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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300018

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300018

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMARCIGUEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2023, M. D A, représenté par Me Marciguey, demande au juge des référés :

1°) suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de la Guyane en date du 25novembre 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixation du pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et jusqu'à la décision du tribunal administratif sur la légalité des décisions contestées ;

3°) mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de mille cinq cents euros au titre des frais engagés pour l'instance et non compris dans les dépens, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la condition d'urgence est caractérisée alors en particulier qu'il est enseignant sous contrat avec l'éducation nationale ;

- plusieurs moyens sont susceptibles de faire naître un doute sérieux sur la légalité du refus de séjour, à savoir l'incompétence du signataire, l'insuffisance de motivation des décisions comprises dans l'arrêté, des erreurs de fait, l'erreur de droit, l'erreur manifeste d'appréciation, la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- plusieurs moyens sont susceptibles de faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, à savoir l'exception d'illégalité, l'incompétence du signataire, la violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant, l'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Guyane, à qui la requête a été communiquée le 4 janvier 2023, n'a pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 23000017 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté en litige.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 18 janvier 2023 en présence de Mme Mercier, greffière :

- le rapport de M. Martin, juge des référés,

- et les observations de Me Marciguey pour M. A qui reprend l'essentiel de ses écritures, rappelle que le requérant est époux et père de personnes bénéficiant de la protection subsidiaire, qu'il est professeur des écoles contractuel en charge d'une classe maternelle à Taluhen, demande que l'injonction à délivrance d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler porte effet dans les huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, demande enfin que la situation de M. A soit réexaminée dans le délai d'un mois suivant cette notification.

Le préfet de la Guyane n'étant pas représenté.

La clôture de l'instruction a été fixée le 18 janvier 2023 à 11h20, à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3.M. A, ressortissant haïtien né en 1980, est irrégulièrement entré en France en 2018. Il y vit depuis de façon continue, a été recruté comme professeur des écoles à compter du 8 mars 2022 et a épousé le 29 janvier 2022 sa compatriote, Mme C B, mère de leur enfant E A née en 2008. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane lui a refusé le séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

En ce qui concerne l'urgence :

4. La condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

5.En l'espèce, alors que le requérant dispose d'un contrat passé avec l'éducation nationale pour assurer depuis le 22 septembre 2022 et jusqu'au 31 août 2023 un emploi de contractuel pour l'enseignement d'élèves de classe maternelle de l'école primaire de Twenke-Taluhen, la décision de refus d'admission au séjour crée par elle-même une situation d'urgence. En outre, le caractère non suspensif d'un recours pour excès de pouvoir contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français prononcée en Guyane et le fait qu'en conséquence une telle mesure peut être mise en œuvre à tout moment emportent la caractérisation de l'urgence à suspendre l'exécution de cette décision.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

6.Il ressort des pièces du dossier que M. A est l'époux et le père de Mme C B et de la jeune E A, lesquelles bénéficient de la protection subsidiaire. Dans ces conditions et eu égard aux preuves de vie commune produites et alors en outre que le requérant, sous contrat avec l'éducation nationale, est affecté à Taluhen sur un poste de professeur des écoles contractuel que la mesure de police en cause ne lui permet pas de rejoindre, le moyen tiré de l'atteinte excessive au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales paraît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre par l'arrêté litigieux. Par suite, les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander la suspension, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête en annulation visée ci-dessus, de l'exécution de l'arrêté pris à son encontre le 25 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Il y a lieu, en exécution de la présente ordonnance, d'enjoindre au préfet de la Guyane de délivrer à M. A, sous huit jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et d'autre part, dans les circonstances particulières de l'affaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant cette même notification, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7.Dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros à verser à M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de la Guyane pris à l'encontre de M. A le 25 novembre 2022 est suspendue, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'État versera à M. A une somme de 900 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au préfet de la Guyane.

Copie pour information sera communiquée au recteur de l'académie de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 18 janvier 2023.

Le juge des référés,

Signé

L. MARTIN

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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