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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300167

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300167

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300167
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2023, Mme C B A, représentée par Me Pierre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile valant autorisation de travail, ou à défaut, sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- les décision rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont insuffisamment motivées ;

- les décisions rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les termes de la circulaire n° NOR INTK1229185C du 28 novembre 2012.

La requête a été communiquée au préfet de la Guyane qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gillmann a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante péruvienne née en 1999, est entrée irrégulièrement en France le 3 mars 2014. L'intéressée, qui a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 21 juin 2020, a sollicité son renouvellement. Par un arrêté du 25 novembre 2022, le préfet de la Guyane a rejeté cette demande. Par la présente requête, Mme B A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. Il est constant que Mme B A est entrée en France le 3 mars 2014 à l'âge de quinze ans. Il ressort des pièces du dossier que la requérante réside en Guyane de manière stable et continue depuis cette date. La seule circonstance, au demeurant non établie, que l'intéressée soit repartie au Pérou en 2019 afin de refaire son passeport ne saurait la faire regarder comme n'ayant pas résidé de façon habituelle sur le territoire. Mme B A justifie également de la présence de sa mère, de son beau-père, de sa sœur et de son frère résidant tous régulièrement en France hexagonale et en Corse. Il n'est d'ailleurs pas contesté qu'elle n'a plus aucune attache familiale dans son pays d'origine. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante est, à la date de l'arrêté en litige, enceinte d'un ressortissant français, militaire, qui réside en Île-de-France et qui atteste être le père de l'enfant à naître. En outre, Mme B A a suivi une grande partie de sa scolarité en France. Celle-ci étant marquée par l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle dans le domaine de la restauration en 2018. Enfin, la requérante, qui a été titulaire d'une première carte de séjour temporaire valable du 22 juin 2019 au 21 juin 2020, a travaillé en tant que serveuse à temps plein au sein du restaurant " La Maison Péruvienne " situé à Kourou et dispose, au 15 novembre 2022, d'une promesse d'embauche en qualité d'assistant manager pour une durée indéterminée au sein d'un restaurant KFC situé à Rémire-Montjoly, de sorte qu'elle démontre une volonté de s'intégrer dans le milieu professionnel. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la décision rejetant la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme B A porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B A est fondée à demander l'annulation de la décision rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par voie de conséquence, il y a lieu d'annuler les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique, sous réserve des changements de circonstances de droit et de fait, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à l'intéressée une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et conférant le droit d'exercer une activité professionnelle en Guyane en vertu des dispositions combinées des articles L. 414-10, L. 414-11, L. 441-1 et L. 441-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il y a aussi lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer, sans délai et dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Mme B A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pierre, avocat de Mme B A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pierre d'une somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 novembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à Mme B A, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler et, dans l'attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pierre une somme de 900 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Pierre renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. GILLMANN

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

C. NICANOR

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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