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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300006

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300006

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300006
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMASCLAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2023, Mme G D B, représentée par Me Masclaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du jury d'examen telle que révélée par le relevé de notes la déclarant ajournée du semestre 4 du master 2 " métiers de l'enseignement de l'éducation et de la formation ", à l'issue de l'année universitaire 2021-2022 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux, ensemble, la décision l'ayant ajournée du master ;

2°) d'enjoindre au jury de délibérer à nouveau sur ses résultats ;

3)° de mettre à la charge de l'Université de la Guyane une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision d'ajournement du semestre 4 est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle ne comporte pas la signature du président du jury en méconnaissance de l'article 8 des modalités générales du contrôle des connaissances et des compétences de l'Université de Guyane ;

- elle a été prise par un jury irrégulièrement composé ;

- elle est entachée d'une erreur matérielle dans le report de sa note de soutenance de mémoire ;

- elle méconnaît les modalités particulières du contrôle de connaissances et des compétences relatives à la validation du semestre master " MEEF mention 1er degré " ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation dans la mesure où la décision la prive de l'admission en Master 2 et l'oblige à redoubler ;

- la note qui lui a été attribuée à l'unité d'enseignement " Recherche " méconnaît le principe d'égalité et constitue une sanction déguisée ;

- la décision de l'ajourner au master 2 est illégale dès lors qu'elle a été prise sur la base unique d'une décision d'ajournement du semestre 4 illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, l'université de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur la situation de Mme D B est inopérant ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 février 2024.

Un mémoire en défense produit par l'université de la Guyane, a été enregistré le 16 octobre 2024, postérieurement la clôture d'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Mme D épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Topsi,

- les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public,

- et les observations de Mme F, représentant l'Université de la Guyane.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G D épouse B, étudiante en deuxième année de master " métiers de l'enseignement de l'éducation et de la formation ", a été ajournée à l'issue de l'année universitaire 2021-2022. Par un courrier du 25 juillet 2022, elle a demandé au jury d'examen de procéder à la rectification d'une erreur entachant, selon elle, sa note de soutenance de mémoire. Cette demande a été implicitement rejetée. Par sa requête, elle demande l'annulation de la délibération du jury en tant qu'elle prononce son ajournement du semestre 4 et de son master 2 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours grâcieux.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 712-2 du code de l'éducation : " () / Le président peut déléguer sa signature à des agents placés sous son autorité. Il peut déléguer une partie de ses pouvoirs aux agents placés sous son autorité désignés pour exercer des fonctions de responsabilité administrative, scientifique ou pédagogique au sein de l'établissement, d'une composante ou d'une unité de recherche. Ces agents peuvent déléguer leur signature à des agents placés sous leur autorité () ". En outre, l'article 8 des modalités générales du contrôle de connaissances et des compétences précise que : " () Le procès-verbal de délibération est élaboré sous la responsabilité du président du jury et signé par lui. () ".

3. Si Mme D épouse B fait valoir que le relevé de notes établi le 8 septembre 2022 a été signé par le président de l'université, toutefois un tel relevé de notes ne constitue pas une décision faisant grief directement et ne fait que révéler la délibération du 18 juillet 2022 prise par le jury d'examen. Ainsi, les vices entachant ce relevé ne peuvent être utilement invoqués à l'appui d'un recours contre la délibération du jury. En tout état de cause, la délibération versée au dossier, a été signée par la présidente du jury, Mme A C, désignée par le président de l'université en application de l'arrêté du 14 avril 2022 produit au dossier. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ".

5. Il ressort de la délibération litigieuse versée au dossier que celle-ci comporte la signature de la présidente du jury d'examen, son nom et prénom ainsi que sa qualité. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 712-2 du code de l'éducation : " Le président de l'université () : / () 5° () nomme les différents jurys, sauf si une délibération du conseil d'administration prévoit que les compétences relatives aux jurys d'examen sont exercées par les directeurs des composantes de l'université () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 613-1 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Seuls peuvent participer aux jurys et être présents aux délibérations des enseignants-chercheurs, des enseignants, des chercheurs ou, dans des conditions et selon des modalités prévues par voie réglementaire, des personnalités qualifiées ayant contribué aux enseignements, ou choisies, en raison de leurs compétences, sur proposition des personnels chargés de l'enseignement ". En outre, aux termes des modalités générales du contrôle des connaissances et des compétences approuvées, par le conseil académique, le 19 septembre 2019, dont l'article 8 relatif au " Jurys " précise que : " () / Leur composition comprend au moins une moitié d'enseignants-chercheurs, d'enseignants ou de chercheurs participant à la formation parmi lesquels le président du jury est nommé, ainsi que des personnalités qualifiés ayant contribué aux enseignements, ou choisies en raison de leurs compétences, sur proposition des personnels chargés de l'enseignement. Les directeurs d'études peuvent être membres des jurys ou y être invités avec voix consultative ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'en application de l'arrêté du 14 avril 2022 portant désignation des jurys des masters " métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation " portant la mention " premier degré " que le jury d'examen était composé, de quatre membres ayant la qualité d'enseignants-chercheurs, d'enseignants ou de chercheurs et d'une personnalité qualifiée ayant contribué aux enseignements ou ayant été choisie en raison de ses compétences. Ainsi, le quorum fixé à un minimum d'une moitié d'enseignants-chercheurs, d'enseignants ou de chercheurs participant à la formation, a été respecté ainsi que la désignation de la présidente du jury parmi eux. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort d'aucune disposition des modalités générales du contrôle des connaissances et des compétences que la composition du jury de fin de semestre devait être différente de celle du jury de diplôme, ni même une quelconque incompatibilité entre ces deux fonctions. Par suite, le moyen tiré de la composition irrégulière du jury doit être écarté.

