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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300002

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300002

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300002
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantPIALOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 janvier 2023, M. D B A, représenté par Me Pialou, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane lui a notamment fait obligation de quitter le territoire français avec délai à destination de son pays d'origine et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours à compter de la date de notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- la compétence du signataire n'est pas établie ;

- la décision portant refus de séjour est illégale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est de ce fait est privée de base légale ; alors qu'il est présent sur le territoire dès avant l'âge de treize ans, elle viole l'article L. 611-3 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; cette décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il existe en conséquence un doute sérieux sur la légalité de cette décision.

Le préfet de la Guyane à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2300001.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mercier, greffière :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Pialou, pour M. B A, qui rappelle que celui-ci est arrivé en Guyane à l'âge de dix ans, qu'il est pris en charge par sa grand-mère en situation régulière et est en classe de terminale générale.

Le préfet de la Guyane n'étant pas représenté.

La clôture de l'instruction a été fixée le 18 janvier 2023 à 10 h 20 mn, à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

5. M. B A, ressortissant brésilien né en 2004, est, selon ses déclarations, entré en France en 2014. Devenu majeur, l'intéressé a demandé à bénéficier d'un titre de séjour. Toutefois, le préfet de la Guyane a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français avec délai à destination de son pays d'origine. Par la présente requête, M. B A demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté en cause en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire.

En ce qui concerne l'urgence :

6. La condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Compte tenu du caractère non suspensif d'un recours pour excès de pouvoir contre l'obligation de quitter le territoire français prononcée en Guyane, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de cette mesure caractérise une situation d'urgence.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° l'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de 13 ans ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire alors qu'il était âgé de dix ans. Il a été scolarisé sur le territoire depuis lors, étant inscrit au titre de l'année scolaire 2022-2023 en Terminale scientifique au lycée Lama-Prévot de Remire-Montjoly. Dans les circonstances de l'affaire, compte tenu tant du jeune âge qu'avait M. B A lors de son entrée en France que de son insertion par les études et alors qu'en outre il dispose de l'attache en Guyane de sa grand-mère en situation régulière, les moyens tirés la violation de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales paraissent, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre par l'arrêté litigieux. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, M. B A est fondé à demander la suspension de l'exécution de cette décision ainsi que par voie de conséquence celle fixant le pays de retour jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il y a seulement lieu, en exécution de la présente ordonnance, d'enjoindre au préfet de la Guyane de délivrer à M. B A sous 15 jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

10. M. B A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant de la somme de 900 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du préfet de la Guyane en date du 15 décembre 2022 pris à l'encontre de M. B A est suspendue en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire et fixe le pays de destination, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de l'arrêté.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. B A, sous quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'Etat versera à Me Pialou une somme de 900 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pialou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B A et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 18 janvier 2023.

Le juge des référés,

Signé

L. C

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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