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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300263

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300263

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement les 16 février et

24 février 2023, M. E J H, représenté par Me Tshefu, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Guyane a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au profit de son épouse Mme G A et de sa fille I A H ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Guyane de faire droit à sa demande de regroupement familiale au profit de son épouse et de sa fille, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de la Guyane de réexaminer sa demande de regroupement familial présentée en faveur de son épouse et de sa fille, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3, du paragraphe 1 de l'article 9 et de l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lebel a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. J H, ressortissant brésilien né le 29 novembre 1987, entré en France en 2018, a présenté une demande de regroupement familial en faveur de son épouse,

Mme G A, née le 10 juillet 1998, et de sa fille, I A H, née le 3 janvier 2021. Par une décision du 10 novembre 2022, le préfet de la Guyane a refusé de faire droit à sa demande. Par sa requête, M. J H demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. La signataire de l'arrêté contesté, Mme B, adjointe au chef de la plateforme d'instruction des titres de séjour, disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° R03-2022-09-20-00001 du 20 septembre 2022, régulièrement publié, d'une subdélégation de signature de M. C, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, à l'effet de signer, en l'absence de M. D et de M. F, les décisions en matière d'instruction des titres de séjour et de main d'œuvre étrangère. Il n'est pas établi que M. D et M. F n'étaient pas absents ou empêchés et M. C disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 4 de l'arrêté n° R03-2022-09-16-00004 du 16 septembre 2022 en matière d'accords et de refus de regroupement familial, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 434-2 à L. 434-12 et R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, pour justifier le refus de faire droit à la demande de regroupement familial de

M. J H, le préfet a retenu que son épouse et sa fille étaient déjà présentes en France. Le préfet a, ainsi, mis à même M. J H de connaître les éléments de fait et de droit fondant sa décision, dont la motivation est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit, donc, être écarté.

Sur la légalité interne :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". L'article L. 434-6 du même code dispose que : " Peut être exclu du regroupement familial : / () / 3° Un membre de la famille résidant en France ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Aux termes de l'article 16 de la même convention : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ". Et aux termes de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Les enfants ont droit à la protection et aux soins nécessaires à leur bien-être. Ils peuvent exprimer leur opinion librement. Celle-ci est prise en considération pour les sujets qui les concernent, en fonction de leur âge et de leur maturité. 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. 3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt ".

6. Enfin, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, si le préfet est en droit de rejeter une demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit du demandeur de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou de l'intérêt supérieur d'un enfant en méconnaissance des stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. En premier lieu, il n'est pas contesté que l'épouse de M. J H séjournait irrégulièrement sur le territoire français avec leur fille, à la date de sa demande de regroupement familial. M. J H n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet de la Guyane a commis une erreur de droit en prenant la décision attaquée.

8. En deuxième lieu, d'une part, M. J H ne peut se prévaloir utilement des stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant qui créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits à leurs ressortissants. D'autre part, si M. J H fait valoir qu'ils sont mariés depuis le 24 juin 2022 et qu'un enfant est né de leur union le 3 janvier 2021, il ne démontre pas que son épouse serait dans une situation d'isolement en cas de retour dans son pays d'origine, ni qu'ils auraient créé une communauté de vie particulièrement intense et stable sur le territoire français et, au regard du caractère récent de leur mariage à la date de la décision attaquée, il n'établit pas l'existence de circonstance particulière justifiant la dérogation au principe de résidence hors de France, prévu par l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la décision attaquée n'emportant pas pour son épouse l'éloignement du territoire, elle n'a pas pour effet de séparer durablement la cellule familiale, cette dernière pouvant, ainsi, quitter le territoire pour permettre à son époux de déposer une nouvelle demande de regroupement familial. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que sa fille serait scolarisée en France. Enfin, le requérant se borne à soutenir, sans l'établir, que la décision en litige a pour conséquence que sa fille ne pourra pas circuler librement en France, ni sortir du territoire alors qu'il ne démontre pas non plus l'impossibilité pour lui de leur rendre visite au Brésil en cas de retour de son épouse et de sa fille dans leur pays d'origine commun. Par suite, le préfet de la Guyane, en refusant de faire droit à sa demande de regroupement familial, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, ni à l'intérêt supérieur de son enfant. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3, du paragraphe 1 de l'article 9 et de l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent, ainsi, être écartés. Pour les mêmes motifs, il en va de même du moyen tiré de l'erreur d'appréciation du préfet de la Guyane.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, par les moyens qu'il invoque, les conclusions de M. J H à fin d'annulation de la décision du 10 novembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. J H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E J H et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Lebel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

I. LEBEL

Le président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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