8. En quatrième lieu, il n'appartient pas au juge administratif de contrôler l'appréciation faite par le jury d'un examen de la valeur des épreuves passées par les candidats.

9. Il ressort des pièces du dossier que les modalités générales du contrôle des connaissances et des compétences, concernant la " garantie de la seconde chance ", dans le cas d'un contrôle terminal ont prévu que : " en master 2ème année, pour les filières qui le précisent dans les [modalités particulières du contrôle de connaissances et des compétences] de leur composante, la session de rattrapage peut ne pas être proposée. Dans ce cas, il y a donc une seule session d'évaluation par semestre. ". Les modalités particulières du contrôle de connaissances et des compétences applicables à tous les masters de la filière MEEF, à la rentrée 2021-2022, ont prévu que : " Il n'y a pas de session de la seconde chance en master 2 (). ". Ont également été précisés, d'une part, qu'une note plancher de 10 sur 20 est fixée pour le mémoire au semestre 4 et, d'autre part, que " Le semestre est validé si la moyenne pondérée des UE est supérieure ou égale à 10 par conséquent la compensation entre UE s'applique indépendamment des notes obtenues (sauf note plancher) ".

10. En l'espèce, il est constant que le mémoire de Mme D épouse B a d'abord été évalué, par une appréciation souveraine du jury, à 8,85 sur 20. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a obtenu à l'issue d'une seconde session qui n'était pas prévue par les modalités de contrôle de connaissances et de compétences, une note de 10,28 sur 20 à cette épreuve. Toutefois, le jury a légalement pu retenir la note initiale de 8,85 sur 20 conformément aux conditions d'examen rappelées au point précédent. Dans ces conditions, Mme D épouse B n'est pas fondée à soutenir que la délibération du jury repose, en ce qui la concerne, sur des faits matériellement inexacts. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision prononçant son ajournement serait entachée d'une erreur matérielle doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des modalités particulières du contrôle de connaissances et des compétences, doit également être écarté.

11. En cinquième lieu, si la requérante fait valoir que la décision la déclarant ajournée n'a pas tenu compte des conséquences graves sur sa situation personnelle l'obligeant à redoubler. Toutefois, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle doit être écarté comme inopérant.

12. En sixième lieu, dans les circonstances de l'espèce, en se bornant à faire valoir qu'aucun élément ne justifie que le jury n'ait pas pris en compte sa meilleure note au lieu de la note initiale, la requérante n'apporte aucun élément susceptible de faire présumer une atteinte au principe d'égalité de traitement par rapport à d'autres candidats, alors même, ainsi qu'il a été dit aux points 9 et 10, que les modalités d'examen ne prévoyaient pas de session de rattrapage. Dès lors, Mme D épouse B n'est pas fondée à soutenir que la délibération du jury constitue une sanction déguisée et méconnaît le principe d'égalité de traitement. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

13. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'en deuxième année de master, la moyenne obtenue au titre du semestre 4 ne se compense pas avec la moyenne obtenue au titre du semestre 3. En outre, dès lors que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision l'ajournant du semestre 4, le moyen tiré de ce que la décision l'ajournant de son master 2 devrait être annulée par voie de conséquence, doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la délibération du jury d'examen en tant qu'elle déclare Mme D épouse B, ajournée, ainsi que la décision d'ajournement de son master et la décision implicite de son recours gracieux ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G D épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D épouse B, à Me Masclaux, et à l'université de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rolin, présidente,

Mme Marcisieux, conseillère,

Mme Topsi, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. TOPSI

La présidente,

Signé

E. ROLINLa greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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