la possibilité de les présenter lors du contrôle de son droit au séjour alors qu'il a formulé un certain nombre de déclarations à l'occasion de ce contrôle sur sa situation personnelle, observations sur lesquelles s'est fondé le préfet pour prendre l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français aurait été prise en méconnaissance du principe général des droits de la défense et du droit d'être entendu, tel que garanti par le droit de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, la motivation de la décision en litige relevée au point 4 que le préfet de la Guyane a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de

M. D, sans commettre d'erreur de droit sur ce point. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doit, ainsi, être écarté.

11. En quatrième lieu, la circonstance que l'arrêté litigieux comporte une erreur de plume quant au prénom du requérant est sans incidence sur sa légalité dès lors qu'elle ne permet pas de douter de l'identité du destinataire des mesures de police en litige.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré sur le territoire français en 2017. En revanche, s'il justifie vivre chez sa mère, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y réside avec sa compagne et leur enfant, ni qu'il entretient des liens avec eux. En outre, s'il produit l'acte de naissance de l'enfant Sherlandie, née d'une première relation, il ne fait état d'aucun élément de nature à démontrer les relations entretenues avec cette dernière. Enfin, l'identité et la régularité du séjour de son actuelle compagne n'étant pas établies, la décision en litige n'a pas pour effet de mettre fin à l'unité familiale. Ainsi, à supposer que sa présence sur le territoire soit établie depuis 2017, M. D, qui n'est entré en France qu'à l'âge de 29 ans, ne démontre pas, par les pièces du dossier, qu'il se serait inséré socialement et professionnellement sur le territoire. Il en résulte qu'eu égard aux conditions de son séjour en France, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il en va de même s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste du préfet dans son appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle de M. D.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

15. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 12, que la décision attaquée aurait pour effet de mettre fin à l'unité familiale de M. D, dès lors qu'il n'est pas contesté que sa compagne est également en situation irrégulière sur le territoire et qu'il n'établit pas que ses enfants ne pourraient pas repartir avec lui, en Haïti. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

16. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

18. En deuxième lieu, la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire est justifiée, au visa des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par l'entrée irrégulière de M. D sur le territoire et par la circonstance qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, le préfet a mis l'intéressé à même de connaître les éléments de droit et de fait fondant la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

19. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée, prise au visa des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet s'est fondé sur ce que M. D ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire et avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Ainsi, le préfet, dont il ne ressort pas de la lecture de l'arrêté litigieux qu'il se serait cru en situation de compétence liée, pouvait légalement considérer, pour ce motif, qu'il existait un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre. En outre, il ressort de la décision attaquée que le préfet a pris en compte la situation familiale et personnelle de M. D. Enfin, les difficultés causées par la pandémie et les troubles politiques concernant les vols à destination de Haïti ne sont étayées par aucune pièce au dossier. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'un défaut de base légale, que le préfet de la Guyane aurait méconnu les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

20. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués à l'encontre de cette décision, que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour prononcée par l'article 2 de l'arrêté du

5 mai 2022 pour le motif retenu au point 2 du présent jugement.

Sur les conclusions accessoires :

21. Le présent jugement, qui se borne à annuler l'interdiction de retour, n'implique, sur le fondement des articles L.911-1 et L.911-2 du code de justice administrative, ni la délivrance d'un titre de séjour à M. D, ni même le réexamen de sa situation. Il y a lieu, en revanche, d'enjoindre au préfet de faire supprimer son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen et de restituer à M. D, si celui-ci devait être encore en sa possession, son passeport dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

22. L'Etat n'étant pas la partie perdante pour l'essentiel, les conclusions présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : L'interdiction de retour sur le territoire français prononcée pour une durée de deux ans à l'encontre de M. D par l'article 2 de l'arrêté pris le 5 mai 2022 par le préfet de la Guyane est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de faire procéder à la suppression du signalement de M. D aux fins de non admission dans le système d'information Schengen et de lui restituer son passeport, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rolin, présidente,

Mme Marcisieux, conseillère,

Mme Lebel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

I. LEBEL

La présidente,

Signé

E. ROLIN

La greffière,

Signé

C. NICANOR

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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