jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2300235 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MARCIGUEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 février 2023, Mme C D, représentée par Me Marciguey, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre de l'article
L.761-1 du code de justice administrative.
Mme D soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence et d'un défaut de motivation ;
- le préfet s'est fondé sur des faits matériellement inexacts ; il s'est abstenu d'examiner sa demande sur le fondement des articles L.423-7 et L.423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a méconnu les stipulations des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ainsi que les dispositions des articles L.423-23, L.423-7 et L.423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis s'est livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
Par une pièce et un mémoire en défense enregistrés les 10 novembre 2023 et
6 février 2024, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête, en opposant l'absence de moyen fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante haïtienne, conteste l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la légalité externe :
2. La signataire de l'arrêté contesté, Mme B, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° R03-2022-11-21-00002 du
21 novembre 2022, régulièrement publié, d'une subdélégation de M. A, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, à l'effet de signer les décisions " en matière de refus de séjour, d'éloignement et de contentieux ", en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E. Il n'est pas établi que cette dernière n'était pas absente ou empêchée et M. A disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2022-09-16-00004 du 16 septembre 2022, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.
3. Le préfet s'est référé aux dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis a mentionné notamment que l'intéressée a fait l'objet d'un signalement pour tentative de fraude à l'effet de se voir délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, qu'elle est entrée irrégulièrement en France en
mai 2016 en état de grossesse, que sa fratrie se trouve en situation irrégulière, puis que sa mère réside en Haïti. Cette motivation est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
Sur la légalité interne :
4. En premier lieu, si le préfet a relevé que Mme D était sans emploi, alors que l'intéressée avait conclu avec la SAS La Guitoune, le 5 août 2022, quatre mois avant l'édiction de l'arrêté en cause, un contrat de travail en qualité d'aide-cuisinière, il résulte de l'instruction que, compte tenu notamment de la situation familiale de l'intéressée et du caractère très récent de son activité professionnelle, il aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif erroné.
5. En deuxième lieu, le préfet a visé la demande d'admission au séjour présentée le 24 février 2022 sur le fondement des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si la requérante invoque le défaut d'examen de sa situation sur le fondement des articles L.423-7 et L.423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le formulaire de demande de titre de séjour signé le
24 février 2022 ne fait état d'aucune demande en qualité de parent d'un enfant français.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". En vertu de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus.
7. Née le 26 juillet 1983, Mme D est entrée irrégulièrement en France en mai 2016 en état de grossesse. L'enfant née quatre mois après, le 17 septembre 2016, a été reconnue par un Français. Toutefois, ni le jugement du 28 novembre 2022 par lequel le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Cayenne a mis à la charge de ce dernier une pension mensuelle de 80 euros, ni aucune autre pièce du dossier ne justifient de la réalité et de l'intensité des liens affectifs entre ce Français et la fille cadette de la requérante. Si
Mme D invoque, en outre, la présence de sa fille aînée de nationalité haïtienne née en 2004, elle n'apporte aucune précision sur la situation du père de cette enfant. Si elle fait état de la présence de son frère et de sa sœur, ceux-ci se trouvent en situation irrégulière. Elle se prévaut, enfin, de sa vie maritale avec le ressortissant haïtien en situation régulière qui l'héberge à Matoury, mais n'a pas fait état de ce concubinage à l'appui de sa demande de titre de séjour et s'est bornée à cocher la case " célibataire ". Elle ne justifie, en tout état de cause, ni de la stabilité, ni de l'ancienneté de cette relation, à la supposer établie. Dans ces conditions, elle peut poursuivre sa vie familiale hors de France, notamment en Haïti, où réside sa mère et où elle a lui-même vécu l'essentiel de sa vie jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Son contrat de travail conclu le 5 août 2022, quatre mois avant l'édiction de l'arrêté en cause, ne suffit pas à caractériser une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le préfet n'a ni méconnu ces stipulations, ni fait une inexacte application des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En quatrième lieu, dans les circonstances exposées au point précédent, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme D.
9. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que les filles de
Mme D peuvent repartir avec elle. Le préfet n'a donc pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de ces enfants, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. Enfin, Mme D ne peut utilement invoquer les dispositions des articles L.423-7 et L.423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, ainsi qu'il a été dit au point 5, que le préfet, qui n'y était pas tenu, ne s'est pas prononcé sur ces fondements.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2022. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Gillmann, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
M.T. LACAULe président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026