jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2300210 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CACCIAPAGLIA MARIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 février 2023, Mme C B, épouse A, représentée par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2022 par laquelle la collectivité territoriale de Guyane l'a suspendue de ses fonctions d'assistante familiale, à titre conservatoire ;
2°) d'enjoindre au président de la collectivité territoriale de Guyane de procéder à son rétablissement en tant qu'assistante familiale au sein du service et de ses effectifs, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Guyane le versement de la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence du signataire de l'acte, en l'absence d'une délégation de signature régulièrement publiée ou affichée ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait ;
- elle est entachée de vices de procédure qui l'ont privée d'une garantie procédurale, dès lors qu'elle a été convoquée tardivement à son entretien administratif, qu'elle n'était pas informée de la possibilité de se faire représenter en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et dès lors que la décision n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, conformément à l'article L. 121-1 du même code ;
- elle n'a pas été consultée préalablement à la suspension de ses fonctions et au retrait des enfants placés au sein de son domicile, en violation des dispositions de l'article L. 421-16 du code de l'action sociale et des familles ;
- la décision en litige prononce, illégalement, à son encontre deux mesures conservatoires pour de mêmes faits, à des échéances différentes et le président de la collectivité n'a pas temporellement encadré la suspension de ses fonctions ;
- la décision attaquée méconnaît l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles en ce que la suspension de ses fonctions n'est pas justifiée par une faute grave présentant un caractère de vraisemblance suffisante ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une méconnaissance des articles L. 423-31 et L. 423-32 du code de l'action sociale et des familles ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure ;
- elle méconnaît les 6°, 7° et 8° de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 9 et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, la collectivité territoriale de Guyane, représentée par Me Page, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête et, à titre subsidiaire, à leur rejet, enfin, à ce que soit mis à la charge de Mme B la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'elle a procédé au retrait de la décision du 6 décembre 2022 en prononçant la reprise d'activité de Mme B par un arrêté du 3 mars 2023 et, qu'en tout état de cause, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lebel,
- les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public,
- et les observations de Me Aubert, représentant Mme B, et de Me Page, représentant la collectivité territoriale de Guyane.
La collectivité territoriale de Guyane a produit trois notes en délibéré enregistrées respectivement les 23 septembre, 26 septembre et 3 octobre 2024, qui n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, épouse A, exerce, au sein de la collectivité territoriale de Guyane, en qualité d'assistante familiale agréée pour accueillir à son domicile trois mineurs ou trois jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans, pour une durée de cinq ans à compter du 19 avril 2018. Elle a, à cet effet, conclu un contrat à durée indéterminée avec le président de la collectivité territoriale de Guyane, le 28 juin 2018. Par une décision du 6 décembre 2022, la collectivité territoriale de Guyane a prononcé une mesure conservatoire à l'encontre de
Mme B, entraînant le retrait des enfants accueillis au sein de son foyer. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.
Sur la qualification de la décision attaquée :
2. Aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique. Il exerce sa profession comme salarié de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues par les dispositions du présent titre ainsi que par celles du chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet. / L'assistant familial constitue, avec l'ensemble des personnes résidant à son domicile, une famille d'accueil ". Selon le troisième alinéa de l'article L. 421-6 du même code : " () / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. () ". Aux termes de l'article L. 422-1 de ce code : " Les articles L. 423-3 à L. 423-13, L. 423-15, L. 423-17 à L. 423-22, L. 423-27 à L. 423-33-1 et L. 423-35 s'appliquent aux assistants maternels et aux assistants familiaux employés par des personnes morales de droit public. () ". Et selon l'article L. 423-8 du même code : " En cas de suspension de l'agrément, l'assistant maternel ou l'assistant familial relevant de la présente section est suspendu de ses fonctions par l'employeur pendant une période qui ne peut excéder quatre mois. () Durant la même période, l'assistant familial suspendu de ses fonctions bénéficie du maintien de sa rémunération, hors indemnités d'entretien et de fournitures. () ".
3. Mme B soutient que, par la décision attaquée, la collectivité territoriale de Guyane a procédé à une suspension de ses fonctions, en la plaçant en attente pour une durée indéterminée, sans procéder à la suspension de son agrément. Toutefois, si la décision du 6 décembre 2022 mentionne uniquement l'information donnée à Mme B sur la demande de suspension de son agrément, il n'est pas contesté qu'elle a eu pour effet de la suspendre de ses fonctions et, par-là, de lui retirer les enfants qu'elle accueillait tout en maintenant sa rémunération pour le nombre d'enfants confiés avant l'intervention de cette décision. Or la suspension de ses fonctions avec maintien de sa rémunération ne peut être impliquée que par une suspension de l'agrément de l'assistant familial, conformément à l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles précité. Par suite, la décision contestée doit être regardée comme une suspension de l'agrément de Mme B.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
4. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors la disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le président de la collectivité territoriale de Guyane a, par arrêté du 3 mars 2023, prononcé la reprise d'activité de Mme B à compter de sa notification et le versement rétroactif de sa rémunération à compter du 6 décembre 2022. Or, cet arrêté, qui n'a procédé à la reprise d'activité de l'intéressée qu'à compter de sa notification, doit être regardé comme abrogeant la décision en litige. Dans ces conditions, la décision du 6 décembre 2022 a reçu exécution puisque Mme B s'est effectivement vue retirer les enfants qui lui étaient confiés et a, par conséquent, été suspendue de ses fonctions du 6 décembre 2022 jusqu'à la notification de l'arrêté du 3 mars 2023. Il ne peut, ainsi, y avoir non-lieu à statuer et l'exception de non-lieu opposée par la collectivité territoriale de Guyane doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside () ". Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 421-6 de ce code : " () / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés () ".
8. La décision par laquelle l'autorité administrative prononce la suspension de l'agrément d'un assistant maternel ou familial constitue une mesure de police administrative prise dans l'intérêt des enfants accueillis. Si elle doit être motivée en vertu des dispositions précitées de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles, elle n'en relève pas moins du champ d'application du 1° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
9. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle mentionne l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles qui constitue le fondement juridique de la procédure de suspension d'agrément d'un assistant familial. En revanche, la décision en litige ne comporte aucune mention des considérations de fait susceptibles de caractériser une situation d'urgence au sens de cet article. Dès lors, la décision du 6 décembre 2022 prononçant la suspension de l'agrément de Mme B est entachée d'un défaut de motivation en fait.
10. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer les autres moyens de la requête, que la décision en litige, qui est entachée d'un défaut de motivation en fait, doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. L'annulation de la décision du 6 décembre 2022 par laquelle le président de la collectivité territoriale de Guyane a suspendu l'agrément d'assistante familiale de Mme B a pour conséquence que cette décision est réputée n'être jamais intervenue et n'implique donc, par elle-même, aucune mesure d'exécution. Au surplus, Mme B ne conteste pas avoir repris ses fonctions et avoir rétroactivement perçu sa rémunération à compter du 6 décembre 2022, à la suite de l'arrêté du président de la collectivité territoriale de Guyane du 3 mars 2023. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de Mme B doivent, par conséquent, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la collectivité territoriale de Guyane demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
13. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Guyane une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la collectivité territoriale de Guyane du 6 décembre 2022, portant suspension de l'agrément de Mme B, est annulée.
Article 2 : La collectivité territoriale de Guyane versera à Mme B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, épouse A, et à la collectivité territoriale de Guyane.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Marcisieux, conseillère,
Mme Lebel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
I. LEBEL
Le président,
Signé
O. GUISERIX
La greffière,
Signé
S. PROSPER
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026