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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300198

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300198

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 3 février 2023 sous le n° 2300198, Mme B C, représentée par Me Pialou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'ordonner la communication du dossier au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

3°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard de lui délivrer, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, puis une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois, subsidiairement de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme C soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence ;

- le refus de séjour est fondé sur des faits matériellement inexacts, entaché d'un défaut d'examen particulier et pris en méconnaissance des dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour et la mesure d'éloignement sont entachés d'un vice de procédure au regard des prescriptions des articles R.425-11 à R.425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- la mesure d'éloignement est privée de base légale et prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

II. Par une requête, enregistrée le 5 juin 2023 sous le n° 2301004, Mme B C, représentée par Me Pierre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L.425-9, L.423-23 ou L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'autorisant à travailler, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, puis de réexaminer sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme C soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence ;

- le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi sont insuffisamment motivés ;

- pour refuser de l'admettre au séjour, le préfet s'est estimé lié par l'avis de l'OFII ;

- le refus de séjour et la mesure d'éloignement ont été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions des articles L.425-9, L.423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R.313-22, R.313-23 et R.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L.313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante surinamaise, a bénéficié, du 21 janvier au 20 juillet 2020, puis du 3 mai 2021 au 2 mai 2022, d'une carte de séjour en qualité d'étranger malade. Par deux requêtes enregistrées sous les n°s 2300198 et 2301004, qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par un seul jugement, elle conteste l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler ce titre, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, la signataire de l'arrêté contesté, Mme D, chef du bureau de l'éloignement de du contentieux, disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° R03-2022-09-20-00001 du 20 septembre 2022, régulièrement publié, d'une subdélégation de M. A, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, à l'effet de signer les décisions en matière " de refus de séjour, d'éloignement et de contentieux ", en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E. Il n'est pas établi que cette dernière n'était pas absente ou empêchée et M. A disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2022-09-16-00004 du 16 septembre 2022, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.

3. En deuxième lieu, pour refuser d'admettre Mme C au séjour, le préfet a reproduit les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est référé à l'avis émis le 10 août 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), puis a mentionné, en s'appropriant les termes de cet avis, la possibilité pour elle de bénéficier d'un traitement approprié au Suriname et de voyager sans risques. Saisi d'une demande d'admission au séjour en qualité d'étranger malade, il n'était pas tenu de faire état de la durée de séjour en France et de la situation familiale de l'intéressée et a suffisamment motivé sa décision au regard des prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Si la requérante invoque des omissions dans l'examen de sa situation, cette argumentation relative au bien-fondé du refus de séjour est sans incidence sur la régularité de cette décision.

4. Le préfet a reproduit les dispositions du 3° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant le prononcé d'une mesure d'éloignement notamment lorsqu'un titre de séjour a été refusé à l'étranger. Dans un tel cas, en vertu de l'article L.613-1 du même code, la motivation de la mesure d'éloignement se confond avec celle du refus de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas de mention spécifique, dès lors que, comme en l'espèce, ce refus est lui-même motivé.

5. En visant notamment les articles L.612-12 et L.721-3 du code, puis en mentionnant l'absence de risque de traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Suriname, le préfet a suffisamment motivé la décision fixant le pays de renvoi.

6. En dernier lieu, en vertu des dispositions combinées des articles R.425-11 à R.425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour l'application de l'article L.425-9 du même code, un collège à compétence nationale de trois médecins de l'OFII, dont la composition est fixée par décision du directeur général, émet un avis au vu, notamment, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office, qui ne siège pas au sein du collège, à partir d'un certificat médical établi par le médecin traitant du demandeur ou un praticien hospitalier. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'avis émis le 10 août 2022 suite à la délibération du collège de trois médecins de l'OFII désignés le 6 juillet 2022 par le directeur général, suite au rapport médical établi le 5 juillet 2022 par un autre médecin, ne serait pas conforme aux prescriptions des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté.

Sur la légalité interne :

7. En premier lieu, si le préfet a mentionné que Mme C a trois enfants, alors que la requérante en a cinq, que deux et non trois de ses enfants résident en France, puis qu'elle ne justifie pas de la nationalité française de son fils né en 1984, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision de refus de séjour s'il ne s'était pas fondé sur ces motifs erronés.

8. En deuxième lieu, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté en cause, ni d'aucune autre pièce du dossier que pour refuser d'admettre Mme C au séjour, le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation, notamment qu'il se serait estimé lié par l'avis de l'OFII en méconnaissant l'étendue de sa compétence.

9. En troisième lieu, l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la délivrance d'une carte de séjour temporaire à l'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La requérante indique être atteinte d'un diabète de type II, d'une coxalgie et d'une gonalgie. Nécessitant des béquilles pour ses déplacements, elle s'est vu reconnaître le statut d'handicapé et a bénéficié de l'allocation aux adultes handicapés à compter du 1er novembre 2020. Elle produit deux certificats médicaux établis les 30 juin 2017 et 30 mai 2019, mentionnant sans autres précisions un suivi depuis l'année 2016, un certificat établi par un médecin généraliste le 12 décembre 2022 faisant état de sa coxalgie et de sa gonalgie, puis plusieurs prescriptions médicales et invoque un " différentiel de qualité de prise en charge " et une " perte de chance majeure " en cas de retour au Suriname. Ni ces éléments, ni les considérations générales sur les systèmes de santé et de protection sociale au Suriname, ni les indicateurs de l'Organisation Mondiale de la Santé et du Programme des Nations Unies pour le Développement, ni aucune autre pièce du dossier ne permettent de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII, relevant notamment la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié au Suriname. Dans ces conditions, le préfet n'a fait une inexacte application ni des dispositions précitées de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de celles du 9° de l'article L. 611-3 du même code, faisant obstacle à l'éloignement des étrangers malades.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En vertu de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus.

11. Née le 17 mars 1969, entrée irrégulièrement en France, Mme C justifie de son séjour du mois de décembre 2013 au mois d'août 2014, puis à compter du mois de juin 2016. Célibataire, elle invoque la présence de son père, de trois membres de sa fratrie en situation régulière et de ses trois enfants majeurs, dont l'un est Français. Elle peut, toutefois, poursuivre sa vie familiale hors de France, notamment au Suriname, où elle a vécu l'essentiel de sa vie jusqu'à l'âge de quarante-quatre ans. Dans les circonstances de l'affaire, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'ailleurs inopérantes à l'encontre du refus de séjour, dès lors que le préfet, qui n'y était pas tenu, ne s'est pas prononcé sur ce fondement.

12. En quatrième lieu, dans les circonstances exposées aux points 9 et 11, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences du refus de séjour et de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de Mme C.

13. En cinquième lieu, les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, ne peuvent être utilement invoquées ni à l'encontre de la mesure d'éloignement, dès lors qu'elles ne prévoient pas l'attribution d'un titre de séjour de plein droit, ni à l'encontre du refus de séjour, dès lors, ainsi qu'il a été dit, que le préfet, qui n'y était pas tenu, ne s'est pas prononcé sur ce fondement.

14. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2, 3 et 6 à 13, l'exception d'illégalité du refus de séjour invoquée à l'encontre de la mesure d'éloignement doit être écartée.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin ni de se prononcer sur la recevabilité de la requête no 2301004, ni d'ordonner la production du rapport médical établi le 5 juillet 2022 par un médecin de l'OFII, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2022. Ses requêtes doivent, dès lors, être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

N°s 2300198, 2301004

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