jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2300168 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | PIALOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 janvier 2023, M. C A E, représenté par Me Pialou, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire français sans un délai a fixé le pays de destination assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros, sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A E soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ;
- il y a un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ;
- il est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'erreur de droit et de fait et d'un défaut d'examen particulier ;
- il viole l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de la Guyane n'a pas produit d'observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2300169.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Pauillac, greffière :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Pialou, pour M. A E, qui relève que l'intéressé réside sur le territoire depuis l'âge de deux ans, qu'il y a suivi l'ensemble de sa scolarité, que ses parents sont en séjour régulier en Guyane.
- Le préfet n'étant pas représenté.
La clôture de l'instruction a été fixée le 15 février 2023 à 10h43, à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. M. A E, ressortissant brésilien né en 2004, est, selon ses déclarations, entré en France en 2006. M. A E a fait l'objet d'une interpellation le 29 novembre 2022 alors qu'il ne disposait pas de titre de séjour. Le 30 novembre 2022, le préfet de la Guyane a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans un délai à destination de son pays d'origine assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A E demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté.
En ce qui concerne l'urgence
5. La condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce. En l'espèce, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de la mesure portant obligation de quitter le territoire français est de nature à caractériser une situation d'urgence ouvrant au juge des référés le pouvoir de prononcer la suspension de cette décision en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ".
7. M. A E se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France. De fait, il ressort des pièces du dossier que M. A E est entré sur le territoire en 2006 alors qu'il était âgé de deux ans et qu'il a été régulièrement scolarisé de 2008 à 2021. Il justifie également du séjour régulier de ses parents. A la date de l'arrêté attaqué M. A E avait entrepris des démarches en vue de régulariser sa situation administrative et bénéficiait d'un accompagnement par la Plateforme de suivi et d'appui aux décrocheurs mise en place par le rectorat de la Guyane. Enfin si l'arrêté fait mention d'une interpellation pour des faits de vol avec arme en réunion, il n'est pas fait état d'une condamnation pénale caractérisant une menace pour l'ordre public. Ainsi, M. A E qui séjourne habituellement en France depuis son plus jeune âge peut se prévaloir à bon droit des dispositions de l'article L.613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pareillement, le moyen tiré de l'atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales paraît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre par l'arrêté litigieux. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, M. A E est bien fondé à demander la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. La présente ordonnance, qui se borne à suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement dans l'attente du jugement au principal n'implique pas que le préfet délivre un titre de séjour à l'intéressé ou réexamine sa situation. En revanche, il y a lieu d'enjoindre au préfet de délivrer à l'intéressé, sous quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
9. M. A E ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative de mettre à la charge de l'État le versement au conseil du requérant de la somme de 900 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du préfet de la Guyane en date du 30 novembre 2022 est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer, dans les quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour à M. A E l'autorisant à travailler.
Article 4 : L'Etat versera à Me Pialou une somme de 900 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Pialou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D A E et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 16 février 2023.
Le juge des référés,
signé
L. B
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef
Ou par délégation le greffier,
signé
J. LEBOURG
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