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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300380

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300380

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Guyane a annulé l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet de la Guyane refusait d'admettre au séjour M. B, ressortissant bissau-guinéen, et l'obligeait à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que cette décision méconnaissait l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la durée de présence continue de l'intéressé en France depuis 2008, de son intégration sociale et professionnelle, et de l'ancienneté des faits reprochés. En conséquence, l'obligation de quitter le territoire français a également été annulée pour défaut de base légale. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2023, M. A C B, représenté par Me Barriquault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

La requête a été communiquée au préfet de la Guyane qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lebel a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bissau-guinéen est né le 12 décembre 1982. Par un arrêté du 6 février 2023, le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier, contrairement à ce qu'a relevé le préfet de la Guyane dans la décision attaquée, que M. B est entré en France en 2008, à l'âge de 26 ans. En outre, le requérant démontre la continuité de son séjour depuis lors, soit depuis quatorze ans à la date de la décision en litige, par la production de nombreuses pièces médicales et administratives. Il établit, par ailleurs, la présence régulière en France de ses deux frères. Il justifie, également, d'une activité professionnelle régulière du 16 juillet au 3 octobre 2020, du 5 novembre au 19 décembre 2020 et du 19 janvier au 27 février 2021 en tant qu'ouvrier spécialisé manœuvre au sein de la société 2SBC, puis au sein de la SARL Baduel Services, du 9 août 2021 au 9 février 2022 comme employé polyvalent, enfin, par un contrat à durée indéterminée à temps complet au sein de cette dernière société, à compter du 1er décembre 2021, démontrant ainsi son intégration sociale et économique sur le territoire. Enfin, s'il n'est pas contesté que M. B est connu défavorablement par les services judiciaires pour des faits commis le 13 juin 2017, il demeure que ces faits sont anciens au jour de la décision attaquée et qu'il n'est fait état, par le préfet de la Guyane, d'aucune autre infraction commise par l'intéressé depuis lors. Dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu notamment de la durée de sa présence sur le territoire français et des conditions de son séjour, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour en litige porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de l'admettre au séjour. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi, privées de base légale, doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée implique nécessairement à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. B un titre de séjour dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois et qu'il lui délivre, dans un délai qu'il convient de fixer à quinze jours à compter de cette même date, une autorisation provisoire de séjour. En revanche, compte tenu du fondement de la demande de titre de séjour, ni l'article R.431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant non invoqué, établissant la liste des titres de séjour dont le récépissé autorise le titulaire à travailler, ni aucun autre texte ne font obligation au préfet d'assortir cette autorisation provisoire de séjour d'une autorisation de travail. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 février 2023 pris par le préfet de la Guyane est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. B un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter de cette même date, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Lebel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

I. LEBEL

Le président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR1

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