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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300106

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300106

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBALIMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2023, M. D B, représenté par Me Balima, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 9 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ et interdiction de retour sur le territoire français, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie prive et familiale " l'autorisant à travailler en Guyane, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Guyane de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, durant le temps de cet examen et jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, en application des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Balima, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, charge pour l'avocat de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. D B soutient que :

- l'urgence est caractérisée ;

- le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte est susceptible de faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté pris dans son ensemble ;

- les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, de l'erreur de droit au regard des articles L. 423-7, L. 423-8, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance des articles 3-1, 9-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de la méconnaissance de l'article 24 la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de la méconnaissance du préambule de la Constitution française en tant que la décision fait obstacle à ce que son enfant poursuivre sa scolarité sur le territoire français sont susceptibles de faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le moyen tiré du défaut de motivation au regard des exigences des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, est susceptible de faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision fixant le pays de destination ;

- le moyen tiré du défaut de motivation au regard des exigences des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est susceptible de faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire ;

- le moyen tiré du défaut de motivation au regard des exigences des articles L. 613-5 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est susceptible de faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

La procédure a été communiquée au préfet de la Guyane qui n'a pas présenté d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 20 janvier 2023 sous le n° 2300105 par laquelle M. D B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de New-York relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mercier, greffière, le rapport de M. C.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été fixée le 8 février 2023 à 10 h 30 mn, à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de M. D B, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

5. M. D B, ressortissant brésilien né en 1985, demande au juge des référés de suspendre l'exécution, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, de l'arrêté du 9 décembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai et une interdiction de retour sur le territoire français.

En ce qui concerne l'urgence :

6. La condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Compte tenu du caractère non suspensif d'un recours pour excès de pouvoir contre l'obligation de quitter le territoire français prononcée en Guyane, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de cette mesure caractérise une situation d'urgence.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D B peut d'une part se prévaloir d'être le parent d'une enfant française née le 1er juillet 2015 et de la circonstance qu'un jugement du 28 janvier 2022 du juge aux affaires familiales lui a accordé l'autorité partagée avec la mère de l'enfant et a mis à sa charge une contribution à l'entretien de l'enfant de 120 euros par mois. D'autre part, il ressort également des pièces produites que le requérant a épousé le 4 novembre 2022 Mme E, titulaire d'une carte de résident. Dans ces conditions, compte tenu de la durée de séjour de M. D B, ces éléments sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire au regard, en particulier, des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, M. D B est fondé à demander, sans qu'il soit besoin pour le juge des référés de se prononcer sur les autres moyens, la suspension de l'exécution, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal, de l'arrêté en litige, pris par le préfet le 9 décembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La présente ordonnance implique seulement que le préfet de la Guyane délivre à M. D B dans le délai de quinze jours suivant la notification de la présente décision une autorisation provisoire au séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Le requérant a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que Me Balima, son avocat, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de celui-ci le versement à Me Balima de la somme de 900 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 9 décembre 2022 du préfet de la Guyane est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande au principal.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. D B, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et ce dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à Me Balima une somme de 900 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Balima renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D B est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D B et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le juge des référés

Signé

L. C

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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