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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300258

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300258

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300258
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 février 2023, du 6 juin 2023 et du 17 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Seube, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, de lui délivrer dans l'attente un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans l'attente, sans délai, un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Seube sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste quant à l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours est illégale par voie de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 6 juillet 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Topsi.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant haïtien, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français, le 2 mai 2017. Il a sollicité, le 19 avril 2022, son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 décembre 2022, le préfet de la Guyane a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Par sa requête, il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. M. A B, déclare être entré sur le territoire français, le 2 mai 2017, alors âgé de vingt ans. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté contesté, il était célibataire et sans enfant. La circonstance que M. B justifie s'être marié en 2023 avec une compatriote en situation régulière est sans incidence sur la légalité de l'arrêté du 13 décembre 2022. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B est hébergé par son frère en situation régulière et que sa mère, en situation irrégulière, est également présente sur le territoire français. Il allègue sans l'établir, être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où il a pourtant vécu la majeure partie de sa vie. En outre, l'intéressé justifie avoir obtenu un certificat d'aptitude professionnelle " assistant technique en milieu familial et collectif " en 2019 ainsi qu'un certificat d'aptitude à la conduite en sécurité (CACES) en mai 2022. De plus, M. B établit avoir exercé plusieurs missions d'intérim au cours de l'année 2022, en tant qu'opérateur de saisie. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B est bénévole au sein de deux associations et qu'il a obtenu en 2019, le certificat de compétence de citoyen de sécurité civile et, qu'il a participé à une formation de lutte antivectorielle en 2020. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de caractériser une insertion socioprofessionnelle suffisante sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, il en va de même s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet quant aux conséquences sur sa vie personnelle.

4. En second lieu, compte tenu de ce qui a été exposé aux points précédents, l'exception d'illégalité de la décision portant de refus de séjour invoquée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2022, ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Me Seube et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Topsi, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. TOPSI

Le président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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