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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201885

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201885

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 décembre 2022 et 26 novembre 2024, Mme G E, représentée par Me Masclaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2022 par lequel le préfet de la Guyane l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour un durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de

1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

- sa requête a conservé son objet dès lors que la fiche produite en défense au Fichier National des Etrangers n'est pas la sienne ;

- l'arrêté est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 28 décembre 2023 et 21 novembre 2024, le préfet de la Guyane, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer en produisant une pièce qui a été communiquée.

Par une décision du 16 août 2022 le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lebel a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante haïtienne née le 25 décembre 1999, a été interpellée dans le cadre d'un contrôle aux fins de vérification du droit de circulation ou de séjour, le 29 avril 2022. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa requête, Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

2. Pour faire valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête, le préfet de la Guyane a produit, le 21 novembre 2024, la fiche du Fichier National des Etrangers (FNE) attestant de la remise, postérieurement à la date de l'introduction de la requête, un récépissé de carte de séjour valable du 17 septembre au 16 décembre 2024. Toutefois, la fiche produite au dossier est celle de Bed Ruben E et non celle de la requérante. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense ne peut qu'être écartée et il y a lieu de statuer sur les conclusions présentées par la requérante.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, la signataire de l'arrêté contesté, Mme F, chef de la section de l'éloignement des étrangers, disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté

n° R03-2022-05-13-00001 du 13 mai 2022, régulièrement publié, d'une subdélégation de

M. A, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, à l'effet de signer les décisions " en matière de refus de séjour, d'éloignement et de contentieux ", en cas d'absence ou d'empêchement de M. B, de Mme D et de Mme C. Il n'est pas établi que ces derniers n'étaient pas absents ou empêchés et M. A disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2022-04-08-00008 du 8 avril 2022, régulièrement publié, dont l'article 4 prévoit que les interdictions de retour sont au nombre des décisions prises " en matière de refus de séjour, d'éloignement et de contentieux ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 1° Si l'étranger ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Et aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

5. En premier lieu, la décision en litige vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, la convention internationale des droits de l'enfant, le code des relations entre le public et l'administration ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment le 1° de son article L. 611-1. En outre, alors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, la décision contestée précise les éléments déterminants qui ont conduit le préfet à prononcer une obligation de quitter le territoire français à son encontre. A cet égard, il relève que Mme E est dépourvue de tout titre de séjour, qu'elle est entrée irrégulièrement en France en 2015 sans toutefois établir cette entrée et la continuité de son séjour depuis lors, qu'elle est mariée avec un compatriote également en situation irrégulière qui n'est pas dans l'impossibilité de l'accompagner dans leur pays d'origine, que la seule présence de son père en situation régulière n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour, qu'elle conserve des attaches en Haïti et qu'elle est sans emploi. Par suite, la décision attaquée comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit, donc, être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1,

L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment des certificats de scolarité produits, que Mme E est entrée en France en 2017 et démontre la continuité de son séjour depuis lors par la production de pièces relatives à son parcours scolaire et à sa demande de titre de séjour. Toutefois, si elle produit des bulletins scolaires faisant état de son sérieux et de son implication dans son cursus scolaire au sein du lycée professionnel de Balata où elle a obtenu son brevet d'études professionnelles " aménagement finition " en 2019, puis son baccalauréat professionnel spécialité " aménagement et finition du bâtiment " mention assez bien, en

juillet 2020, il demeure qu'elle avait terminé son cursus scolaire à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, si elle s'est inscrite en licence de lettres à l'université de la Guyane, elle ne démontre pas la cohérence de ce parcours avec son cursus antérieur et justifie, au contraire, la poursuite de cette licence par l'impossibilité de trouver un emploi en lien avec ses précédents diplômes obtenus. Au surplus, elle n'établit pas la poursuite de ce cursus à la date de la décision en litige. En outre, la régularité du séjour de son époux n'étant pas démontrée, la cellule familiale a vocation à se reconstituer dans leurs pays d'origine commun. Enfin, la circonstance que le père et les frères de l'intéressée soient présents en France en situation régulière, n'est pas, à elle seule, de nature à lui conférer un droit au séjour. Il en résulte qu'eu égard aux conditions de son séjour en France, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il en va de même s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste du préfet dans son appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle de Mme E.

