jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2300269 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | JURISGUYANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 février 2023, Mme B C, épouse A, représentée par Me Gomar, demande au tribunal :
1°) d'annuler les trois arrêtés du 20 décembre 2022 par lesquels le maire de Matoury l'a placée en congé de longue maladie du 18 août 2021 au 17 janvier 2022 et l'y a maintenue, respectivement, du 18 janvier 2022 au 17 juillet 2022 puis, du 18 juillet 2022 jusqu'au 23 mai 2023 ;
2°) de condamner la commune de Matoury à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Matoury la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir, nonobstant appel et sans caution.
Elle soutient que :
- les arrêtés litigieux ne sont pas motivés ;
- le premier arrêté n° 22-1240 du 20 décembre 2022 est entaché d'un vice de procédure dès lors que le conseil médical a rendu un avis sur son placement en congé de longue durée et non sur son placement en congé de longue maladie ;
- les arrêtés nos 22-1241 et 22-1242 du 20 décembre 2022 prononçant son maintien en congé de longue maladie sont également entachés d'un vice de procédure dès lors que le conseil médical saisi n'a pas rendu d'avis ;
- le placement et le maintien en congé de longue maladie prononcés par les arrêtés du 20 décembre 2022 sont illégaux en ce qu'ils ont une portée rétroactive ;
- les arrêtés en litige sont entachés d'un détournement de pouvoir ;
- son maintien en congé de longue maladie, l'inertie de sa hiérarchie face à ses demandes, ses conditions de travail au sein de la commune ainsi que le passage de sa rémunération à demi-traitement à compter de janvier 2023 lui ont causé des préjudices imputables à la commune de Matoury ;
- elle a droit au versement de la somme de 50 000 euros en réparation de ces préjudices.
Une mise en demeure a été adressée le 7 septembre 2023 à la commune de Matoury qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 26 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mars 2024.
Les parties ont été invitées, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l'instruction.
Par un courrier du 19 juillet 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'exécution provisoire du jugement à intervenir dès lors que les jugements sont exécutoires de plein droit en vertu des dispositions de l'article L. 11 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lebel a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, épouse A, agente administrative au sein de la commune de Matoury a été placée, par un arrêté n° 22-1240 du 20 décembre 2022 du maire de Matoury, en congé de longue maladie à plein traitement du 18 août 2021 au 17 janvier 2022. Par deux arrêtés n° 22-1241 et n° 22-1242 du même jour, ce congé a été renouvelé respectivement du 18 janvier au 17 juillet 2022, puis du 18 juillet 2022 au 23 mai 2023 à plein traitement pendant 30 jours et à demi-traitement pendant 276 jours. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal, d'une part, d'annuler ces trois arrêtés et, d'autre part, de condamner la commune de Matoury à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi.
Sur l'acquiescement aux faits :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".
3. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, la commune de Matoury n'a produit aucun mémoire avant la clôture de l'instruction. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au tribunal de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction à la requérante. En outre, l'acquiescement aux faits est sans conséquence sur leur qualification juridique au regard des textes qui fondent la décision en litige et sur le contrôle, par le juge, de l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration.
Sur les conclusions à fin d'exécution provisoire du présent jugement :
4. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Dans ces conditions, les conclusions tendant à ce que le tribunal ordonne l'exécution provisoire du présent jugement nonobstant appel et sans caution sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 822-6 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de longue maladie, dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée ". Aux termes de l'article L. 822-7 du même code : " La durée maximale des congés de longue maladie dont peut bénéficier le fonctionnaire est de trois ans ". Selon l'article L. 822-8 du même code : " Le fonctionnaire en congé de longue maladie perçoit : / 1° Pendant un an, la totalité de son traitement ; / 2° Pendant les deux années suivantes, la moitié de celui-ci ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 24 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Lorsque l'autorité territoriale estime, au vu d'une attestation médicale ou sur le rapport des supérieurs d'un fonctionnaire, que celui-ci se trouve dans la situation prévue au 3° ou au 4° de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 susvisée, il saisit le conseil médical pour avis et en informe le médecin du travail du service de médecine préventive attaché à la collectivité ou l'établissement dont relève le fonctionnaire concerné qui transmet un rapport au conseil médical ". Selon l'article 25 de ce décret : " Pour bénéficier d'un congé de longue maladie ou de longue durée le fonctionnaire en position d'activité, ou son représentant légal, doit adresser à l'autorité territoriale une demande appuyée d'un certificat d'un médecin spécifiant qu'il est susceptible de bénéficier des dispositions de l'article 57 (3° ou 4°) de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 susvisée. / Le médecin adresse au président du conseil médical un résumé de ses observations et toute pièce justificative de l'état de santé du fonctionnaire. / () ". Enfin aux termes de l'article 26 de ce décret : " () / Pour obtenir le renouvellement de son congé, le fonctionnaire adresse à l'autorité territoriale un certificat médical indiquant que le congé initialement accordé doit être prolongé ainsi que la durée de cette prolongation conformément aux limites de durée précitées. / Lorsque le congé est accordé dans les conditions définies à l'article 24, l'autorité territoriale fait procéder à l'examen médical de l'intéressé par un médecin agréé à l'issue de chaque période de congé et à l'occasion de chaque demande de renouvellement. / () ".
