mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2300490 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | MORAGA ROJEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mars 2023 à 1 h 30, M. F E A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane lui a interdit d'embarquer, pendant cinq jours, au départ de l'aérodrome de Cayenne Félix Eboué à bord d'un avion à destination de Paris ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, pour le préjudice subi.
M. E A soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors que l'arrêté en cause l'empêche d'être présent pour tenir une conférence de présentation de son travail devant la Design Academy d'Eindhoven (établissement d'enseignement supérieur d'art et d'architecture), où il est attendu le 29 mars 2023 à 19h ; il doit se rendre à la suite à Toulouse, au musée Les Abattoirs, le 30 mars 2023 par un vol Amsterdam - Toulouse affrété par Air France ;
- la mesure en cause viole la liberté d'aller et venir, liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ; elle viole également sa liberté de travail tout comme la liberté du commerce et de l'industrie, son travail étant étroitement lié avec le voyage afin de pouvoir présenter ses expositions, ses travaux dans divers musées, biennales de différents pays ;
- il ne voyage qu'avec un bagage cabine car il possède des affaires tant en Guyane, qu'à Londres. En l'occurrence, il voyageait pour se rendre 2 jours à Eindhoven, puis une semaine à Toulouse et enfin quelques jours à Venise avant de repartir sur Londres. De tout évidence, et au regard de l'intensité de ses déplacements et du nombre de transports différents qu'il est amené à prendre, il ne s'alourdit jamais d'un bagage en soute ; il est en mesure d'indiquer très précisément son trajet du 27 mars au 7 avril 2023 : Cayenne =) Paris =) Rotterdam =) Eindhoven =) Amsterdam =) Toulouse =) Venise ; il n'a aucunement acheté son billet d'avion en espèce puisque son billet a été acheté par la Design Academy de Eindhoven, et certainement pas en espèce ; ainsi, les motifs mis en exergue par la préfecture sont donc soit faux, soit erronés ou encore résultent d'une erreur d'interprétation.
Le préfet de la Guyane à qui la requête a été communiquée n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de procédure pénale ;
- le code pénal ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mercier, greffière,
- le rapport de M. Martin, juge des référés,
- les observations de Me Moraga-Rojel qui reprend l'essentiel de ses conclusions écrites ;
- et celles de M. C pour le préfet de la Guyane.
La clôture de l'instruction a été fixée au 28 mars 2023 à 16 heures 28 mn, à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
2. Pour les besoins de la prévention et de la constatation de certaines infractions, du rassemblement des preuves de ces infractions ainsi que de la recherche de leurs auteurs, l'article L. 232-7 du code de la sécurité intérieure autorise la mise en œuvre de traitements automatisés de données à caractère personnel et impose, notamment, aux transporteurs aériens de transmettre les données d'enregistrement relatives aux passagers des déplacements à destination et en provenance du territoire national, à l'exception des déplacements reliant deux points de la France métropolitaine ainsi que les données relatives aux passagers enregistrées dans leurs systèmes de réservation.
3. Le 27 mars 2023, M. E A, ressortissant américain et nigérian, architecte, s'est présenté à l'aéroport Félix Eboué afin d'embarquer sur le vol d'Air France à destination de Paris-Orly. Il indique qu'il doit se rendre à Eindhoven (Pays-Bas), invité par l'Académie de Design d'Eindhoven pour présenter son travail le 29 mars 2023 puis qu'il doit gagner Toulouse où il est également invité à présenter son travail au musée Les Abattoirs, musée d'art contemporain, dans le cadre de l'exposition personnelle de Mme B D, qui se trouve être sa compagne et chez qui il résidait à Matoury. Dans le cadre d'une opération de contrôle des passagers de l'avion en cause, ayant pour objectif de dépister des passeurs de produits stupéfiants, et en particulier de cocaïne, M. E A a été contrôlé et a été invité par un fonctionnaire de police à le suivre pour une étude plus approfondie de sa situation dans les locaux de la police aux frontières. A la suite, aux motifs que l'intéressé a déclaré un itinéraire imprécis, n'avait pas de bagage en soute et aurait effectué l'achat de son billet en espèce, le préfet de la Guyane a estimé que les éléments recueillis suffisaient pour révéler une forte probabilité de transport par M. E A de produits stupéfiants et, dans le cadre des actions dissuasives complémentaires aux actions de contrôles douaniers, au visa des articles L. 111-1 du code de la sécurité intérieure, 39-2 du code de procédure pénale et L. 222-43-1 du code pénal, a pris à l'encontre de l'intéressé un arrêté lui interdisant, pendant cinq jours, d'embarquer à bord d'un avion au départ de Cayenne Félix Eboué. Sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. E A soutient que le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à la liberté du travail et à la liberté du commerce et de l'industrie et demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté.
4. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ont pour objet de permettre au juge des référés de paralyser les effets d'une décision ou d'un agissement de l'administration qui serait constitutif d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Toutefois, le juge des référés ne saurait, sans méconnaître son office, s'abstenir de prononcer un non-lieu si à la date à laquelle il statue, il ne peut plus intervenir utilement. En l'espèce, à la date de la présente ordonnance, l'interdiction d'embarquer courant durant cinq jours jusqu'au 1er avril 2023 n'a pas produit l'intégralité de ses effets. Dans ces conditions, il peut être statué sur les conclusions de M. E A tendant à ce que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, citoyen américain et nigérian, titulaire en outre d'un permis de résidence " Global Talent " au Royaume Uni, architecte de profession, devait se rendre à Paris puis de là, en train à Eindhoven, via Rotterdam, pour présenter son travail lors d'une conférence devant se tenir le soir du 29 mars devant la Design Academy d'Eindhoven, établissement interdisciplinaire d'enseignement en art, architecture et design internationalement connu. Puis, à la suite, M. E A devait se rendre à Toulouse pour une présentation de son travail, le 30 mars 2023, au musée Les Abattoirs à l'occasion d'une exposition de Mme B D, sa compagne, artiste elle-même. En outre, le requérant démontre disposer d'une habitation co-louée à Matoury avec Mme D. Enfin, il ressort des pièces produites que le billet d'avion Cayenne-Paris a été acheté par la Design Academy d'Eindhoven. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément pouvant révéler une forte probabilité de transport par l'intéressé de produits stupéfiants, le préfet de la Guyane en prenant l'arrêté en cause a porté une atteinte grave et manifestement illégale à liberté d'aller et venir de M. E A, tout comme à la liberté du travail et à la liberté du commerce et de l'industrie du requérant.
6. En troisième lieu, dans les circonstances rapportées ci-dessus, le requérant justifie de l'urgence à ce que le juge des référés fasse usage à très bref délai des pouvoirs qu'il détient afin de suspendre l'exécution de l'arrêté litigieux.
7. Par suite M. E A est bien fondé à demander la suspension de l'arrêté en cause, cette suspension prenant effet immédiat dès sa notification.
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à M. E A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 27 mars 2023 pris à l'encontre de M. E A, portant interdiction d'embarquer à bord d'un aéronef, pendant cinq jours, au départ de l'aérodrome de Cayenne Félix Eboué est suspendue.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. E A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. H E A et au préfet de la Guyane.
Une copie en sera adressée pour information au président du tribunal judiciaire, au procureur de la République et au directeur départemental de la police aux frontières de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 28 mars 2023.
Le juge des référés,
SIGNE
L. MARTIN
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance
Pour expédition conforme
Le greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026