8. En troisième lieu, d'une part, si Mme E soutient que le préfet n'a pas justifié l'irrecevabilité de sa demande de rendez-vous auprès de la préfecture, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir le caractère erroné de cette information. D'autre part,

Mme E n'établit pas, par les pièces produites au dossier, qu'elle serait entrée en France en 2015. Enfin, il résulte de l'instruction que le préfet de la Guyane aurait pris la même décision en prenant en compte la continuité de son séjour en France depuis 2017 et la régularité du séjour de ses frères. Le moyen tiré de l'erreur de fait ne saurait, donc, être accueilli.

9. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour effet de fixer le pays de destination et n'implique pas, par elle-même, un retour en Haïti.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, la décision portant refus de délai de départ volontaire est justifiée, au visa des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par l'entrée irrégulière de Mme E sur le territoire et la circonstance qu'elle s'oppose à son retour vers son pays d'origine. Dès lors, le préfet a mis l'intéressée à même de connaître les éléments de droit et de fait fondant la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, ainsi, être écarté.

13. En troisième lieu, il n'est pas contesté que la requérante est entrée irrégulièrement sur le territoire français. En outre, il ressort des termes de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Cayenne que Mme E a déclaré ne pas souhaiter retourner en Haïti. Le préfet n'a, dès lors, pas commis d'erreur d'appréciation en prenant la décision contestée. Ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination est prise au visa des articles 3, et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressée n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elle mentionne, par ailleurs, qu'elle ne bénéficie pas des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile assurant une protection contre toute mesure d'éloignement. Dans ces conditions, cette décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision fixant le pays de renvoi doit ainsi être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et selon l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

16. Au soutien de son argumentation selon laquelle la décision fixant Haïti comme pays de destination l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants, Mme E déclare que son pays d'origine fait l'objet de crises multi-sectorielles et qu'il y règne un climat d'insécurité et de violence généralisée. Elle évoque, également, le séisme qui a touché le pays en 2021, ainsi que la crise sanitaire de la Covid-19. Toutefois, elle n'établit pas le caractère personnel du risque encouru, à la date de la décision attaquée, en cas de retour en Haïti. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Guyane a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces moyens ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

19. En deuxième lieu, pour l'application des dispositions citées au point 17, il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

20. L'arrêté vise, en l'espèce, les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique les éléments de la situation personnelle de l'intéressée pris en considération et, notamment, la durée de sa présence sur le territoire, ses liens avec la France, son mari étant en situation irrégulière sur le territoire, la circonstance qu'elle justifie avoir envoyé une demande à la préfecture pour une prise de rendez-vous déclarée irrecevable en raison de pièces justificatives manquantes, et celles tirées de ce qu'elle a conservé des attaches fortes dans son pays d'origine et qu'elle s'oppose à un retour vers son pays d'origine. Il en résulte que le préfet a suffisamment motivé sa décision. Par suite, ce moyen doit être écarté.

21. En troisième lieu, il ressort des termes des dispositions citées au point 17 du présent jugement que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

22. En l'espèce, si Mme E est entrée en France en 2017, la seule circonstance qu'elle ait entamé des démarches de régularisation de sa situation en 2022, soit près de 5 ans après son entrée en France, n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour. En outre, la décision en litige n'a pas pour effet de séparer Mme E de son époux, de même nationalité, également en situation irrégulière sur le territoire. Il en résulte qu'eu égard aux conditions de son séjour en France, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en décidant de prendre à son encontre la décision contestée, le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

23. En quatrième lieu, conformément à ce qui a été exposé au point 10, Mme E n'établit pas être personnellement exposée à un risque en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Ce moyen doit, ainsi, être écarté.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme E à fin d'annulation de l'arrêté du 29 avril 2022 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Lebel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

I. LEBEL

Le président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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