7. En l'espèce, Mme C soutient, sans être contredite par la commune de Matoury, que l'avis du conseil médical visé dans le premier arrêté du 20 décembre 2022 ne s'est pas prononcé sur son placement en congé de longue maladie mais sur sa mise en congé de longue durée et que les deux derniers arrêtés de maintien en congé de longue maladie ont été pris sans l'avis du conseil médical. Toutefois, si une telle consultation revêt un caractère obligatoire, alors même qu'il devait, pour statuer à titre définitif sur la situation de Mme C, attendre d'avoir recueilli l'avis du conseil médical, il appartenait au maire de Matoury, qui est tenu de placer les fonctionnaires soumis à son autorité dans une position statutaire régulière, de prendre, à titre provisoire, une décision plaçant l'intéressée dans l'une des positions prévues par son statut. Au demeurant, dès lors que la requérante a demandé son placement en congé de longue maladie par un courrier du 25 novembre 2022 adressé au maire de Matoury, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été irrégulièrement maintenue en congé de longue maladie sans saisine du conseil médical sur sa demande de reprise de fonctions du 1er juillet 2022. Par suite, en plaçant et en maintenant Mme C en congé de longue maladie, le maire de Matoury n'a pas commis d'illégalité.
8. En second lieu, une décision plaçant d'office un agent public en congé de longue maladie ne correspond à aucun des cas mentionnés à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dans lesquels une décision doit être motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des arrêtés en litige ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
9. En premier lieu, les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir. S'agissant des décisions relatives à la carrière des fonctionnaires, l'administration ne peut, en dérogation à cette règle générale, leur conférer une portée rétroactive que dans la mesure nécessaire pour assurer la continuité de la carrière de l'agent intéressé ou procéder à la régularisation de sa situation en le plaçant dans une position statutaire régulière.
10. En l'espèce, les arrêtés du 20 décembre 2022 ont pour effet de placer et maintenir Mme C en congé de longue maladie, pour la période courant du 18 août 2021 au 23 mai 2023. Or, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par la requérante qu'elle ne pouvait plus exercer ses fonctions en raison de son état de santé, à compter du 18 août 2021. Ainsi, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que le maire de Matoury était tenu de faire remonter le congé de longue maladie de Mme C à la date du 18 août 2021. La requérante n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que les arrêtés en litige seraient entachés d'une rétroactivité illégale.
11. En second lieu, Mme C soutient que son placement et son maintien en congé de longue maladie ont été pris au vu de considérations étrangères à son état de santé. Toutefois, elle indique, elle-même, dans plusieurs courriers adressés à sa hiérarchie et produits au dossier que son état de santé ne lui permettait pas d'exercer ses fonctions. Au demeurant, si elle allègue que son médecin traitant a constaté son aptitude physique et a préconisé la reprise de ses fonctions à compter du 18 juillet 2022, elle ne le justifie pas. Il en résulte que le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
12. Il résulte de ce qui précède que, par les moyens qu'elle invoque, Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du 20 décembre 2022.
Sur les conclusions indemnitaires :
13. En premier lieu, si Mme C se prévaut d'une faute de la commune dans la réorganisation administrative des services, d'une absence de management et d'accusations mensongères de sa direction, elle ne l'établit pas. Au surplus, il n'est pas démontré que la commune de Matoury aurait commis une faute tenant à son inertie et plaçant Mme C en situation d'incertitude quant à son avenir professionnel, alors qu'elle a, elle-même, adressé des demandes contraires à sa direction et au maire tendant, à la fois, à son placement en congé de longue maladie, à sa reprise de fonctions et à une rupture conventionnelle, entre juillet et novembre 2022. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à engager la responsabilité pour faute de la commune de Matoury, sur ces fondements.
14. En second et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 11, que les arrêtés du 20 décembre 2022 ne sont pas entachés d'illégalité. Mme C n'est, dès lors, pas fondée à engager la responsabilité de la commune de Matoury pour illégalité fautive, ni à demander l'indemnisation de son préjudice financier lié au versement d'un demi-traitement pendant 276 jours prononcé par l'article 2 de l'arrêté n° 22-1242 du 20 décembre 2022.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C à fin de condamnation de la commune de Matoury à lui verser la somme de 50 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Matoury, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à Mme C de la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, épouse A, et à la commune de Matoury.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Marcisieux, conseillère,
Mme Lebel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
I. LEBEL
Le président,
Signé
O. GUISERIX
La greffière,
Signé
S. PROSPER
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026